Les trois coups retentirent de nouveau.

Andreï ouvrit la porte, mais son sourire forcé disparut dès qu’il reconnut l’homme qui se tenait sur le palier.

— Maître Belov ? Qu’est-ce que vous faites ici ?

L’homme, un notaire d’une soixantaine d’années vêtu d’un manteau sombre, ajusta ses lunettes.

— Je pourrais vous poser la même question, monsieur Sokolov. Je suis venu rencontrer Larissa, comme convenu.

Je restai immobile au milieu du couloir.

Maître Belov était le notaire qui avait réglé la succession de mon père. Je ne l’avais pas vu depuis plusieurs mois. La veille, il m’avait téléphoné pour me prévenir qu’un document concernant la propriété nécessitait une vérification en personne.

Je n’avais pas imaginé qu’il viendrait précisément ce soir-là.

Andreï serra la chemise cartonnée contre lui.

— Ce n’est pas le bon moment. Nous avons une discussion familiale.

— Je comprends. Mais les documents que je dois remettre à votre épouse la concernent directement.

Il tourna la tête vers moi.

— Larissa, puis-je entrer ?

— Bien sûr.

Andreï hésita, puis s’écarta.

Maître Belov entra dans le salon, salua Nina Petrovna et Oksana, puis posa sa mallette sur la table. Son regard passa sur les plans de la chambre, le mètre ruban et la feuille indiquant la livraison des meubles.

Il ne fit aucun commentaire, mais son expression changea légèrement.

— Je vois que vous avez des projets d’aménagement.

Oksana reprit aussitôt son assurance.

— Je vais temporairement occuper la chambre du fond. C’est une solution familiale.

Le notaire la regarda calmement.

— Je comprends. Et madame Larissa a donné son accord ?

Personne ne répondit.

Il retira ses lunettes, les essuya avec un chiffon et les remit.

— Je pose la question parce que la maison dont nous parlons est enregistrée au nom de Larissa, conformément aux dispositions de la succession de son père. Avant de discuter de son occupation, il serait préférable de vérifier que tout le monde comprend la situation juridique.

Le silence qui suivit fut presque irréel.

Nina Petrovna posa lentement sa tasse.

— Vous voulez dire que la maison appartient entièrement à Larissa ?

— D’après les actes que j’ai examinés, oui. Elle lui a été transmise par son père. Le mariage n’a pas, à lui seul, transféré la propriété à son époux.

Andreï fit un pas en avant.

— Mais j’habite ici depuis deux ans !

— Je ne conteste pas ce fait, répondit le notaire. Les droits liés à l’occupation du logement et les droits de propriété sont deux questions différentes. Si un désaccord existe, il faut l’examiner correctement plutôt que de tirer des conclusions hâtives.

Je regardai mon mari.

Il avait toujours affirmé que cette maison était devenue « notre maison » et que les décisions importantes devaient être prises ensemble. J’avais accepté cette idée parce que je l’aimais. Je n’avais jamais pensé qu’il finirait par confondre notre vie commune avec un droit de disposer seul de ce que mon père m’avait laissé.

Maître Belov ouvrit sa mallette.

— Larissa, j’ai apporté les copies certifiées des actes ainsi qu’un courrier concernant une demande que nous avons reçue récemment.

Andreï se raidit.

Le notaire sortit une feuille.

— Il y a trois semaines, une personne a contacté notre étude pour obtenir des informations sur la possibilité de constituer une garantie immobilière sur cette propriété.

Je tournai lentement la tête vers mon mari.

— Une garantie immobilière ?

Le notaire acquiesça.

— La demande ne constituait pas un acte de transfert et aucune garantie n’a été enregistrée à la suite de cet échange. Mais la personne qui nous a contactés affirmait agir avec votre accord.

Je sentis mes mains devenir froides.

— Qui ?

Maître Belov posa la feuille sur la table et me la fit glisser.

Le nom d’Andreï figurait dans les notes de l’étude.

Je levai les yeux vers lui.

— Tu as essayé d’utiliser ma maison comme garantie ?

— Ce n’est pas ce que tu crois, répondit-il aussitôt.

— Alors explique-moi ce que je dois croire.

Il regarda sa mère, puis sa sœur.

Oksana s’était reculée près de la fenêtre. Nina Petrovna ne semblait plus savoir où poser les yeux.

Andreï finit par lâcher :

— J’avais besoin d’argent pour régler quelques problèmes. Je voulais simplement étudier les possibilités.

— Avec ma maison ?

— Je comptais t’en parler !

Je laissai échapper un rire bref, sans joie.

— Après avoir obtenu l’argent ? Ou après m’avoir demandé de signer les papiers ?

— Larissa, ne transforme pas tout en catastrophe.

Maître Belov intervint d’une voix ferme.