Il me proposa de contacter une assistante sociale de l’hôpital et de mettre en place un accompagnement adapté à mes besoins.

J’acceptai.

Sur le chemin du retour, Natalie conduisait en silence. Puis elle posa une main sur la mienne.

— Tu sais que tu peux venir chez moi.

Je regardai la route défiler.

— Je crois que j’ai besoin de partir quelques jours.

— Alors tu viendras chez moi.

Ce soir-là, nous préparâmes un petit sac avec mes vêtements, mes documents médicaux et les affaires indispensables à ma convalescence.

Garrick nous regarda faire.

— Tu pars ?

— Oui.

— Pour combien de temps ?

— Je ne sais pas encore.

Il se rapprocha.

— Tu ne peux pas abandonner notre mariage à cause d’une dispute avec ma mère.

Je le regardai longuement.

— Ce n’est pas une dispute avec ta mère. C’est le fait que tu m’aies laissée seule au moment où j’avais le plus besoin de toi.

Il ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.

Je quittai la maison avec Natalie.

Les premières semaines chez ma sœur furent difficiles, mais paisibles.

Je dormais dans sa chambre d’amis. Elle m’aidait à préparer les repas, à organiser mes rendez-vous et à suivre les instructions de l’équipe médicale. Elle ne me traitait pas comme une personne fragile incapable de prendre des décisions. Elle me demandait simplement de quoi j’avais besoin.

Garrick m’appelait chaque soir.

Au début, il parlait surtout de sa mère.

Puis, petit à petit, il commença à poser de vraies questions.

— Comment s’est passé ton rendez-vous ?

— As-tu réussi à dormir ?

— Est-ce que la douleur est mieux contrôlée aujourd’hui ?

Un jour, il vint me rendre visite. Il avait apporté un repas adapté aux recommandations de mon médecin et une petite couverture que j’aimais beaucoup.

Il s’assit près de moi.

— J’ai parlé à maman, dit-il.

Je ne répondis pas.

— Je lui ai expliqué qu’elle ne pouvait plus entrer chez nous sans ton accord et qu’elle ne devait plus intervenir dans tes soins.

Je le regardai.

— Et qu’a-t-elle répondu ?

— Elle a dit que je la rejetais à cause de toi.

— Et qu’as-tu répondu ?

Il prit une profonde inspiration.

— Que je ne la rejetais pas. Que je devais simplement arrêter de lui permettre de décider à ma place.

C’était la première fois que je l’entendais parler ainsi.

Mais je ne voulais pas confondre une conversation avec un changement durable.

— Garrick, je t’aime encore. Mais je ne sais pas si je peux rentrer dans notre maison et reprendre notre vie comme avant.

Il hocha la tête.

— Je comprends.

— J’ai besoin que tu participes réellement à ma convalescence. J’ai besoin que tu apprennes à poser des limites à ta mère. Et je veux que nous consultions un thérapeute de couple lorsque je serai prête.

— D’accord.

— Et si tu ne peux pas faire cela, je ne resterai pas dans ce mariage simplement parce que nous sommes ensemble depuis douze ans.

Il baissa les yeux.

— Je ne veux pas te perdre.

— Alors commence par ne plus me laisser seule.

Le barbecue de l’église eut lieu sans moi.

Miriam avait trouvé une autre maison pour accueillir les invités. Elle expliqua à plusieurs personnes que j’étais trop sensible et que ma sœur m’avait éloignée de mon mari.

Mais certains membres de la communauté avaient entendu la conversation téléphonique du jour de mon opération. D’autres avaient appris que j’avais été absente de mon propre domicile pendant ma convalescence parce que je ne m’y sentais plus en sécurité.

Une femme âgée de l’église, Mme Wallace, m’appela un après-midi.

— Je voulais simplement vous dire que je prie pour vous, ma chère. Et je suis désolée de ce que vous avez traversé.

Sa voix tremblait.

— Merci, répondis-je.

— J’ai aussi parlé à Miriam. Elle doit comprendre que la foi n’est pas une permission de faire souffrir les autres.

Je ne savais pas si Miriam avait entendu le message, mais je fus touchée que quelqu’un de sa communauté ait enfin choisi de parler.

Trois mois après mon opération, je retournai chez moi pour la première fois.

La maison était propre. Les brochures de l’église avaient disparu du salon. Mes médicaments étaient rangés dans un endroit accessible, avec les instructions de mon équipe médicale.

Garrick avait également installé un fauteuil confortable près de la fenêtre.

— J’ai pensé que tu aimerais avoir un endroit où lire, dit-il.

Je m’assis doucement.

— Merci.

Il resta debout devant moi.

— Je sais que je ne peux pas réparer ce que j’ai fait en quelques semaines. J’ai commencé une thérapie. Je veux comprendre pourquoi j’ai toujours laissé ma mère prendre les décisions à ma place.

Je levai les yeux vers lui.