Elle prit son téléphone et envoya un message à Thomas.

« Je m’en vais avec la petite. Si ton père veut récupérer son petit-fils, il devra me donner ce que je demande. »

Puis elle sortit par la porte arrière avec Mila.

Elle n’avait pas remarqué que Jeanne l’avait vue traverser la cour.

Lorsque Julien revint, le transat était vide.

Son sang se glaça.

— Où est Mila ?

Léo se mit à pleurer.

Julien courut jusqu’à la cour, appela Élodie, puis Michel. Personne ne répondait.

Jeanne arriva en courant.

— Je l’ai vue partir avec la petite ! Elle est montée dans une voiture grise !

Michel appela immédiatement les gendarmes.

Julien, lui, tremblait tellement qu’il avait du mal à tenir son téléphone.

Il ne pensait ni à l’héritage ni à Thomas ni aux mensonges d’Élodie.

Il pensait à sa fille, à sa respiration fragile, à ses lèvres qui pouvaient bleuir lorsqu’elle se fatiguait.

— Elle a besoin de ses médicaments, répétait-il. Elle a besoin de son traitement. Il faut la retrouver.

Les gendarmes localisèrent rapidement le véhicule grâce aux indications d’un témoin et à la plaque d’immatriculation relevée par une caméra routière.

Élodie avait été arrêtée sur une aire de repos, à une trentaine de kilomètres du domaine.

Mila était vivante.

Elle pleurait, épuisée, mais les secours la prirent immédiatement en charge. Après un examen médical, elle fut transportée à l’hôpital pour vérifier son état et s’assurer qu’elle n’avait pas manqué de soins essentiels.

Julien arriva quelques minutes plus tard, Léo dans les bras.

Lorsqu’il vit sa fille dans son petit lit d’hôpital, il s’effondra sur une chaise.

Il la prit délicatement contre lui lorsque le personnel médical l’y autorisa.

— Je suis là, ma chérie. Papa est là.

Mila ouvrit les yeux et agrippa son doigt.

Julien pleura sans chercher à se retenir.

Michel, debout près de la fenêtre, posa une main sur son épaule.

— Je ne laisserai plus personne te faire croire que tu dois affronter tout cela seul.

Julien leva les yeux vers lui.

— Je ne veux pas que mes enfants grandissent au milieu de la haine et de l’argent.

— Alors nous ferons en sorte qu’ils grandissent dans la vérité.

L’enquête révéla qu’Élodie avait préparé son départ avec l’aide de Thomas, qui lui avait promis de l’argent si elle parvenait à éloigner Julien du domaine avant que la situation successorale ne soit clarifiée. Thomas nia d’abord avoir participé à l’enlèvement de Mila, mais les messages retrouvés sur leurs téléphones contredisaient ses déclarations.

Les autorités examinèrent les faits et leurs responsabilités respectives. Élodie dut répondre de ses actes, et Thomas fut lui aussi entendu.

Michel suspendit les pouvoirs de son fils sur les dossiers concernés et confia la gestion de la succession à des professionnels indépendants.

Il ne prit pas cette décision pour punir Thomas au profit de Julien. Il la prit parce qu’il ne voulait plus que son entreprise serve à manipuler ses enfants ou leurs familles.

Les mois suivants furent consacrés à reconstruire une vie stable.

Julien conserva le travail qu’il avait trouvé au domaine, mais il négocia un salaire régulier et un logement adapté aux jumeaux. Il fit également avancer le dossier médical de Mila, qui bénéficia enfin d’un suivi spécialisé en cardiologie pédiatrique.

Michel apprit à connaître son fils sans chercher à acheter son affection. Il passait les dimanches avec les enfants, changeait les couches avec une maladresse touchante et racontait à Julien des souvenirs de Sophie qu’il avait gardés pendant des décennies.

Un soir, il lui remit une dernière lettre.

Elle avait été écrite par Sophie peu avant sa mort.

« Si Julien te retrouve un jour, ne lui promets pas le monde. Offre-lui simplement ce que je n’ai jamais réussi à lui donner : la possibilité de connaître son père sans devoir mériter son amour. »

Julien relut ces mots plusieurs fois.

Puis il plia soigneusement la lettre et la glissa dans la boîte où il gardait les souvenirs de sa mère.

Il n’avait pas retrouvé les années perdues. Il n’avait pas effacé la douleur de l’abandon ni les actes d’Élodie. Il ne savait pas encore si un jour il pourrait pardonner à Thomas.

Mais, pour la première fois depuis longtemps, il n’avait plus peur du lendemain.

Quelques mois plus tard, les jumeaux jouaient dans le jardin du domaine. Mila, suivie régulièrement par ses médecins, riait tandis que son frère tentait maladroitement de lui voler un jouet.

Michel les regardait depuis la terrasse.

Julien s’approcha de lui.

— Vous savez, je suis arrivé ici en pensant que je n’avais plus rien.

Michel observa les enfants.

— Et maintenant ?

Julien sourit.

— Maintenant, je sais que ma richesse n’a jamais été le domaine. C’est de pouvoir rentrer le soir et les retrouver.

Michel hocha la tête, les yeux humides.