Le secret caché sous la salle de bains de mon mari a révélé une disparition vieille de six ans
À trois heures du matin, Sarah m’appela.
— Manon, tu es seule ?
Je regardai ma mère, endormie dans la chambre voisine, puis Lila, blottie contre moi sur le canapé.
— Oui. Qu’est-ce que tu as découvert ?
Un silence s’installa à l’autre bout du fil.
— La femme disparue s’appelait Élodie Marchal. Elle avait vingt-neuf ans lorsqu’elle a été vue pour la dernière fois. Elle travaillait dans une entreprise de rénovation immobilière. Son dossier a été classé comme une disparition inquiétante, mais l’enquête n’a jamais abouti.
— Et quel rapport avec Antoine ?
— Ils se connaissaient. J’ai retrouvé une photographie dans les archives publiques. Ils étaient ensemble lors d’une fête d’entreprise, quelques mois avant sa disparition.
Je sentis ma gorge se nouer.
— Antoine ne m’a jamais parlé d’elle.
— Ce n’est pas tout. Élodie travaillait sur un chantier dans ton immeuble, six ans auparavant. Le chantier concernait précisément les canalisations de plusieurs appartements, dont le tien.
Je repensai aux explications d’Antoine. Aux tuyaux anciens. À sa colère lorsque quelqu’un approchait de la grille. À ces cinq années pendant lesquelles il avait frotté le carrelage avec une minutie presque maniaque.
— Tu crois qu’il lui a fait du mal ?
— Je ne peux pas conclure cela, Manon. C’est à la police de l’établir. Mais les experts ont trouvé suffisamment d’éléments suspects pour poursuivre les analyses. Et, surtout, Antoine a parlé de travaux dont personne ne lui avait demandé de parler.
Je raccrochai avec une sensation terrible : mon mari n’avait pas simplement caché quelque chose dans notre salle de bains. Il avait peut-être construit toute notre vie autour de ce secret.
Le lendemain matin, l’inspectrice chargée de l’enquête me contacta. Elle voulait me poser quelques questions sur les habitudes d’Antoine et sur les travaux réalisés dans l’appartement.
Je lui racontai tout.
Les nettoyages répétés. L’interdiction de toucher à l’évacuation. La colère contre l’aide ménagère. Et cette phrase prononcée devant les policiers :
« Elle s’est bouchée il y a six ans. Il y a eu des travaux. »
L’inspectrice prit des notes.
— Votre mari savait-il que votre amie était médecin légiste ?
— Oui. Je lui avais parlé de Sarah à plusieurs reprises.
— Et savait-il qu’elle venait vous rendre visite ce soir-là ?
— Non. Enfin… je ne crois pas.
L’inspectrice referma son carnet.
— Nous allons vérifier ces éléments. En attendant, ne retournez pas dans l’appartement et ne cherchez pas à le contacter seule.
Je suivis ses conseils. Pour la première fois, je cessai de chercher une explication qui pourrait sauver l’image que j’avais d’Antoine.
Deux jours plus tard, Sarah me retrouva dans le salon de ma mère.
Elle avait l’air épuisée.
— Les analyses sont en cours, dit-elle. Je ne peux pas te donner de conclusion avant les résultats officiels.
Je hochai la tête.
— Mais tu as trouvé quelque chose d’autre.
Elle sortit une photocopie d’un ancien rapport de chantier, que les enquêteurs lui avaient autorisé à consulter dans le cadre de ses fonctions.
Le document mentionnait une intervention exceptionnelle sur la conduite d’évacuation de notre appartement, six ans auparavant. Les travaux avaient été commandés en urgence par le propriétaire, après le signalement d’une fuite.
Au bas de la page figuraient deux signatures : celle du responsable de chantier et celle d’un employé chargé de superviser l’accès aux logements.
La seconde signature était celle d’Antoine.
Je fixai le papier.
Six ans auparavant, je ne le connaissais pas encore. Nous nous étions rencontrés quelques mois plus tard, lors d’un anniversaire organisé par des amis communs. Il m’avait semblé attentif, drôle et rassurant.
Il m’avait même raconté, lors de notre première année ensemble, qu’il connaissait très bien le quartier parce qu’il y avait travaillé sur plusieurs chantiers.
Je n’avais jamais trouvé cela étrange.
— Pourquoi aurait-il gardé cette histoire secrète ? demandai-je.
Sarah ne répondit pas immédiatement.
— Parce que nous ne savons pas encore ce qu’il cherchait à dissimuler. Mais les enquêteurs ont découvert qu’Élodie avait signalé des irrégularités sur ce chantier peu avant sa disparition.
Cette information changeait tout.
Élodie n’était peut-être pas seulement une femme qu’Antoine avait connue. Elle avait peut-être découvert quelque chose qui aurait pu mettre plusieurs personnes en difficulté.
Le soir même, l’inspectrice me rappela.
Les experts avaient retrouvé des fragments biologiques dans la zone de l’évacuation et des matériaux anciens qui semblaient avoir été déplacés lors des travaux. Les résultats définitifs n’étaient pas encore disponibles, et il était trop tôt pour affirmer à qui appartenaient les fragments.
Mais une nouvelle pièce avait été découverte : un petit médaillon métallique dissimulé derrière une partie de l’installation.
À l’intérieur, presque effacées, figuraient deux lettres : E. M.
Les initiales d’Élodie Marchal.