Une semaine après le retour de Madeleine chez elle, Julien demanda à voir Camille.
Elle accepta de le rencontrer dans le bureau de son avocat, en présence de Maître Delmas.
Julien semblait avoir vieilli de plusieurs années. Il avait les traits tirés, les yeux cernés et les mains agitées.
Il ne commença pas par s’excuser.
— J’ai fait une erreur, dit-il. Mais je voulais sauver mon entreprise.
Camille le regarda sans répondre.
— Je pensais que Mamie finirait par accepter de m’aider. Je ne voulais pas qu’elle soit blessée.
— Pourtant, tu savais qu’elle était enfermée.
Julien baissa les yeux.
— Maman m’a dit qu’elle avait besoin de calme.
— Et tu as accepté de ne pas vérifier si elle avait de l’eau, ses médicaments ou la possibilité d’appeler quelqu’un ?
Il ne trouva aucune réponse.
Camille poursuivit :
— Tu m’as menti pendant des mois. Tu m’as demandé de faire confiance à ta mère alors que tu savais qu’elle voulait faire signer des documents à ta grand-mère. Tu as caché tes dettes, tes démarches financières et les conséquences possibles pour notre famille.
Julien releva la tête.
— Je t’aime, Camille.
Elle sentit quelque chose se briser en elle, mais ce n’était pas de l’amour.
C’était l’espoir qu’il puisse encore trouver une phrase capable de réparer ce qu’il avait fait.
— Tu m’aimes peut-être, répondit-elle. Mais tu as choisi de protéger ton secret plutôt que la personne que tu prétendais aimer. Et tu as laissé ta grand-mère payer le prix de tes décisions.
— Je peux arranger les choses.
— Non. Tu peux répondre de tes actes. Ce n’est pas la même chose.
Julien essuya son visage.
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
Camille prit une profonde inspiration.
— Pour le moment, je veux que tu respectes les décisions de Madeleine, que tu coopères avec l’enquête et que tu cesses de me demander de te protéger. Pour notre mariage, je ne peux pas te donner de réponse aujourd’hui.
Elle se leva.
— Et pour Zoé, nous ferons ce qui est le mieux pour elle. Pas ce qui est le plus confortable pour toi.
Julien ne la retint pas.
Il savait enfin qu’il ne pouvait plus utiliser les mots famille et amour pour éviter de répondre de ses choix.
Le testament de Madeleine
Deux mois plus tard, Madeleine réunit Camille, Zoé et Maître Delmas dans son salon.
La serrure extérieure avait été retirée. Les volets étaient grands ouverts et la pièce baignait dans la lumière de l’après-midi.
Sur la table se trouvait une nouvelle version de son testament, rédigée avec son avocat et signée dans les conditions requises.
Madeleine avait décidé de conserver la propriété de sa maison et de mettre en place des dispositions pour assurer son accompagnement si elle avait besoin d’aide à l’avenir. Elle avait également prévu que ses décisions personnelles et patrimoniales seraient respectées, quelles que soient les difficultés de sa santé.
— Je ne fais pas cela pour punir Julien, expliqua-t-elle. Je le fais parce que je veux rester maîtresse de ma vie.
Elle se tourna vers Camille.
— Tu m’as sauvée ce jour-là. Mais je ne veux pas que tu te sentes obligée de t’occuper de moi jusqu’à la fin de mes jours. Nous allons organiser les choses correctement.
Camille sourit faiblement.
— Je veux vous aider, Mamie. Mais je veux que vous puissiez aussi demander de l’aide à d’autres personnes.
— Voilà une réponse raisonnable.
Zoé, qui avait écouté en silence, s’approcha de son arrière-grand-mère.
— Tu ne retourneras plus jamais dans cette chambre toute seule, hein ?
Madeleine lui prit la main.
— Je ne laisserai plus personne décider que je dois être seule.
La petite fille sortit alors de sa poche un morceau de papier plié en quatre.
C’était une copie de la note.
Camille l’avait conservée comme pièce du dossier, mais Zoé en avait recopié les mots dans son carnet.
— Je ne voulais pas oublier, expliqua-t-elle. Si un jour quelqu’un dit que je mens, je veux pouvoir montrer ce que j’ai vu.
Madeleine l’attira doucement contre elle.
— Tu as eu beaucoup de courage. Mais tu n’auras pas toujours besoin de te battre seule. Quand quelque chose te paraît injuste ou dangereux, tu dois pouvoir en parler à des adultes qui sauront t’aider.
Zoé hocha la tête.
Pour la première fois depuis cette terrible journée, elle sourit.
Et Julien ?
L’enquête suivit son cours. Les autorités examinèrent les documents financiers et les circonstances dans lesquelles Madeleine avait été privée de soins. Certaines responsabilités restaient à établir, et personne ne pouvait encore prédire les conséquences judiciaires définitives.