À 17 h 42, Mathieu rentra chez lui avec une décision déjà prise : il ne signerait jamais ce contrat, mais il ne laisserait pas non plus sa famille transformer sa peur en arme contre Claire et Zoé.
Il avait appelé Maître Morel depuis le parking du CHU. Sur ses conseils, il avait conservé chaque message, chaque photographie et chaque preuve de menace. L’avocate lui avait également recommandé de prévenir la police sans attendre.
Claire l’attendait dans la cuisine, Zoé assise sur ses genoux.
— Mathieu, quelqu’un a appelé l’école aujourd’hui. Un homme a prétendu être ton père et a demandé à récupérer Zoé.
Mathieu sentit son sang se glacer.
— Ils l’ont laissée partir ?
— Non. La directrice a refusé. Elle nous a immédiatement prévenus.
Il serra sa femme contre lui. Pour la première fois, il comprit que cette affaire ne concernait plus seulement une dette impossible à rembourser. Son père cherchait à lui faire perdre tout ce qui comptait pour lui.
— On ne restera pas ici ce soir, décida-t-il. Nous allons chez ma sœur de cœur, à quelques kilomètres. La police est prévenue.
Mais avant leur départ, la sonnette retentit.
Sur le seuil se tenaient Gérard, Monique et Thomas.
Gérard entra sans attendre d’invitation, le contrat sous le bras.
— Nous allons régler ça comme une famille.
Mathieu se plaça devant Claire et Zoé.
— Tu as envoyé quelqu’un photographier ma fille. Tu as menacé mon travail. Et maintenant, tu viens chez moi comme si de rien n’était ?
Thomas eut un sourire méprisant.
— Tu dramatises tout. Papa veut simplement sauver ce qu’il a construit.
— Alors pourquoi ne signe-t-il pas lui-même ?
Le visage de Gérard se durcit.
— Parce que tu nous dois bien ça.
— Je ne vous dois pas 2,8 millions d’euros.
Gérard posa brutalement le dossier sur la table.
— Tu vas signer, Mathieu. Ou je ferai en sorte que tu regrettes d’être né.
Zoé se mit à pleurer.
Claire la prit dans ses bras et recula vers le couloir.
— Sortez de chez nous, dit-elle d’une voix tremblante, mais ferme.
Monique leva les yeux au ciel.
— Vous êtes en train de détruire cette famille pour une simple signature.
Mathieu regarda sa mère.
— Non. C’est vous qui avez décidé que votre petite-fille ne comptait pas, jusqu’au jour où vous avez compris que son père pouvait vous être utile.
Thomas s’avança vers lui.
— Fais attention à ce que tu racontes.
Il saisit le dossier, le jeta sur la table et renversa un verre. Zoé sursauta. Gérard, furieux de voir son fils lui résister devant sa femme, se tourna vers la petite fille.
— Dis à ton père d’arrêter ses caprices. C’est à cause de lui que tout le monde va avoir des problèmes.
Zoé se blottit contre Claire.
— Je veux que papi parte…
Gérard tendit la main vers elle.
— Viens ici, Zoé. Grand-père va t’expliquer.
Claire recula immédiatement.
— Ne la touchez pas !
Thomas attrapa alors le bras de Mathieu pour l’empêcher d’intervenir. Dans la confusion, Gérard fit tomber le téléphone posé sur le meuble de l’entrée.
Il ne remarqua pas la petite caméra fixée au-dessus de la porte, installée quelques semaines auparavant après plusieurs tentatives de démarchage suspectes.
Elle enregistrait tout.
Mathieu dégagea son bras sans frapper personne.
— Sortez. Maintenant.
Gérard le fixa, incrédule.
— Tu oses mettre ton propre père dehors ?
— Oui. Et si vous refusez, j’appelle la police devant vous.
Un silence pesant envahit la pièce.
Puis Thomas aperçut le voyant de la caméra.
Son visage changea.
— Papa… la caméra.
Gérard leva brusquement les yeux vers l’entrée.
Mathieu comprit aussitôt ce qui venait de se passer. Il ne sourit pas. Il ne les provoqua pas. Il prit simplement son téléphone et appela le 17.
Cette fois, personne ne tenta de l’en empêcher.
Lorsque les policiers arrivèrent, Gérard affirma que son fils avait perdu le contrôle et que toute cette histoire n’était qu’un différend familial. Thomas confirma sa version.
Mais Mathieu leur montra les messages reçus, la photographie de Zoé et les menaces écrites. Il leur indiqua également l’existence de la caméra.
Les policiers lui expliquèrent la marche à suivre pour préserver l’enregistrement et recueillir les éléments utiles à l’enquête. La famille Delmas quitta finalement les lieux, non sans lancer à Mathieu un dernier regard chargé de colère.
Le lendemain matin, Maître Morel visionna les images.
On y voyait Gérard menacer Mathieu, Thomas le retenir par le bras et les deux hommes s’approcher de Zoé malgré les demandes de Claire. Le son était suffisamment clair pour établir le déroulement de la scène.
L’avocate resta silencieuse quelques secondes.
— Cette vidéo ne règle pas tout à elle seule, mais elle peut devenir un élément important. Avec les messages et les autres preuves, nous avons de quoi demander que les menaces soient prises au sérieux.