Le lendemain, je fis remettre à Élodie une copie de la lettre, accompagnée d’un mot.

Je t’aime toujours. Mais je ne confondrai plus jamais l’amour avec le fait de te protéger des conséquences de tes choix. Si nous voulons nous retrouver, il faudra commencer par la vérité.

Elle ne répondit pas immédiatement.

Trois semaines plus tard, elle vint à l’atelier. Elle avait les yeux fatigués et ne portait ni son manteau coûteux ni ses bijoux habituels.

Elle s’assit à côté de moi.

— Je ne sais pas si tu pourras me pardonner, dit-elle.

Je regardai les livres de sa mère.

— Je ne sais pas encore. Mais je suis prêt à t’écouter, si tu es prête à ne plus rien me cacher.

Nous sommes restés là longtemps, sans résoudre tous nos problèmes.

Je n’avais pas retrouvé ma femme. Je n’avais pas obtenu toutes les réponses. Et l’argent ne pouvait rien réparer de ce que nous avions perdu.

Mais, pour la première fois depuis sa mort, je cessais de chercher une manière de faire disparaître la douleur en réglant tout comme une affaire.

J’acceptais de vivre avec des questions, d’attendre les preuves et de laisser la justice suivre son cours.

Car Claire avait construit sa fortune en silence. Ce qu’elle m’avait laissé de plus précieux n’était pourtant pas un compte bancaire.

C’était une dernière leçon : l’amour ne consiste pas à fermer les yeux sur ceux que nous aimons. Il consiste à leur laisser une chance de dire la vérité, sans renoncer à la vérité elle-même.