La porte s’ouvrit brusquement.
Sylvie apparut dans l’encadrement, encore vêtue de son manteau beige. Derrière elle, Camille tenait un sac de pâtisseries, tandis que Mathis consultait son téléphone.
— Tu as quelque chose à nous expliquer ? demanda Sylvie.
Élodie était agenouillée devant sa valise ouverte.
— Oui. Je pars.
Sa mère cligna des yeux, puis éclata d’un rire incrédule.
— Tu pars ? Pour une photo ? Tu as 29 ans, Élodie. Tu comptes faire quoi, exactement ? Nous punir en déménageant ?
— Non. Je vais simplement vivre ailleurs.
Marc arriva à son tour dans le couloir. Il avait encore son manteau sur le bras.
— Bon, ça suffit. On ne va pas transformer une petite dispute en catastrophe familiale.
Élodie se redressa.
— Une petite dispute ? Vous avez organisé des sorties pendant des mois en me mentant. Je paie une partie des charges, je fais les courses, je nettoie la maison et je m’occupe du linge de tout le monde. Pendant ce temps, je dors derrière le garage parce que Camille avait besoin de ma chambre.
— Elle avait besoin de soutien ! s’exclama Sylvie.
— Et moi, je n’avais besoin de rien ?
Personne ne répondit.
Élodie poursuivit, la voix étonnamment calme :
— Quand j’ai demandé pourquoi je devais quitter ma chambre, vous m’avez promis quelques semaines. Quand j’ai demandé pourquoi mes affaires étaient déplacées, vous m’avez dit de ne pas être égoïste. Quand j’ai voulu manger une part de tarte, vous m’avez accusée de manquer de compassion. Et maintenant, j’apprends que vous avez construit une famille à quatre en faisant comme si je n’existais pas.
Camille baissa la tête.
Mathis leva les yeux au ciel.
— Franchement, tu exagères. Camille a perdu sa mère. Tu aurais pu lui laisser un peu de place.
Élodie le regarda.
— Je lui ai laissé ma chambre, Mathis. Toi, qu’est-ce que tu lui as laissé ? À part ta sympathie quand quelqu’un d’autre payait les conséquences ?
Il ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.
Sylvie, elle, n’avait pas l’intention de céder.
— Après tout ce que nous avons fait pour toi, tu oses nous parler comme ça ?
Élodie eut un petit sourire triste.
— Tout ce que vous avez fait pour moi ?
Elle sortit son téléphone et ouvrit son application bancaire.
— Depuis quatre ans, je verse 450 € par mois. J’ai payé les courses, internet, plusieurs réparations et même une partie du nouveau réfrigérateur. Je ne vous ai jamais demandé de me rembourser quoi que ce soit. Je pensais participer à la vie de la maison. Je ne savais pas que je devais également payer pour avoir le droit d’y exister.
Marc se raidit.
— Personne ne t’a forcée à donner cet argent.
— C’est vrai. Et personne ne m’oblige à continuer.
Cette fois, le silence fut total.
Sylvie croisa les bras.
— Si tu n’es pas à ta place ici, pars.
Elle avait prononcé cette phrase comme une menace, certaine qu’Élodie finirait par pleurer, s’excuser et ranger sa valise.
Mais Élodie hocha simplement la tête.
— D’accord.
Elle referma la valise, prit son sac et passa devant sa mère.
Camille se précipita alors vers elle.
— Élodie, attends !
Élodie s’arrêta.
Sa cousine avait les yeux rouges. Pour la première fois depuis des mois, elle ne pleurait pas pour attirer l’attention de Sylvie. Elle semblait réellement effrayée.
— Je peux te parler ? demanda-t-elle.
— Tu peux parler maintenant.
Camille jeta un regard aux autres.
— Seules.
— Non, répondit Élodie. J’ai passé sept mois à entendre que je devais faire des efforts pour préserver la tranquillité de tout le monde. Ce soir, j’aimerais que tout le monde entende la vérité.
Camille serra les doigts autour de son sac.
Puis elle murmura :
— C’est moi qui ai demandé à ta mère de t’éloigner de ta chambre.
Sylvie se retourna brusquement.
— Camille !
Mais sa cousine continua.
— Au début, je ne voulais pas prendre sa place. J’étais mal, je ne dormais pas, je faisais des crises d’angoisse. J’avais peur de rester seule dans la chambre d’amis. Ta mère m’a proposé la chambre d’Élodie et j’ai accepté. Je pensais que ce serait temporaire.
Élodie la fixa.
— Et après ?
Camille inspira profondément.
— Après, j’ai découvert quelque chose.
Elle ouvrit son téléphone, chercha un message et le tendit à Élodie.
C’était une conversation datant de sept mois plus tôt, quelques jours après son arrivée dans la maison.
Un message de Sylvie disait :
« Si Élodie accepte de te laisser sa chambre, tout sera plus simple. Elle est trop attachée à cette maison. Il faut qu’elle comprenne qu’elle ne peut pas toujours décider de tout. »
Puis un autre, envoyé deux jours plus tard :