— Si nous mettons le système en service sans terminer les essais, nous risquons des conséquences techniques et sanitaires. C’est précisément pour cela qu’il existe une procédure de validation.

Elle resta silencieuse.

Puis elle demanda :

— Es-tu certain que les tests manquants sont indispensables ?

— Oui. Je peux vous montrer les critères d’acceptation et les résultats actuels, point par point.

Pour la première fois, elle ne m’interrompit pas.

Nous avons passé près d’une heure à examiner les rapports. Valeria posait des questions précises. Je lui répondais avec les données disponibles, sans exagérer les risques ni prétendre connaître l’issue d’une panne qui ne s’était pas produite.

À la fin, elle referma le dossier.

— Je veux que les responsables qualité et sécurité soient présents cet après-midi.

— C’est une bonne décision.

Elle me lança un regard difficile à interpréter.

— Et pour Noël, la question de tes congés n’est pas réglée.

— Ma demande a été approuvée en septembre. Je n’ai pas accepté de la modifier.

— Nous en reparlerons après la réunion.

Je sortis sans répondre.

J’avais déjà compris que le problème ne se limitait pas aux congés.

Le 23 décembre, à 16 h 30

La réunion se déroula en présence du directeur général, des responsables qualité et sécurité, de Valeria et d’Arturo.

Je présentai les trois anomalies, les essais déjà réalisés et ceux qui restaient à effectuer.

Le responsable qualité examina les relevés.

— Le capteur principal a effectivement présenté des valeurs instables lors de deux séries d’essais, confirma-t-il. Nous ne pouvons pas considérer ce point comme clos.

La responsable sécurité consulta ensuite le journal des alarmes.

— Et le défaut de transmission n’a pas été reproduit dans toutes les conditions prévues par le protocole.

Le directeur général se tourna vers Arturo.

— Pourquoi ces points ont-ils été considérés comme pouvant être traités après la mise en service ?

Arturo se racla la gorge.

— Nous étions soumis à un délai contractuel très serré. Je pensais que les corrections pourraient être réalisées en parallèle.

— Sur quelle base technique ?

Arturo ne répondit pas immédiatement.

Valeria, elle, avait les yeux fixés sur les rapports.

— J’ai demandé à plusieurs reprises si le système était prêt, dit-elle enfin. On m’a répondu que les problèmes restants étaient administratifs.

Le directeur général referma le dossier.

— Nous ne mettrons pas en service un système critique tant que les critères d’acceptation ne seront pas satisfaits. Les essais doivent être achevés, les anomalies corrigées et la validation documentée.

Il se tourna vers moi.

— Mateo, pouvez-vous établir un plan d’essais complémentaire avec l’équipe qualité ?

— Oui. Dès demain, si les personnes nécessaires sont disponibles. Mais je rappelle que je serai en congé le 25 décembre, conformément à l’autorisation reçue.

Le silence qui suivit fut bref, mais révélateur.

Le directeur général hocha la tête.

— Votre congé est maintenu. Nous organiserons la suite du travail en conséquence.

Arturo baissa les yeux.

Valeria ne dit rien.

La réunion se termina sans applaudissements ni grande déclaration. Il n’y eut pas de héros proclamé, seulement une décision technique qui aurait dû être prise dès le départ.

En rangeant mes affaires, je ressentis un immense soulagement.

Le système n’était pas encore prêt.

Mais nous avions enfin le droit de le dire ouvertement.

Le message de Valeria

À 18 h 05, alors que je m’apprêtais à partir, Valeria m’appela dans son bureau.

Elle avait retiré sa veste et semblait épuisée.

— Assieds-toi, Mateo.

Je restai debout un instant, puis pris place.

— Je voulais revenir sur ce que je t’ai dit hier.

Elle chercha ses mots.

— Je t’ai menacé de te faire perdre ton emploi si tu ne travaillais pas le jour de Noël. J’ai également annulé des congés déjà approuvés sans examiner correctement la situation. Ce n’était pas acceptable.

Je ne répondis pas.

— Arturo m’a assuré que le système était prêt et que tu exagérais les difficultés. Je l’ai cru parce que je voulais respecter le délai. J’aurais dû examiner les faits avant de prendre une décision.

Elle joignit les mains sur son bureau.

— Je te présente mes excuses.

J’aurais voulu ressentir une satisfaction immense.

À la place, je ressentis surtout de la fatigue.

— Merci de le reconnaître, dis-je. Mais j’aimerais que cela ne se reproduise pas avec quelqu’un d’autre.

— Nous allons revoir notre procédure de validation et notre manière de gérer les congés pendant les périodes critiques.

— Et les employés doivent pouvoir signaler un problème de sécurité sans être menacés.

Elle acquiesça.

— Je suis d’accord.

Je la regardai quelques secondes.

— Alors, j’espère que vous le démontrerez dans les décisions que vous prendrez.

Je quittai son bureau.