Camille entama une séparation avec Julien. Elle ne prit pas cette décision dans un accès de colère, mais après avoir compris qu’elle ne pouvait plus construire sa vie sur une confiance systématiquement trahie.

Julien tenta plusieurs fois de la convaincre de revenir.

Il lui envoya des fleurs, des lettres et des promesses.

Camille ne répondit pas immédiatement.

Elle avait appris que pardonner, si cela devenait possible un jour, ne signifiait pas effacer les faits ni renoncer à ses limites.

Quant à Madeleine, elle retrouva progressivement ses habitudes. Elle recommença à jardiner, à préparer son thé dans la cuisine et à recevoir les voisins qui venaient prendre de ses nouvelles.

Un après-midi, alors qu’elles regardaient Zoé jouer dans le jardin, elle posa une main sur celle de Camille.

— Tu sais ce qui me fait le plus de peine ?

— Quoi donc ?

— Ce n’est pas que Julien ait voulu mon argent. C’est qu’il ait pensé que ma vie avait moins de valeur que ses problèmes.

Camille resta silencieuse.

— Mais tu es encore là, répondit-elle enfin.

Madeleine sourit.

— Oui. Et désormais, je peux décider de ce que je fais de chaque jour qui m’est donné.

Au coucher du soleil, Zoé revint avec un dessin. Elle y avait représenté trois générations de femmes devant la maison, les fenêtres ouvertes et un grand soleil au-dessus du toit.

En bas, elle avait écrit :

« Une famille, ce n’est pas ceux qui ont le droit de décider pour toi. C’est ceux qui te protègent quand tu ne peux pas te défendre. »

Camille encadra le dessin et le posa dans le salon, à la place d’une ancienne photographie de famille.

Ce n’était pas une manière d’effacer le passé.

C’était une manière de se rappeler ce qu’elle ne laisserait plus jamais arriver.

Et vous, à la place de Camille, auriez-vous donné à Julien une chance de réparer ses actes, ou auriez-vous considéré que le fait d’avoir abandonné sa propre grand-mère rendait toute réconciliation impossible ?