Élodie ne répondit pas tout de suite. Elle regardait Madeleine, incapable de comprendre les mots qui venaient de bouleverser toute sa vie.

— Camille ? répéta-t-elle. La sœur de maman ?

Madeleine hocha la tête.

— Ta mère biologique. Elle est morte lorsque tu étais encore toute petite. Hélène t’a recueillie, mais elle n’a jamais accepté que tu sois la fille de sa sœur. Elle t’a élevée, oui, mais elle t’a aussi fait payer une histoire qui n’était pas la tienne.

Élodie sentit ses jambes faiblir. Lila, qui ne comprenait pas tout, s’accrocha à son manteau.

— Maman, on va où maintenant ?

Élodie caressa ses cheveux.

— À la maison, ma chérie. On va rentrer et se reposer.

Mais Madeleine posa une main sur son bras.

— Attends. Il faut que tu saches autre chose. Camille possédait une maison près d’Amboise. Elle l’avait achetée avant ta naissance et avait placé ses économies dans un compte à ton nom. Elle voulait que tu aies un toit et une sécurité financière, quoi qu’il arrive.

— Pourquoi personne ne m’en a parlé ?

— Parce qu’Hélène a prétendu que la succession avait été réglée. J’ai cru qu’elle avait fait ce qu’il fallait. Je n’ai découvert la vérité qu’il y a quelques mois, en aidant à vider les papiers d’une ancienne étude notariale.

Madeleine sortit de son sac une enveloppe jaunie.

À l’intérieur se trouvaient une copie d’un acte de propriété, une lettre signée de Camille et les coordonnées d’un notaire.

Élodie lut la lettre d’une main tremblante.

« À ma fille, Élodie. Si un jour tu lis ces mots, sache que je n’ai jamais souhaité que tu grandisses en te sentant indésirable. Je ne peux pas prévoir ce que la vie te réservera, mais je veux que tu aies toujours un endroit où rentrer. La maison d’Amboise est pour toi. Elle n’est pas un prix à gagner ni une dette à rembourser. C’est ton foyer, et personne ne devrait pouvoir t’en priver. »

Élodie fondit en larmes.

Pendant trente-quatre ans, elle avait essayé de mériter l’affection d’Hélène. Elle avait travaillé davantage, accepté les remarques, rendu service sans compter et excusé des humiliations qu’elle n’aurait jamais tolérées envers sa propre fille.

Et si, depuis le début, le problème n’avait jamais été elle ?

Madeleine essuya doucement ses joues.

— Tu n’as pas besoin de retourner là-dedans ce soir. Mais demain, appelle le notaire. Il faut vérifier les documents et comprendre ce qui s’est passé.

Élodie acquiesça.

Puis elle prit Lila dans ses bras et quitta la maison.

Derrière elles, la fête continuait encore quelques minutes. Jusqu’à ce que les invités découvrent que le buffet avait disparu.

Le lendemain matin, le premier mensonge

À 9 heures précises, Élodie téléphona à l’étude notariale indiquée sur l’enveloppe.

Une clerc de notaire lui demanda son identité, puis lui fixa un rendez-vous pour le lendemain. Après vérification des archives, expliqua-t-elle, le dossier semblait effectivement concerner une succession au nom de Camille.

— Je préfère être prudente, précisa-t-elle. Nous devons examiner les actes originaux, les éventuelles déclarations de succession et les documents concernant la propriété. Mais votre nom apparaît bien dans les pièces que nous avons retrouvées.

Élodie raccrocha avec le sentiment étrange que le sol se dérobait sous ses pieds tout en lui offrant, pour la première fois, un endroit où se tenir.

Elle n’avait jamais possédé de maison. Elle n’avait jamais eu d’épargne suffisante pour envisager autre chose que le loyer du mois suivant. Et maintenant, une inconnue lui annonçait qu’un bien immobilier pouvait lui appartenir depuis des années.

À midi, son téléphone sonna.

Sophie.

Élodie hésita, puis décrocha.

— Tu as intérêt à expliquer ce que tu as fait hier soir, lança sa sœur. Maman a passé une nuit horrible. Tu es partie avec toute la nourriture devant tout le monde. Thomas a dû commander des pizzas !

Élodie ferma les yeux.

— Tu m’appelles vraiment pour me parler des pizzas ?

— Tu sais très bien ce que je veux dire. Tu as gâché son anniversaire.

— C’est toi qui as posé l’assiette de Lila par terre, près du chien.

Un silence.

— C’était une plaisanterie !

— Alors explique-moi ce qui était drôle pour une petite fille de huit ans.

Sophie ne répondit pas immédiatement.

— Tu dramatises toujours tout, Élodie. Depuis qu’on est petites, tu fais comme si tout le monde t’en voulait.

Cette phrase, autrefois, aurait suffi à faire douter Élodie. Elle aurait cherché à se justifier, se serait excusée, puis aurait probablement proposé de préparer un autre repas pour réparer les choses.

Cette fois, elle n’en fit rien.

— Je ne discuterai plus de la dignité de ma fille avec toi. Et je te demande de ne plus l’humilier.

Elle raccrocha.

Quelques minutes plus tard, Hélène lui envoya un message :