Gabriel sentit le sol se dérober sous ses pieds.

Sur l’écran du téléphone d’un policier, l’image était granuleuse, mais suffisamment nette pour distinguer une femme portant un bracelet serti d’une pierre bleue. Le même bracelet qu’Élodie avait au poignet ce matin-là.

— Cette vidéo provient d’une caméra de surveillance du port, expliqua l’agent. Elle ne permet pas, à elle seule, de déterminer ce qui s’est passé sur le bateau. Mais elle justifie des vérifications supplémentaires.

Élodie recula.

— C’est ridicule ! Des centaines de femmes portent des bracelets comme celui-ci !

Claire, toujours à l’extérieur de la grille, tenait une enveloppe contre elle. Sa joue était encore rouge.

— Alors expliquez pourquoi vous avez demandé à la pharmacie de remplacer les médicaments de Louis par des produits plus sédatifs, sous prétexte que son père avait approuvé le changement.

Gabriel se tourna vers elle.

— Qu’avez-vous découvert ?

— Je n’ai rien voulu conclure sans preuves. J’ai photographié les emballages et signalé les différences au médecin de Louis. Il m’a demandé de ne plus administrer aucun produit suspect et de conserver les flacons. Le laboratoire a confirmé que certaines capsules ne correspondaient pas au traitement prescrit. Il faut maintenant déterminer qui les a remplacées et dans quel but.

Le policier intervint aussitôt.

— Les produits ont été remis aux enquêteurs. Monsieur Delmas, votre fils doit être examiné sans délai par une équipe médicale indépendante. Personne ne doit lui administrer de produit non vérifié.

Gabriel baissa les yeux vers Louis.

Son fils était toujours au sol, les coudes écorchés, agrippé à sa veste. Le milliardaire, capable de négocier des contrats de plusieurs centaines de millions d’euros, ne trouvait plus une seule phrase pour rassurer l’enfant qu’il avait juré de protéger.

— Louis, murmura-t-il, pourquoi ne m’as-tu rien dit plus tôt ?

Le garçon détourna le visage.

— J’ai essayé. Tu étais toujours au téléphone. Et Élodie disait que si je racontais des histoires, tu me mettrais dans un établissement où personne ne viendrait me voir.

Gabriel sentit une douleur sourde lui traverser la poitrine.

— Je ne t’aurais jamais abandonné.

Louis releva ses yeux humides.

— Tu as abandonné Claire, pourtant. Et elle, elle m’écoutait.

Ces mots frappèrent Gabriel plus durement que n’importe quelle accusation.

Il s’agenouilla, puis aida son fils à retrouver une position confortable sans le soulever brusquement. Il appela les secours médicaux et demanda à un membre du personnel de rester auprès de Louis jusqu’à leur arrivée.

Pendant ce temps, Élodie tenta de rejoindre son sac à main.

Un policier lui barra le passage.

— Madame, nous vous demandons de rester ici le temps de vérifier plusieurs éléments.

— Vous ne pouvez pas me traiter comme une criminelle ! Je suis la future épouse de Gabriel Delmas !

— Votre statut personnel ne change rien à la procédure.

Elle lança un regard à Gabriel, attendant qu’il intervienne comme il l’avait toujours fait lorsqu’un employé contestait ses décisions.

Mais il ne bougea pas.

Pour la première fois, il regardait sa fiancée sans chercher à justifier ce qu’il voyait.

Les secrets derrière les murs

À l’hôpital, Louis fut pris en charge par une équipe qui examina son état neurologique, ses traitements et les épisodes de somnolence inhabituelle qu’il décrivait. Les médecins ne confirmèrent pas immédiatement toutes ses craintes. Ils expliquèrent toutefois que les produits suspects nécessitaient une analyse approfondie et que toute modification de traitement devait être décidée par un spécialiste.

Gabriel resta près de son fils pendant les examens.

Il apprit alors que plusieurs changements de prescription avaient été demandés au cours des dernières semaines. Certains avaient été autorisés sur la base de documents dont l’origine devait être vérifiée. D’autres ne figuraient pas dans le dossier médical officiel.

— Pourquoi personne ne m’a prévenu ? demanda-t-il au médecin.

— Votre fils a besoin d’un suivi régulier, répondit celui-ci. Nous allons reconstituer la chronologie et vérifier qui a eu accès à ses médicaments. Pour l’instant, nous ne pouvons pas attribuer ces changements à une personne précise.

Gabriel pensa aux appels de Claire, aux messages qu’il avait ignorés et aux remarques qu’il avait considérées comme des histoires de personnel.

Il avait payé pour que son fils bénéficie des meilleurs soins, mais il n’avait pas pris le temps de vérifier ce qui se passait réellement dans sa propre maison.

Le lendemain, les enquêteurs lui demandèrent d’examiner les documents découverts dans son bureau. Parmi eux se trouvait un projet de modification patrimoniale qui aurait accordé à Élodie un contrôle accru sur certaines sociétés familiales en cas de mariage.

Le document n’avait pas été signé.

À côté, plusieurs feuilles concernaient la succession de Marianne, notamment des parts dans une entreprise maritime et des dispositions destinées à garantir l’avenir de Louis.

Gabriel comprit alors pourquoi son fils avait mentionné le bureau de sa mère.