Le silence qui suivit fut glacial.
Gérard sortit de la pièce sans ajouter un mot.
Antoine resta seul avec une certitude qui le terrifiait : sa mère avait anticipé ce qui pourrait lui arriver.
Et elle avait laissé des traces.
Le troisième jour, Camille reçut un appel d’une ancienne employée de maison des de Villiers, Madeleine Perrot, âgée de 68 ans.
Elle avait vu les images des funérailles et reconnu Lucas.
Quinze ans plus tôt, elle avait travaillé avec Sophie Morel.
— Sophie n’a jamais volé ce collier, déclara-t-elle dès le début de l’entretien. Je l’ai vue rendre une boîte à bijoux à Madame de Villiers. Quelques jours plus tard, Antoine a affirmé qu’un bijou avait disparu.
— Pourquoi n’avez-vous rien dit à l’époque ?
Madeleine baissa les yeux.
— Parce que j’avais deux enfants et un mari malade. Antoine m’avait fait comprendre que je perdrais mon emploi si je parlais. J’ai eu peur. Et je m’en veux encore.
Elle sortit une vieille enveloppe de son sac.
À l’intérieur se trouvait une photographie prise lors d’une réception. Éléonore y portait une bague ornée d’un grand saphir bleu.
Au dos, une date était inscrite, accompagnée de quelques mots : « La pierre originale, conservée à l’abri. »
Madeleine expliqua que, quelques mois avant le scandale visant Sophie, Éléonore avait confié à plusieurs personnes que sa collection de bijoux devait être inventoriée par un expert indépendant.
Après la disparition annoncée du collier, cette vérification n’avait jamais été menée à son terme.
— Et la bague ? demanda Camille.
— Madame de Villiers la portait presque tout le temps. Mais elle avait aussi une réplique, une imitation presque parfaite. Elle disait que la véritable pierre ne devait jamais quitter un endroit sûr.
Camille comprit alors que le saphir pouvait être davantage qu’un bijou de famille. Il pouvait constituer un indice matériel permettant de vérifier l’identité de la femme aperçue par Lucas.
Elle fit rechercher les inventaires et les photographies officielles de la bague.
Une comparaison préliminaire révéla une différence entre deux images prises à quelques mois d’intervalle : la taille d’une petite inclusion naturelle dans la pierre ne correspondait pas.
L’une des bagues était probablement une imitation.
Mais où se trouvait l’originale ?
Les quatre morceaux de papier
Le quatrième jour, un événement inattendu fit avancer l’affaire.
Un infirmier de l’hôpital signala à Camille qu’un homme avait essayé d’obtenir des informations sur les horaires de Sophie Morel en prétendant être un cousin.
L’homme était parti lorsqu’on lui avait demandé de justifier son identité.
Camille fit enregistrer l’incident et renforça les mesures de précaution autour de Sophie. Lucas, lui, accepta d’être accompagné par un éducateur et de ne plus dormir dans l’atelier abandonné.
Il n’avait pas l’habitude qu’on lui propose de l’aide sans lui demander quelque chose en retour.
— Pourquoi vous faites tout ça ? demanda-t-il à Camille.
— Parce que les menaces contre un témoin potentiel ne sont pas un détail. Et parce que ta mère ne doit pas payer le prix de ce que tu as vu.
Cette nuit-là, Lucas étala sur une table les quatre fragments de sa page déchirée.
Les bords irréguliers s’emboîtaient presque parfaitement.
Il les avait gardés non par espoir de reconstruire son carnet, mais parce que les deux hommes avaient semblé si pressés de détruire cette page précise.
Il remarqua alors un détail : au verso de l’un des fragments, une trace de stylo avait traversé le papier. Ce n’était pas son écriture.
En reconstituant la page sous une lumière oblique, il distingua quelques lettres qu’il n’avait pas remarquées auparavant.
« 7 — casier B — dépôt bleu. »
Lucas appela Camille.
Le lendemain matin, les enquêteurs retournèrent à l’entrepôt 7. Dans une pièce attenante, ils trouvèrent une rangée de casiers métalliques, dont le casier B était fermé par une serrure ancienne.
La clé découverte dans la boîte murale l’ouvrit.
À l’intérieur reposaient un petit coffret, des copies de documents comptables et une enveloppe scellée.
Le coffret contenait un saphir bleu.
Un expert mandaté pour l’examiner constata que la pierre correspondait aux photographies anciennes de la bague d’Éléonore. Les marques naturelles de la gemme étaient identiques.
L’enveloppe, quant à elle, contenait quatre feuilles portant des dates, des montants et des références de virements.
Les documents semblaient relier plusieurs sociétés prestataires à des transferts d’argent issus de la fondation caritative.
Certains bénéficiaires étaient associés à des personnes travaillant pour le groupe de Villiers.
D’autres virements avaient été effectués peu avant la mort annoncée d’Éléonore.
Camille ne conclut pas immédiatement à une fraude. Elle fit authentifier les documents, vérifier leur provenance et comparer les références aux relevés bancaires obtenus dans le cadre de l’enquête.
Mais un nom revenait sur plusieurs opérations : Antoine de Villiers.
La femme derrière la porte
L’enquête prit une nouvelle direction lorsqu’un chauffeur indépendant se présenta spontanément aux autorités.