Thomas ne répondit pas au message de Laurent. Il posa son téléphone sur la table, embrassa sa mère sur le front et demanda à son père de lui montrer tous les documents qu’il avait conservés.
Pendant deux heures, ils fouillèrent les tiroirs, les boîtes à chaussures et le vieux secrétaire de sa mère. Ils trouvèrent des factures, des relevés bancaires et plusieurs courriers que Laurent leur avait demandé de ne jamais ouvrir.
Puis Odette sortit une enveloppe jaunie, dissimulée sous des nappes.
— Ton père l’a cachée après la visite du notaire, murmura-t-elle. Il avait peur que Laurent la trouve.
À l’intérieur se trouvait une copie d’un acte de vente du terrain familial. Le prix annoncé était de 210 000 euros. Pourtant, André affirmait n’avoir jamais reçu cette somme.
Thomas photographia chaque page.
— Vous avez encore de l’argent sur vos comptes ?
Sa mère secoua la tête.
— Laurent dit qu’il faut payer les charges et les travaux. Il nous donne ce qu’il estime nécessaire.
Thomas sentit la colère monter, mais il se força à respirer lentement. Une accusation sans preuves risquait de donner à ses frères le temps de faire disparaître le reste.
Il appela son avocate, Maître Delmas, qui n’avait aucun lien avec la famille.
— Je soupçonne un détournement des sommes que j’ai envoyées à mes parents, une vente immobilière contestée et une possible falsification de signature. Je veux protéger mes parents et vérifier les actes avant de confronter qui que ce soit.
— Très bien, répondit-elle. Ne signez aucun document, ne menacez personne et ne tentez pas de récupérer des dossiers par la force. Nous allons demander les pièces officielles et voir quelles mesures urgentes sont possibles.
Elle lui recommanda aussi de faire examiner son père rapidement, compte tenu de son état et de la réduction de ses médicaments. Thomas prit rendez-vous avec un médecin et organisa la prise en charge de ses parents sans attendre.
Le soir même, il les installa dans un hôtel confortable près de Saint-Chamond. Odette protesta d’abord, inquiète du prix.
— Maman, tu as passé des années à économiser jusqu’à te priver de chauffage. Cette nuit, tu dors au chaud. On discutera du reste demain.
Pour la première fois depuis des mois, elle ne chercha pas à défendre Laurent.
Le lendemain, Maître Delmas obtint les premières pièces auprès du notaire chargé de la transaction. Une copie de la procuration utilisée pour la vente révéla une anomalie : la signature attribuée à André avait été certifiée lors d’un rendez-vous auquel il affirmait ne jamais avoir assisté.
Le notaire, interrogé par l’avocate, indiqua que le dossier lui avait été transmis par un intermédiaire et qu’il devait vérifier les conditions dans lesquelles la procuration avait été établie. Il accepta de préserver les documents et de coopérer aux vérifications.
Mais le dossier contenait autre chose.
Une partie du prix de vente avait été versée sur un compte au nom d’une société immobilière créée quelques mois plus tôt. Julien, le cadet, apparaissait parmi les personnes autorisées à effectuer des opérations pour cette société.
Thomas comprit alors que son petit frère n’avait peut-être pas seulement fermé les yeux.
Il avait peut-être participé au montage.
À midi, Laurent arriva à l’hôtel.
Il entra dans le hall comme s’il venait rendre une visite ordinaire, un sac de viennoiseries à la main.
— Alors, tu emmènes nos parents en vacances maintenant ? lança-t-il.
Thomas se leva.
— Où est passé l’argent que je t’ai envoyé ?
Laurent posa le sac sur une chaise.
— Tu ne sais pas ce que coûte de s’occuper de deux personnes âgées. Les courses, les rendez-vous, les factures… Tu crois que tout se fait gratuitement ?
— Cent quarante-cinq mille euros, Laurent. Où sont-ils ?
— Tu m’as confié cet argent. Tu ne m’as jamais demandé de comptes.
— Je t’ai demandé de nourrir nos parents et de payer leurs soins.
Le sourire de Laurent disparut.
— Tu étais parti. Moi, j’étais là. J’ai tout géré pendant que monsieur construisait son entreprise.
André s’avança, soutenu par Odette.
— Tu nous as laissés sans médicaments.
Laurent se tourna vers lui.
— Papa, tu ne comprends plus les choses comme avant.
— Je comprends que tu m’as demandé de signer un papier pour préparer la succession. Je comprends que tu as vendu mon terrain. Et je comprends que tu m’as menti.
Laurent regarda Thomas avec une haine froide.
— Tu ne sais pas ce que tu déclenches.
— Alors explique-moi.
— Si tu continues, la banque saisira la maison. Tu veux vraiment que papa et maman finissent sans rien ?
Thomas ne répondit pas tout de suite.
— La banque ? Quelle banque ?
Laurent hésita une fraction de seconde.