« Madeleine raconte n’importe quoi. Ne te mêle pas de cette histoire de maison. Tu vas encore faire des erreurs que je devrai réparer. »

Élodie relut le message deux fois.

Elle n’avait pas encore prononcé le mot « maison » devant sa mère.

Comment Hélène savait-elle déjà que Madeleine lui avait parlé ?

La maison d’Amboise

Le lendemain, Élodie se rendit à l’étude notariale avec Madeleine.

Le notaire, maître Perrin, consulta plusieurs dossiers anciens avant de les recevoir dans son bureau.

Il confirma que Camille avait acheté une petite maison à Amboise plusieurs années avant la naissance d’Élodie. Il retrouva également un testament qui désignait Élodie comme bénéficiaire du bien, sous réserve des vérifications successorales nécessaires.

Mais le dossier contenait une anomalie.

Une procuration signée plusieurs années auparavant autorisait Hélène à effectuer certaines démarches administratives au nom de sa sœur. Cette procuration avait ensuite été utilisée pour engager des opérations concernant le bien immobilier.

— Cela ne signifie pas automatiquement qu’il y a eu fraude, expliqua le notaire. Nous devons vérifier la portée de cette procuration, les actes signés et la situation actuelle du bien.

Élodie serra ses mains.

— Et si ma sœur essaie de vendre la maison ?

Le notaire leva les yeux.

— Nous allons vérifier si une promesse de vente a été signée, par qui et sur quel fondement. Si vos droits sont menacés, votre avocat pourra examiner les mesures nécessaires pour protéger le bien pendant que la situation est clarifiée.

Il consulta un document supplémentaire, puis se figea.

— Il y a effectivement une demande récente concernant cette propriété.

Il tourna l’écran vers elles.

Une agence immobilière avait fait enregistrer une demande de renseignements sur la maison trois semaines auparavant.

Le nom de la personne à l’origine de la demande était celui de Sophie.

Élodie sentit une colère froide lui monter dans la poitrine.

— Elle savait.

Madeleine acquiesça lentement.

— Elle a dû trouver les papiers chez ta mère.

— Et elle comptait vendre une maison qui pourrait m’appartenir sans même m’en parler ?

— Nous devons encore vérifier ce qu’elle savait exactement, répondit le notaire. Ne tirons pas de conclusion avant d’avoir les documents complets.

Élodie se força à respirer.

Elle ne voulait plus laisser la colère décider à sa place. Elle voulait des preuves.

La confrontation

Le vendredi suivant, Élodie retourna chez Hélène. Cette fois, elle ne venait ni cuisiner, ni ranger, ni demander pardon.

Elle avait apporté des copies des documents que le notaire avait pu lui communiquer.

Sophie était là, assise sur le canapé, son téléphone à la main. Thomas se tenait près de la fenêtre.

Hélène blêmit en voyant l’enveloppe.

— Qui t’a donné ces papiers ?

— Madeleine. Et j’ai rencontré le notaire.

Sophie se redressa.

— Tu n’avais pas le droit de fouiller dans les affaires de maman !

— Je n’ai rien fouillé. J’ai découvert des documents qui me concernent.

— Cette maison est abandonnée depuis des années, répliqua Sophie. Elle coûte de l’argent. Je cherchais seulement à régler la situation.

— Avec quel droit ?

Sophie ouvrit la bouche, puis la referma.

Hélène intervint :

— Camille était ma sœur. J’ai dû tout gérer après sa mort. Tu ne peux pas comprendre ce que j’ai traversé.

— Alors explique-moi pourquoi tu m’as caché son testament.

— Je t’ai nourrie, habillée et élevée pendant toutes ces années !

Élodie sentit les vieilles habitudes revenir : la culpabilité, le besoin de prouver qu’elle était reconnaissante, la peur de passer pour une ingrate.

Mais elle regarda Lila, qui l’attendait chez une amie. Elle pensa à l’assiette posée sur le carrelage, aux rires et à la façon dont sa fille avait demandé si sa grand-mère ne l’aimait pas parce qu’elles étaient pauvres.

— Je reconnais ce que tu as fait pour moi quand j’étais enfant, dit-elle enfin. Mais cela ne te donne pas le droit de me rabaisser aujourd’hui, ni de cacher des documents qui pourraient déterminer mon avenir.

Hélène détourna les yeux.

Thomas prit alors la parole.

— Maman, tu nous as dit que la maison appartenait à la famille et que tu avais le droit de la vendre.

Sophie se tourna vivement vers lui.

— Thomas, tais-toi.

Il la regarda, surpris.

Ce simple échange suffit à faire comprendre à Élodie qu’ils ne lui avaient pas tout dit.

Sophie finit par avouer qu’elle avait trouvé des documents dans un carton appartenant à Hélène. Elle avait contacté une agence pour connaître la valeur de la maison, convaincue qu’elle pourrait être vendue pour financer un projet immobilier.

Elle prétendait ignorer que le testament pouvait encore produire des effets.

— Tu aurais pu me prévenir, dit Élodie.

— Tu n’aurais jamais accepté !

— C’était à moi de décider.

Sophie baissa les yeux.