Les semaines suivantes furent consacrées à la vérification des comptes et aux démarches juridiques. L’audit confirma une série d’opérations irrégulières, dont certaines étaient liées à des sociétés proches de Thomas. Les enquêteurs et les conseils compétents furent saisis des éléments qui le justifiaient. Les responsabilités individuelles restaient à établir, mais les documents étaient désormais préservés et les flux financiers traçables.
Thomas quitta progressivement ses fonctions de direction dans le cadre des procédures applicables. La société engagea les démarches nécessaires pour réclamer les sommes dont elle estimait avoir été lésée.
Dans le même temps, je lançai une procédure de séparation.
Je ne pris aucune de ces décisions en une seule journée. Je les pris après avoir consulté des professionnels, compris les conséquences et accepté que ma vie ne redeviendrait pas immédiatement simple.
Trois mois plus tard, je retournai au bureau pour la première fois depuis mon opération.
Antoine m’attendait dans le hall avec un dossier sous le bras.
— Nous avons terminé la première phase de l’audit, dit-il. Le montant définitif des opérations contestées est supérieur à notre estimation initiale. Mais nous avons pu sécuriser les comptes et limiter les risques pour l’entreprise.
Je le remerciai.
Puis je traversai les bureaux, lentement, en m’arrêtant parfois pour reprendre mon souffle.
Sur mon bureau m’attendait une petite boîte envoyée par Thomas. À l’intérieur se trouvait mon alliance, accompagnée d’une lettre dans laquelle il me demandait de lui donner une dernière chance.
Je lus la lettre une seule fois.
Il écrivait qu’il m’aimait, qu’il avait paniqué, qu’il n’avait jamais voulu me perdre.
Mais il ne mentionnait pas une seule fois les quinze jours pendant lesquels j’avais attendu un appel à l’hôpital. Il ne parlait pas de ma douleur, de ma peur ou de la solitude qui m’avait accompagnée dans cette chambre.
Il parlait de lui, de ce qu’il avait perdu et de ce qu’il espérait récupérer.
Je refermai la boîte et la confiai à mon avocate.
Ce soir-là, en rentrant chez moi, je préparai une soupe toute simple. Pour la première fois depuis longtemps, je mangeai sans écouter les reproches de quelqu’un, sans me demander si le repas conviendrait à Thomas ou si Sylvie trouverait quelque chose à critiquer.
Puis je m’assis près de la fenêtre.
Je pensais encore à cette phrase prononcée le jour de mon retour : « Va prendre une douche, puis prépare-lui quelque chose à manger. »
Autrefois, j’aurais pleuré dans ma chambre avant de descendre cuisiner.
Cette fois, j’avais fermé les robinets financiers, demandé des comptes et découvert que ma colère ne concernait pas seulement le manque d’amour.
Elle concernait la confiance qu’on avait utilisée contre moi.
J’avais cru que couper les vivres serait une punition. J’avais découvert que c’était surtout une façon de rendre visibles des choses que mon argent avait longtemps dissimulées.
Et lorsque je posai enfin ma tête sur l’oreiller, je compris ce qui avait véritablement changé.
Je n’avais pas cessé d’aimer Thomas en une nuit.
J’avais simplement cessé de payer pour avoir le droit d’être aimée.