Les enquêteurs examinèrent les documents sans présumer qu’ils prouvaient un projet criminel. Ils cherchèrent à déterminer si des signatures avaient été falsifiées, si des fonds avaient été déplacés et si ces démarches étaient liées aux changements de traitement.
Élodie, interrogée séparément, nia toute implication dans le naufrage et dans le remplacement des médicaments. Les éléments recueillis devaient être confrontés à ses déclarations, aux analyses et aux images du port.
Mais elle ne pouvait plus contrôler seule l’accès à Louis ni à ses dossiers.
La femme qu’il avait chassée
Trois jours plus tard, Gabriel retrouva Claire dans le bureau d’une association d’aide aux victimes, où elle avait accepté de rencontrer son avocat avant de décider de la suite.
Il ne vint ni avec un bouquet extravagant ni avec une enveloppe d’argent.
Il s’assit en face d’elle, les mains jointes.
— Je vous ai accusée sans vous écouter. Je vous ai humiliée devant mon fils. Et je vous ai renvoyée alors que vous essayiez de nous alerter.
Claire resta silencieuse.
— Je ne vous demande pas de revenir travailler chez moi, poursuivit-il. Je veux seulement vous présenter mes excuses.
— Vos excuses ne suffisent pas, monsieur Delmas.
— Je le sais.
Elle le regarda enfin.
— Louis avait besoin que vous soyez son père, pas seulement l’homme qui payait ses soins. Il avait besoin que vous remarquiez sa peur. Vous auriez pu demander un deuxième avis médical. Vous auriez pu vérifier les médicaments. Au lieu de cela, vous avez préféré croire la personne qui vous disait ce que vous vouliez entendre.
Gabriel accepta chaque mot sans chercher à se défendre.
— Que puis-je faire maintenant ?
— Commencez par écouter votre fils. Respectez les décisions médicales. Et ne laissez plus jamais quelqu’un isoler cet enfant pour mieux le contrôler.
Il hocha la tête.
— Je le ferai.
Claire sortit alors de son dossier une copie du rapport de laboratoire.
— Je vous remets ce document parce qu’il concerne la sécurité de Louis. Les originaux sont déjà entre les mains des enquêteurs. Je ne veux pas que cette affaire disparaisse dans une négociation privée.
— Elle ne disparaîtra pas.
Pour la première fois depuis des années, Claire crut qu’il comprenait réellement la gravité de ses actes.
Elle accepta de revoir Louis, mais refusa de retourner immédiatement à la villa. Elle voulait que les contacts se déroulent dans un cadre rassurant pour l’enfant et que toute reprise de relation soit progressive.
Gabriel respecta sa décision.
Le dernier mensonge
Quelques semaines plus tard, les investigations apportèrent de nouveaux éléments. Des échanges électroniques et des documents financiers contradictoires furent découverts. Ils renforçaient les soupçons concernant les actes d’Élodie, sans suffire à établir à eux seuls toutes les circonstances du naufrage de Marianne.
Les enquêteurs poursuivirent leurs vérifications sur le bracelet, les déplacements de la jeune femme au port et les changements de traitement. Une expertise devait notamment déterminer si les produits administrés à Louis avaient pu provoquer les épisodes de somnolence décrits.
Élodie fut convoquée de nouveau pour répondre aux éléments recueillis. Gabriel ne chercha pas à influencer la procédure, même lorsqu’il découvrit qu’elle avait menti sur plusieurs aspects de son passé financier.
Il mit également en place, avec des professionnels indépendants, un contrôle strict des prescriptions, de la conservation des médicaments et des personnes autorisées à intervenir dans les soins de son fils.
Mais la transformation la plus importante ne se trouvait pas dans les dispositifs de sécurité.
Elle se produisit un soir, lorsque Gabriel entra dans la chambre de Louis et le trouva en train de dessiner.
— Papa, tu peux rester un peu ?
Autrefois, il aurait répondu qu’il avait un appel important. Cette fois, il posa son téléphone sur la commode et s’assit près de lui.
— Bien sûr.
Louis hésita.
— Tu crois que maman savait qu’Élodie était méchante ?
Gabriel prit le temps de réfléchir.
— Je ne sais pas, mon cœur. Je ne veux pas inventer une réponse pour te rassurer. Mais je sais que ta mère voulait que tu sois protégé, et je vais faire tout ce que je peux pour respecter cela.
Le garçon posa son crayon.
— Et Claire ?
— Elle a le droit de décider ce qu’elle veut faire. Je ne peux pas lui demander de revenir simplement parce que j’ai compris mes erreurs.
Louis réfléchit, puis hocha lentement la tête.
— Alors, reste toi.
Gabriel sourit tristement.
— C’est ce que je vais essayer de faire.
Il ne pouvait pas effacer la gifle reçue par Claire, les nuits de peur de son fils ni les questions qui entouraient encore la mort de Marianne. Il ne pouvait pas acheter le pardon, ni remplacer la confiance par une nouvelle promesse.
Mais il pouvait enfin cesser de détourner le regard.