« C’est vrai. Et c’est précisément pour cela que je ne lui en veux pas comme je t’en veux à toi. Elle a onze ans. Toi, tu es un adulte. »
Bernard serra les mâchoires.
« Tu vas priver ta nièce de tennis pour te venger ? »
« Non. Je cesse simplement de payer. Si ses parents veulent qu’elle continue, ils devront organiser le financement. Je n’ai jamais promis de prendre ces dépenses en charge indéfiniment. Et je ne demanderai pas au club de la punir pour ce qui s’est passé. »
« Tu sais très bien que Marc n’a pas les moyens ! »
Julien le regarda calmement.
« Alors pourquoi m’as-tu demandé de garantir un prêt de 90 000 euros pour lui ? »
Bernard resta silencieux une seconde.
Puis il lança :
« Parce que c’est ton frère ! »
« Ce n’est pas une réponse. »
« Il a besoin d’une chance ! »
« Et moi, j’ai une femme, un fils et une maison dont je suis responsable. Je ne vais pas risquer leur sécurité pour un projet dont je ne maîtrise ni les comptes ni les risques. »
Bernard s’approcha.
« Tu as changé. »
Julien acquiesça.
« Oui. J’ai changé depuis que j’ai compris que dire oui à tout le monde ne faisait pas de moi un bon fils. Ça faisait seulement de moi quelqu’un dont tout le monde pouvait profiter. »
Pour la première fois, Bernard ne trouva pas immédiatement de réplique.
Mais avant qu’il puisse répondre, la sonnette retentit.
C’était Marc.
Il entra sans même saluer Claire.
« Tu as vraiment coupé les cours de tennis d’Emma ? »
Julien le fixa.
« Tu es venu pour parler de ta fille ou pour me réclamer de l’argent ? »
Marc détourna les yeux.
« Elle adore le tennis. Tu sais combien ça compte pour elle. »
« Oui. C’est pour ça que j’ai payé pendant trois ans. Mais tu savais que c’était moi qui finançais ses cours ? »
Marc ne répondit pas.
« Tu savais que je payais aussi une partie de tes dépenses. Et malgré ça, tu as accepté que ton père utilise ta fille pour humilier mon fils. »
« Ce n’était pas censé aller aussi loin », marmonna Marc.
Claire eut un rire incrédule.
« Tu veux dire quoi ? Que le gâteau aurait dû être seulement un peu détruit ? Que Lucas aurait dû pleurer moins fort ? »
Marc se tourna vers elle.
« Je n’ai jamais dit ça. »
« Tu as ri, Marc. Tu as ri pendant que mon fils allait s’asseoir tout seul sur les marches. »
Marc baissa la tête.
Bernard intervint.
« Ça suffit. On ne va pas transformer une erreur d’enfant en procès familial. »
Julien répondit sans hausser la voix :
« Alors parlons de ce que vous avez écrit avant l’anniversaire. »
Il prit son téléphone et lut le message de Bernard :
« Dis-lui de le faire juste avant les bougies. Il faut que tout le monde voie. »
Puis la réponse de Marc :
« D’accord. Comme ça, Julien comprendra. »
Il releva les yeux.
« Comprendra quoi ? Que je dois accepter de risquer notre maison pour un prêt ? Que mon fils doit être humilié si je refuse ? »
Marc se frotta le visage.
« Papa disait que tu nous avais abandonnés depuis que tu avais commencé à gagner plus d’argent. Il disait que tu avais oublié d’où tu venais. »
« Et tu l’as cru ? »
« Je ne sais pas. »
« Tu n’as pas essayé de savoir. Tu as simplement accepté de participer. »
Marc resta immobile.
Puis, d’une voix plus basse, il avoua :
« J’ai besoin de ce prêt. Le restaurant est ma dernière chance. J’ai déjà investi beaucoup d’argent dans le projet. Si je n’obtiens pas le financement, je vais perdre ce que j’ai mis dedans. »
Julien sentit sa colère se mêler à une forme de tristesse.
Il connaissait les difficultés de son frère. Il savait que Marc avait souvent eu du mal à terminer ce qu’il commençait, qu’il avait pris des risques sans suffisamment calculer les conséquences.
Mais il n’avait jamais voulu le voir échouer.
« Tu aurais pu me demander de regarder ton dossier avec toi », dit Julien. « J’aurais pu t’aider à comprendre les chiffres, à examiner les risques ou à chercher une autre solution. Je ne t’aurais pas forcément prêté l’argent, mais je t’aurais écouté. »
Marc leva les yeux.
« Tu aurais vraiment fait ça ? »
« Oui. Avant que tu utilises ton enfant pour me punir. »
Marc ne répondit pas.
À cet instant, son téléphone vibra.
Il regarda l’écran, puis pâlit.
Julien le remarqua.