Marc resta immobile, le téléphone collé à l’oreille.

— Répète ce que tu viens de dire.

À l’autre bout du fil, Paul, le directeur financier, semblait chercher ses mots.

— Depuis huit ans, les principales lignes de crédit de Renaud BTP sont garanties par des actifs détenus par des sociétés du groupe Leroy. Les garanties ont été renouvelées chaque année. Sans elles, la banque aurait réduit nos financements depuis longtemps.

Marc sentit sa gorge se serrer.

— C’est impossible. Mon père a fondé cette entreprise.

— Ton père a fondé une entreprise de trente salariés. Léa a contribué à maintenir un groupe de deux cents salariés. Ce n’est pas la même chose.

Marc s’appuya contre le mur du couloir.

— Pourquoi personne ne m’a rien dit ?

Paul eut un rire nerveux.

— Léa avait demandé que les dossiers soient traités par les services financiers, pas par toi. Elle ne voulait pas intervenir dans la gestion quotidienne. Elle voulait que l’entreprise survive, même si votre mariage échouait.

Marc raccrocha sans répondre.

Dans la salle, le quartet continuait de jouer. Un serveur venait d’éteindre les bougies du gâteau pour éviter que la cire ne coule sur les nappes. Anne réclamait une nouvelle bouteille de champagne.

Marc revint vers la table principale.

— Maman, nous devons partir.

Anne éclata de rire.

— Partir ? Maintenant ? Tu n’as même pas encore prononcé le discours que j’ai préparé !

— La banque a bloqué les comptes.

Le sourire d’Élise disparut.

— Quels comptes ?

— Tous ceux auxquels j’ai accès.

Anne posa son verre.

— Appelle ton père. Il connaît tout le monde dans cette banque.

— Papa est mort depuis six ans, maman.

— Alors appelle quelqu’un d’autre ! Tu ne peux pas me dire que nous sommes incapables de payer un dîner !

Marc regarda l’addition.

234 000 euros.

Il avait organisé cette fête pour prouver que son divorce ne lui coûtait rien. Il découvrait maintenant qu’il n’était même pas certain de pouvoir régler le prix de sa propre humiliation.

Le directeur du palace s’approcha avec une discrétion professionnelle.

— Monsieur Renaud, nous avons besoin d’une solution pour le règlement de la réception.

Marc sortit son téléphone.

— Je vous donne une réponse dans dix minutes.

— Je comprends, monsieur. Mais nous ne pouvons pas laisser cette facture ouverte indéfiniment.

Anne se leva, outrée.

— Vous savez à qui vous parlez ?

Le directeur inclina légèrement la tête.

— Parfaitement, madame. C’est précisément pour cela que nous vous demandons de régulariser la situation.

Élise attrapa le bras de son frère.

— Fais quelque chose ! Tout le monde nous regarde !

Marc ne répondit pas. Il venait de recevoir un courriel de son avocate, transféré par Paul.

L’objet était simple : URGENT — conséquences de la convention de divorce.

Il ouvrit le document.

La clause qu’il avait signée sans lire figurait en annexe. Elle stipulait que les garanties personnelles consenties par Léa, les mandats liés à ses sociétés et les autorisations d’utilisation de certains actifs devaient cesser à compter de la date officielle du divorce, conformément aux modalités prévues dans les contrats concernés.

Il relut la phrase trois fois.

Puis il appela son avocate.

— Pourquoi ne m’avez-vous pas expliqué cela ?

— Je vous ai demandé de lire les annexes, Marc. Vous m’avez répondu que votre mère vous attendait pour une réception et que vous vouliez terminer rapidement.

— Vous saviez que les garanties seraient retirées ?

— Je savais que Léa avait demandé l’application des clauses prévues dans les contrats. Elle avait le droit de le faire. Les banques avaient également été informées que certaines garanties ne seraient plus disponibles.

— Mais vous saviez que l’entreprise serait bloquée !

— Non. Je savais qu’un examen des financements pourrait être nécessaire. Les irrégularités que la banque a signalées sont une autre question. Je vous conseille de ne contacter aucun employé pour modifier ou supprimer des documents.

Marc sentit un froid lui parcourir le dos.

Les garanties de Léa expliquaient une partie de la situation. Elles n’expliquaient pas les transferts suspects ni les signatures électroniques signalés par la banque.

— Quelles irrégularités ? demanda-t-il.

Son avocate marqua une pause.

— Je n’ai pas encore le dossier complet. Mais il semble que plusieurs sociétés de conseil aient facturé des prestations dont la réalité doit être vérifiée. Vous devrez coopérer avec les enquêteurs.

Marc raccrocha.

Pour la première fois de la soirée, il regarda sa famille sans savoir quoi lui dire.

Anne s’approcha de lui.

— Léa est derrière tout ça, n’est-ce pas ? Elle a attendu le jour de votre divorce pour te détruire.

Marc ne répondit pas immédiatement.

Il revit Léa à leur table de cuisine, huit mois plus tôt, avec des relevés bancaires soigneusement classés.