Camille Renaud retrouva Lucas en début d’après-midi, devant l’hôpital où sa mère était soignée.

Elle ne vint ni avec des policiers en uniforme ni avec une équipe de journalistes. Elle arriva seule, en civil, un dossier sous le bras.

— Lucas Morel ?

Le jeune homme se raidit immédiatement.

— Si vous venez me dire que j’ai inventé cette histoire, vous pouvez repartir.

— Je ne suis pas là pour te demander de te rétracter. Je suis là parce que certains détails que tu as donnés correspondent à des éléments de mon enquête.

Lucas l’observa avec méfiance.

— Vous me croyez ?

— Je crois qu’il faut vérifier ce que tu affirmes. Ce n’est pas la même chose. Mais je vais t’écouter.

Pour la première fois depuis les funérailles, Lucas eut l’impression qu’on ne le jugeait pas avant même de l’avoir entendu.

Il sortit les quatre morceaux de papier de sa poche.

— Ils ont déchiré ma page. Mais je l’ai gardée.

Camille examina les fragments sans les manipuler davantage, puis les photographia.

— Ces hommes t’ont-ils menacé ?

Lucas hésita, puis lui raconta leur visite nocturne, leurs paroles et surtout la phrase concernant Sophie.

L’expression de Camille changea.

— Ils connaissaient l’hôpital où ta mère est soignée ?

— Oui.

— Ne retourne pas seul à l’endroit où tu dors. Je vais faire consigner ces menaces et demander les mesures de protection appropriées. Et surtout, ne confronte personne de la famille de Villiers.

— Je veux seulement savoir pourquoi cette femme était à l’entrepôt.

Camille referma son dossier.

— Alors nous allons commencer par l’entrepôt.

L’entrepôt 7

À 16 h 20, Camille obtint les premières informations sur le site des anciens docks.

L’entrepôt 7 appartenait officiellement à une société immobilière contrôlée par une filiale du groupe de Villiers. Depuis trois ans, le bâtiment était déclaré inutilisé.

Pourtant, les factures révélaient des dépenses régulières : électricité, maintenance, gardiennage et location de véhicules.

Le plus étrange était un paiement effectué deux jours avant la mort annoncée d’Éléonore.

Une société de transport avait facturé un déplacement nocturne, sans préciser le nom du passager.

Camille demanda aux enquêteurs de préserver les documents comptables et les images de vidéosurveillance encore disponibles.

Le soir même, une équipe se rendit sur place dans le cadre des vérifications autorisées.

La porte principale était verrouillée. À l’intérieur, la poussière recouvrait les machines et les étagères. Mais dans un bureau du fond, une tasse contenait encore des traces de café. Un chauffage d’appoint était branché derrière une armoire.

Sur le sol, près d’une porte métallique, les techniciens découvrirent une empreinte partielle de canne.

Une caméra extérieure avait également enregistré une berline noire entrant sur le site à 23 h 37.

La plaque était illisible sur les premières images.

Mais à 23 h 51, le véhicule ressortait par une autre voie. Un reflet permettait de distinguer un autocollant particulier sur le pare-brise.

Camille fit transmettre cette information aux enquêteurs chargés de retrouver le véhicule.

Le lendemain, ils identifièrent une voiture louée par une société de sécurité sous contrat avec le groupe de Villiers.

Gérard Valmont en supervisait les prestations.

Cela ne prouvait pas encore qu’il avait participé à une dissimulation. Mais il ne s’agissait plus seulement de la parole d’un garçon sans domicile.

Puis un technicien appela Camille.

— Nous avons trouvé quelque chose dans le bureau. Une petite boîte métallique, cachée derrière un panneau mural.

À l’intérieur se trouvait une photographie ancienne, une clé et une enveloppe contenant un unique message manuscrit :

« Si je ne peux pas rentrer chez moi, cherchez le saphir. Et ne faites confiance ni à Antoine ni à Gérard. »

La signature était celle d’Éléonore de Villiers.

Camille relut le message.

La question n’était désormais plus seulement de savoir si Lucas avait aperçu une femme vivante.

Il fallait découvrir pourquoi cette femme avait laissé des instructions qui semblaient désigner son propre fils et le responsable de sa sécurité.

Le saphir bleu

Pendant ce temps, Antoine de Villiers avait convoqué une réunion urgente avec les dirigeants du groupe familial.

Il avait appris que des enquêteurs s’étaient rendus aux anciens docks.

— Je veux savoir qui leur a donné cette adresse, lança-t-il.

Gérard Valmont resta debout près de la fenêtre.

— Le garçon a parlé publiquement. La procureure a probablement suivi cette piste.

— Alors faites disparaître ce qui pourrait encore nous compromettre.

Gérard ne répondit pas immédiatement.

— Il y a un problème, dit-il enfin. Éléonore avait prévu cette éventualité.

Antoine se retourna brusquement.

— Qu’est-ce que vous racontez ?

— Votre mère avait fait préparer des copies de certains documents. Je ne sais pas où elles se trouvent toutes.

Antoine pâlit de colère.

— Vous étiez censé vous occuper de ça !

— Je me suis occupé de ce que vous m’avez demandé. Pas de tout ce qu’elle avait caché.