Cette société avait reçu des millions d’euros provenant de filiales du Groupe Delmas. Elle avait ensuite transféré une partie des fonds à une entreprise de sécurité privée, laquelle avait payé le chauffeur impliqué dans la déviation du convoi.
Julien parcourut les documents, le visage fermé.
— Cette société appartient à qui ?
Marc posa devant lui une fiche du registre des entreprises.
— Officiellement, à une holding dont les bénéficiaires sont difficiles à identifier. Mais nous avons trouvé un lien avec un ancien directeur financier du groupe.
— Son nom ?
— Étienne Vasseur. Il siège encore au conseil d’administration.
Julien se leva brusquement.
— Il a accès aux comptes, aux contrats et aux plannings de sécurité.
— Et il connaît les habitudes de votre mère, ajouta Claire. Il savait où elle devait aller et quand le véhicule serait utilisé.
Marc acquiesça.
— Nous avons aussi retrouvé des messages entre le chauffeur et un numéro enregistré sous un faux nom. Le numéro a été utilisé par un appareil appartenant à la société d’Étienne Vasseur.
Julien saisit son téléphone.
— J’appelle la police.
— Oui, répondit Claire. Mais ne lui dites pas que vous avez tout trouvé.
Il la regarda.
— Vous pensez qu’il pourrait détruire les preuves ?
— Je pense surtout qu’il ne faut pas lui laisser le temps de choisir ce qu’il veut faire ensuite.
Cette fois, Julien ne chercha pas à lui expliquer comment mener l’opération.
Il suivit son conseil.
Le dossier fut transmis aux enquêteurs avec les relevés bancaires, les messages et les éléments concernant le véhicule saboté. La sécurité de Madeleine fut confiée à une équipe indépendante, tandis que les accès informatiques du groupe furent placés sous surveillance.
À huit heures trente, Philippe appela son neveu.
Julien activa le haut-parleur.
— Julien, j’apprends que tu as déplacé ta mère sans m’en informer. C’est irresponsable. Son état exige de la stabilité.
— Son état exige surtout qu’on cesse d’essayer de la faire monter dans une voiture sabotée.
Un silence.
Puis Philippe laissa échapper un petit rire.
— Tu dramatises. Les gens qui travaillent pour toi font des erreurs, c’est tout.
— Le chauffeur a reçu vingt-cinq mille euros d’une société liée à Arven Conseil. Tu connais cette société ?
Le silence devint plus long.
— Je ne sais pas de quoi tu parles.
— Alors tu n’auras aucun problème à répondre aux enquêteurs.
Philippe raccrocha.
Marc reçut presque aussitôt une alerte : Étienne Vasseur venait de demander un accès d’urgence aux archives financières du groupe.
Il essayait de récupérer les documents avant qu’ils ne disparaissent.
Mais il était déjà trop tard.
« Tu livres ton propre sang pour une employée ! »
Vers midi, Philippe arriva à la propriété du Beaujolais.
Il n’était pas seul. Étienne Vasseur l’accompagnait, un dossier noir sous le bras. Tous deux exigèrent de voir Madeleine, prétendant qu’ils venaient régler une crise interne avant qu’elle ne nuise à la réputation de la famille.
Julien les attendait dans le grand salon.
Claire se tenait près de Madeleine, qui était installée dans son fauteuil.
Philippe aperçut la jeune femme et s’arrêta net.
— Qu’est-ce qu’elle fait ici ?
— Elle s’occupe de ma mère, répondit Julien.
— Depuis quand une employée participe-t-elle aux affaires de famille ?
Claire ne bougea pas.
Philippe s’approcha de son neveu et désigna le dossier posé sur la table.
— Tu livres ton propre sang pour une employée ! Tu vas détruire notre nom à cause de quelqu’un que tu connais depuis un an ?
— Je ne détruis rien, répondit Julien. J’essaie de comprendre qui a payé un chauffeur pour détourner le convoi de ma mère et qui a fait saboter sa voiture.
— Des accusations ridicules !
— Les virements sont là. Les messages aussi.
Philippe se tourna vers Madeleine.
— Tu vas vraiment laisser ton fils humilier son oncle devant cette femme ?
Madeleine posa lentement ses mains sur les accoudoirs.
— Ce n’est pas Claire qui m’a humiliée, Philippe. C’est toi.
Il pâlit.
— Tu ne sais pas ce que tu racontes.
— Je sais que tu as passé vingt ans à me faire croire que le silence était la seule façon de protéger mes enfants. Je sais que tu as fait disparaître les dossiers de mon mari. Et je sais que tu as essayé de m’empêcher de les retrouver.
Étienne Vasseur intervint d’une voix sèche :
— Madame Delmas, vous êtes fatiguée. Vous devriez vous reposer. Ces documents sont anciens et leur interprétation nécessite des experts.
— Vous avez raison, répondit Madeleine. C’est précisément pour cela que des experts indépendants les examinent désormais.
Pour la première fois, Vasseur perdit son assurance.
Philippe se dirigea vers la porte.
— Je ne resterai pas ici pour écouter ces absurdités.
Deux policiers entrèrent dans le salon.