Pendant ce temps, Julien continuait de se comporter comme si tout allait bien.
Il achetait des pâtisseries pour le petit-déjeuner, demandait à Camille comment s’était passée sa journée et lui proposait même de réserver un week-end à Deauville.
Un soir, il lui tendit un verre de vin.
— On devrait se retrouver un peu, tous les deux. Cela fait longtemps qu’on n’a pas pris de vacances.
Camille posa son verre sans y toucher.
— C’est vrai. Tu sembles avoir beaucoup de projets en ce moment.
Il sourit.
— Il faut bien préparer l’avenir.
— Justement.
Elle le fixa quelques secondes.
— Parlons de l’avenir.
Le sourire de Julien se figea presque imperceptiblement.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Rien. Je trouve simplement que certaines choses mériteraient d’être clarifiées entre nous.
Il se raidit.
— Tu as encore un problème avec ma famille ?
Camille eut presque envie de rire.
Même maintenant, il essayait de détourner la conversation vers la seule dispute qu’il savait présenter comme une faute de sa part à elle.
— Non, Julien. Mon problème n’est pas ta famille.
Elle marqua une pause.
— Mon problème, c’est ce que tu fais quand tu crois que je ne regarde pas.
Il la dévisagea.
Pendant une seconde, elle crut qu’il allait tout avouer.
Mais il éclata d’un rire bref.
— Tu regardes trop de séries policières.
Camille ne répondit pas.
Elle se contenta de débarrasser la table.
Trois jours plus tard, l’acheteur de la maison confirma que les vérifications notariales étaient terminées et que l’acte définitif pouvait être signé à la date prévue.
Camille avait attendu ce moment avec impatience, mais elle ressentit surtout un étrange soulagement.
Cette maison représentait neuf années d’économies, des travaux réalisés de ses propres mains, les dimanches passés à repeindre les murs et les longues soirées durant lesquelles elle avait cru construire un foyer.
Elle ne vendait pas sa maison pour punir Julien.
Elle la vendait parce qu’elle ne voulait plus vivre dans un endroit où ses documents pouvaient être volés, ses décisions contournées et sa confiance utilisée contre elle.
Le jour de la signature, elle se rendit chez le notaire avec Claire.
L’acheteur était présent, accompagné de son épouse. Les derniers documents furent vérifiés, les fonds reçus conformément aux modalités convenues et l’acte authentique signé.
La vente était désormais conclue.
La maison ne lui appartenait plus.
Camille sortit de l’étude notariale avec un trousseau de clés dans son sac et le sentiment d’avoir fermé une porte qui aurait dû l’être depuis longtemps.
Elle ne prévint pas Julien.
Pas encore.
Elle voulait d’abord que ses affaires personnelles soient en sécurité, que ses documents originaux soient protégés et que les modalités de départ soient organisées avec l’aide de son avocate. Claire lui rappela également que la vente du bien ne réglerait pas, à elle seule, les questions liées à leur mariage, à leurs obligations éventuelles ou à la procédure concernant les faux documents.
Camille le savait.
Elle n’avait pas vendu sa maison pour faire disparaître un problème juridique. Elle avait vendu un bien qui lui appartenait, dans le cadre d’une transaction régulière.
Le reste suivrait son cours.
Le soir même, Élisabeth avait insisté pour organiser un dîner.
— Il faut bien fêter les bonnes nouvelles, avait-elle déclaré au téléphone.
Camille avait demandé de quelles bonnes nouvelles elle parlait.
Élisabeth avait répondu que Julien lui expliquerait.
Camille avait accepté.
À 19 h 30, la table était dressée. Élisabeth avait préparé un gratin, Chloé était assise près de la fenêtre et Julien semblait de particulièrement bonne humeur.
Il avait même acheté une bouteille de champagne.
— À la famille, annonça-t-il en levant son verre. Et aux nouveaux départs.
Camille observa les bulles monter dans sa coupe.
— Aux nouveaux départs, répéta-t-elle.
Élisabeth sourit.
— Tu vois, Camille ? Quand on fait un effort, tout finit par s’arranger.
— Tout ne s’arrange pas simplement parce qu’on fait semblant que rien ne s’est passé.
Le sourire d’Élisabeth s’effaça.
Julien posa sa fourchette.
— Qu’est-ce que tu cherches à provoquer, exactement ?
Camille prit sa serviette, la déplia calmement et la posa sur ses genoux.
— Rien. Je voulais simplement vous annoncer quelque chose.
Julien échangea un regard avec sa mère.
— Quoi donc ?
Camille leva les yeux vers lui.
— La maison a été vendue ce matin.
Le silence fut si brutal que l’on entendit le réfrigérateur se mettre en marche dans la cuisine.
Julien resta immobile.
Puis il eut un petit rire incrédule.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— J’ai signé l’acte authentique chez le notaire. La vente est conclue.
Il posa lentement son verre.
— Tu ne peux pas vendre cette maison !
Camille inclina légèrement la tête.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est notre maison !