Daniela m’a alors parlé d’un appel étrange reçu quelques semaines plus tôt. Gerardo lui avait demandé si elle accepterait de signer un document pour une « réorganisation patrimoniale familiale ».
Elle avait refusé sans comprendre pourquoi.
— Il m’a dit que tu étais déjà au courant, a-t-elle ajouté. Mais je trouvais ça bizarre.
Cette phrase m’a glacée.
Une réorganisation patrimoniale.
Je commençais à comprendre que la carte d’accès n’était peut-être qu’un élément d’un plan plus vaste.
Le samedi, Daniela est arrivée à Toluca. Nous nous sommes retrouvées dans un café éloigné de notre quartier. Je lui ai montré la copie de la demande d’accès.
Elle a pâli en voyant ma signature.
— Ce n’est pas toi qui as signé.
— Non.
Je lui ai alors parlé de mon gain à la loterie.
Elle m’a regardée sans dire un mot.
— Trente millions ? a-t-elle finalement murmuré.
— Oui.
— Depuis un an ?
J’ai hoché la tête.
— Je voulais être certaine que cet argent ne deviendrait pas une nouvelle raison pour ton père de décider de tout à ma place.
Daniela a pris ma main.
— Maman, tu n’as pas à te justifier. Mais tu ne dois pas affronter ça toute seule.
Nous avons décidé de consulter une avocate. Je lui ai remis les documents concernant la loterie, les relevés attestant de la provenance des fonds, les titres de propriété de l’appartement et la demande de carte d’accès.
L’avocate, Maître Sofía Herrera, a pris le temps d’examiner chaque pièce.
— Il faut séparer deux questions, nous a-t-elle expliqué. D’abord, la propriété de l’appartement et la signature contestée. Ensuite, le gain à la loterie et son éventuel statut dans votre régime matrimonial. Le fait que vous ayez gagné cet argent ne permet pas, à lui seul, de conclure que votre mari n’a aucun droit dessus. Il faut examiner votre régime matrimonial, la date du gain, les règles applicables et les documents de réclamation.
Je lui ai demandé si Gerardo pouvait simplement exiger la moitié.
— Il peut formuler une demande, mais cela ne signifie pas qu’il obtiendra automatiquement cette somme. Nous allons établir les faits avant de prendre une position.
Elle m’a également recommandé de conserver les originaux en lieu sûr, de sécuriser mes accès bancaires et de ne signer aucun document présenté par mon mari sans examen préalable.
Puis elle a attiré notre attention sur un détail.
— Cette demande de carte d’accès mentionne une autorisation des deux propriétaires. Or, d’après les documents que vous m’avez apportés, il semble que votre mari ne soit pas inscrit comme copropriétaire. Nous devons obtenir le dossier complet auprès de l’administration et vérifier si cette signature a été utilisée ailleurs.
Je suis rentrée avec un sentiment étrange : pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un prenait mes paroles au sérieux.
Les jours suivants, j’ai commencé à observer Gerardo différemment.
Il passait de plus en plus de temps sur son téléphone. Il sortait le soir sous prétexte de réunions à l’usine. Il recevait des appels dans le garage et baissait la voix lorsqu’il répondait.
Un soir, alors qu’il prenait une douche, son téléphone s’est allumé sur la table.
Un message de Karla est apparu :
« Il faut que tu règles ça avant les noces d’argent. Je ne veux plus attendre. Tu m’avais promis que tout serait à nous. »
Je n’ai pas touché au téléphone. Je n’avais pas besoin de fouiller davantage pour savoir que leur relation dépassait largement une simple aventure.
Le lendemain, j’ai demandé à l’administration de l’immeuble de me fournir l’historique des demandes concernant les cartes d’accès, ainsi que les justificatifs transmis. La gestionnaire a d’abord hésité, puis a accepté de transmettre les documents à mon avocate dans le cadre de la contestation officielle.
Quelques jours plus tard, Maître Herrera m’a appelée.
— Elena, nous avons reçu le dossier complémentaire. Il contient une demande de modification des coordonnées de contact pour l’appartement, une déclaration de résidence au nom de Karla et une procuration dont vous êtes censée être la signataire.
— Une procuration ?
— Oui. Elle aurait autorisé votre mari à effectuer certaines démarches administratives concernant le logement. Mais la signature est contestée et nous n’avons aucune preuve que vous ayez signé ce document.
Je me suis assise.
— Est-ce que cette procuration lui permettait de vendre l’appartement ?
— Pas nécessairement. Il faut lire précisément les pouvoirs qu’elle contient et vérifier sa validité. Mais elle a été présentée comme si vous aviez donné votre accord. Nous allons demander des vérifications et signaler officiellement la contestation.
Puis l’avocate a ajouté :
— Il y a autre chose. La procuration porte une date antérieure à votre gain à la loterie.
Je n’ai pas compris immédiatement.
— Pourquoi est-ce important ?