— Non, Julien. C’était ma maison. Je l’avais achetée avant notre mariage. Notre contrat de mariage le précise, et tu l’as signé.

Élisabeth se redressa.

— Tu n’aurais jamais dû prendre une décision pareille sans en parler à ton mari !

Camille tourna la tête vers elle.

— J’aurais peut-être dû en parler à mon mari si mon mari n’avait pas essayé d’utiliser ma maison comme garantie d’un emprunt que je n’ai jamais demandé.

Le visage de Julien perdit ses couleurs.

Chloé cessa de respirer pendant une seconde.

Élisabeth ouvrit la bouche, puis la referma.

— Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, lâcha-t-elle enfin.

Camille sortit une feuille de son sac et la posa sur la table.

Ce n’était pas le dossier complet. Elle ne voulait pas exposer des documents confidentiels devant toute la famille. C’était une copie d’un courrier de la banque confirmant qu’une demande de financement garantie par le bien avait été suspendue à la suite d’une contestation de l’identité et du consentement de la propriétaire.

— Quatre cent vingt mille euros, dit-elle. Une demande présentée en mon nom. Avec mes documents personnels et une signature qui n’est pas la mienne.

Julien repoussa sa chaise.

— Tu m’accuses de quoi, exactement ?

— Je ne suis pas ici pour prononcer un verdict. Les faits ont été signalés et les vérifications sont en cours.

— Tu es complètement folle !

— Peut-être. Mais je sais reconnaître ma propre signature.

Elle sortit une deuxième feuille : une capture de l’enregistrement du couloir, daté du 15 février, où Julien était visible avec le classeur bleu.

Il fixa l’image.

Son visage se transforma.

— Tu m’espionnais ?

— La caméra se trouvait à l’extérieur de mon bureau. Elle a conservé cet enregistrement automatiquement. Je l’ai transmis à mon avocate.

— Tu n’as pas le droit de faire ça !

— Claire a vérifié les conditions de conservation et de transmission de cette vidéo. Si tu contestes sa recevabilité, tu pourras le faire dans le cadre approprié.

Pour la première fois de la soirée, Julien n’eut aucune réponse immédiate.

Élisabeth se tourna vers son fils.

— Julien… dis-moi qu’elle se trompe.

Il ne la regarda pas.

— Ce n’est pas ce que tu crois.

Camille laissa échapper un souffle.

— Alors explique-nous ce que nous devons croire.

Il se passa une main sur le visage.

— J’avais des problèmes financiers. Je devais trouver une solution temporaire. Je comptais rembourser l’argent avant que tu ne remarques quoi que ce soit.

— Avec l’argent d’un prêt que j’aurais dû rembourser si tout avait mal tourné ?

— Je n’allais jamais te laisser perdre la maison !

— Tu étais prêt à engager un bien qui m’appartenait sans mon accord. Comment peux-tu prétendre que tu me protégeais ?

Julien se leva complètement.

— Tu ne comprends pas ! Je n’avais pas le choix !

— Tu avais le choix de me dire la vérité.

Il détourna les yeux.

Et ce silence-là répondit à la question mieux que toutes ses excuses.

Chloé posa soudain ses deux mains sur la table.

— Et mes quinze mille euros ?

Julien se retourna vers elle.

— Chloé, ce n’est pas le moment.

— Tu m’avais promis de me les rendre avant la naissance du bébé.

— Je t’ai dit que j’allais m’en occuper !

— Tu m’as dit que tu avais un investissement. Tu m’as dit que je pouvais te faire confiance.

Élisabeth intervint.

— Chloé, calme-toi. Ton frère a des soucis, il faut l’aider, pas lui tomber dessus tous ensemble.

La jeune femme secoua la tête.

— Tu savais, maman ?

Élisabeth ne répondit pas.

— Tu savais qu’il m’avait pris cet argent et tu m’as demandé de me taire ?

— Je voulais éviter les disputes !

— Non. Tu voulais éviter qu’on découvre ce qui se passait.

Les larmes montèrent aux yeux de Chloé. Elle posa une main sur son ventre, puis se força à respirer lentement.

Camille se leva pour lui apporter un verre d’eau.

— Assieds-toi. Ne te mets pas en difficulté pour cette discussion.

Chloé accepta, tremblante.

Julien regarda successivement sa femme, sa sœur et sa mère. Il semblait chercher quelqu’un qui accepterait encore de lui donner raison.

— Vous êtes en train de détruire ma vie pour une erreur !

Camille s’arrêta devant lui.

— Une erreur, c’est oublier une échéance. C’est faire un mauvais investissement. C’est prendre une décision imprudente.

Elle désigna le dossier posé sur la table.

— Voler des documents, imiter une signature et tenter d’obtenir un prêt en utilisant le bien d’une autre personne, ce sont des actes qui doivent être examinés sérieusement. Tu ne peux pas les transformer en erreur simplement parce que tu as peur des conséquences.

Il se tut.