Claire relut le montant trois fois.

41 860 €.

Son nom apparaissait au bas de plusieurs factures, à côté de fournitures scolaires, d’ordinateurs, de mobilier et de matériel pédagogique qu’elle n’avait jamais commandés.

Certaines factures portaient même une signature qui ressemblait à la sienne.

Elle sentit ses jambes faiblir.

— Je n’ai jamais signé ça.

La directrice, Madame Perrin, se pencha vers le dossier.

— Ce n’est pas possible. Ces dépenses ont été enregistrées dans le cadre du budget pédagogique.

— Alors pourquoi mon nom apparaît-il comme responsable des achats ?

Personne ne répondit.

Sophie, qui quelques minutes plus tôt souriait en accueillant les visiteurs, avait perdu toute couleur.

Julien observa les visages autour de lui, puis referma doucement la chemise.

— Nous allons éviter de tirer des conclusions devant tout le personnel. Les documents doivent être examinés correctement.

Le directeur financier, Monsieur Lemaire, intervint :

— Les premières vérifications indiquent que les commandes ont été enregistrées avec les identifiants de Madame Martin. Les paiements ont été effectués par l’intermédiaire de plusieurs fournisseurs.

Claire le fixa.

— Mes identifiants ? Je n’ai jamais reçu de matériel d’une valeur de 41 860 €. Je vous le répète : je n’ai rien commandé.

— Nous ne disons pas que vous l’avez fait, répondit Julien. Nous cherchons à comprendre comment votre nom a été utilisé.

La directrice semblait incapable de prononcer un mot.

Puis Sophie lâcha, d’une voix hésitante :

— Peut-être que Claire a simplement oublié certaines commandes. Elle achète souvent du matériel sans passer par nous.

Claire tourna lentement la tête vers elle.

— J’achète des feutres avec mon propre argent. Je ne commande pas des ordinateurs à plusieurs milliers d’euros.

— Je dis seulement qu’il faut vérifier…

— Alors vérifions.

Pour la première fois depuis huit ans, Claire ne baissa pas les yeux devant ses collègues.

Elle posa les factures sur la table.

— Je veux que chaque commande soit examinée. Je veux savoir qui les a créées, qui les a validées, où le matériel a été livré et qui a reçu les paiements. Et je veux que mon nom cesse d’être utilisé comme si j’avais déjà été reconnue coupable.

Julien la regarda avec une expression grave.

— C’est exactement ce qui va être fait.

Mais Claire ne lui sourit pas.

Elle lui en voulait encore de lui avoir caché sa véritable identité. Même si sa présence pouvait l’aider à faire éclater la vérité, elle ne voulait pas devenir une personne que l’on protégeait simplement parce qu’elle connaissait un milliardaire.

Elle voulait que les faits parlent pour elle.

Et elle voulait comprendre pourquoi son nom avait été choisi.

Le dossier que personne ne voulait ouvrir

Une réunion restreinte fut organisée dans le bureau de la directrice.

Autour de la table se trouvaient Julien, son directeur financier, Madame Perrin, le responsable administratif de l’établissement et Claire.

Sophie et Élodie avaient été priées de retourner en classe.

Claire posa son sac près de sa chaise. À l’intérieur se trouvaient encore les cahiers qu’elle avait achetés deux jours auparavant.

Elle en sortit le reçu de la papeterie.

— Voilà ce que j’ai réellement dépensé pour ma classe cette semaine : 86 €. J’ai payé avec ma carte personnelle. Je n’ai demandé aucun remboursement.

Le directeur financier consulta le ticket.

— Cela correspond aux achats que vous avez mentionnés dans votre déclaration initiale.

Il ouvrit ensuite un tableau récapitulatif.

Les 41 860 € avaient été répartis sur onze factures, émises sur une période de sept mois. Certaines concernaient des tablettes numériques, d’autres du mobilier, des vidéoprojecteurs et des fournitures en quantité inhabituelle.

Pourtant, les inventaires de l’école ne mentionnaient qu’une petite partie du matériel.

— Où sont les équipements manquants ? demanda Claire.

Le responsable administratif remua sur sa chaise.

— Certains ont peut-être été affectés à d’autres salles.

— Lesquelles ?

Il ne répondit pas.

Julien se tourna vers son directeur financier.

— Vérifiez les numéros de série et les bons de livraison. Nous avons besoin de preuves matérielles, pas de suppositions.

L’homme acquiesça.

Puis il sortit une autre feuille.

— Il y a un élément supplémentaire. Plusieurs factures ont été approuvées à l’aide d’un compte administratif auquel Madame Martin n’avait pas accès.

Claire fronça les sourcils.

— Alors comment mon nom a-t-il été associé aux commandes ?

— C’est précisément ce que nous devons établir.

Le responsable administratif se racla la gorge.

— Les enseignants peuvent parfois transmettre des demandes de matériel par courriel. Il est possible que quelqu’un ait utilisé une demande ordinaire pour justifier une commande plus importante.

— Mais je n’ai jamais demandé ces équipements, insista Claire.

Julien referma son stylo.

— Madame Martin n’a pas à prouver son innocence en devinant ce qui s’est passé. C’est à l’examen des documents de déterminer qui a fait quoi.