Élodie ne cachait pas seulement un secret dans sa prothèse. Elle détenait la preuve d’une trahison qui remontait à la mort du père d’Antoine. Et Philippe, l’homme qui avait passé des années à se présenter comme le protecteur de son fils, venait de comprendre que son passé était sur le point de le rattraper.

Mais personne, dans cette salle, ne savait encore que la jeune serveuse qui venait de faire tomber cette fourchette allait devenir la pièce maîtresse de toute l’affaire.

La goutte violette

— Personne ne touche à ce verre ! a lancé Antoine.

Sa voix était si froide que les sept hommes d’affaires se sont immobilisés.

Laurent, le directeur du restaurant, s’est précipité vers la table. Élodie, elle, tentait de rabattre les morceaux déchirés de son gant sur sa main gauche.

— Ce n’est rien, Antoine. Un produit médical. Tu sais que je souffre d’un problème neurologique. Camille m’a blessée, c’est tout.

Je suis restée figée, le plateau serré contre ma poitrine.

— Je ne vous ai pas blessée volontairement, madame. Vous avez repoussé mon poignet.

Elle s’est retournée vers moi avec une expression terrifiante.

— Tais-toi ! Tu ne sais pas ce que tu viens de faire !

Antoine s’est levé.

— Ça suffit, Élodie. Tu viens de me dire de ne pas boire. Pourquoi ?

— Parce que ce liquide est dangereux.

— Quel liquide ?

Elle a regardé le verre, puis Philippe.

Et Philippe a fait quelque chose qui m’a glacé le sang : il a tenté de saisir le verre pour le renverser.

Antoine l’a arrêté d’un geste brutal.

— Ne le touche pas !

Pendant quelques secondes, les deux hommes se sont dévisagés.

Puis Antoine a sorti son téléphone et a demandé qu’on appelle les secours ainsi que la police. Il a interdit à quiconque de manipuler les objets sur la table.

Je ne savais pas ce que contenait cette prothèse. Je ne savais même pas si le liquide violet était réellement toxique. Mais j’avais compris que nous étions passés d’une scène d’humiliation à une situation potentiellement criminelle.

Élodie a fini par s’effondrer sur une chaise.

— Je ne voulais pas que ça arrive ici, a-t-elle murmuré.

Antoine s’est penché vers elle.

— Alors explique-moi ce qui se passe.

Elle a relevé les yeux vers Philippe.

— C’est lui qui m’a donné cette prothèse.

Philippe a blêmi.

— Elle est folle ! Ne l’écoutez pas !

— Tu m’avais promis que je pourrais partir une fois le travail terminé, a poursuivi Élodie. Tu m’avais juré qu’Antoine ne découvrirait jamais mon identité.

Antoine a reculé d’un pas.

— Ton identité ? Je connais ton nom, ta famille, tes amis…

Élodie a laissé échapper un rire sans joie.

— Non, Antoine. Tu connais l’histoire que Philippe a fabriquée pour toi.

À cet instant, les sirènes ont retenti dans la rue.

Et Philippe a compris qu’il ne pourrait plus empêcher la vérité de sortir.

Le secret dissimulé dans les doigts artificiels

Deux policiers sont entrés dans le restaurant, accompagnés d’une équipe de secours.

Un médecin a examiné Élodie tandis qu’un autre membre de l’équipe sécurisait le verre. Les policiers ont demandé à chacun de rester sur place.

Antoine n’avait pas quitté Philippe des yeux.

— Depuis combien de temps me mens-tu ?

Son conseiller a tenté de retrouver son calme.

— Antoine, tu es sous le choc. Cette femme cherche à nous monter l’un contre l’autre. Tu me connais depuis ton enfance !

— Justement. Je te connais depuis mon enfance. C’est pour ça que je veux une réponse.

Élodie a tendu sa main blessée au médecin. Sous les morceaux de gant, on distinguait clairement une prothèse articulée, étonnamment réaliste. Les deux doigts artificiels avaient été conçus pour s’ouvrir et se refermer comme les vrais.

Le médecin a confirmé qu’elle devait être examinée à l’hôpital. Rien ne permettait encore d’affirmer que le liquide était toxique, mais il fallait en déterminer la composition avant toute conclusion.

Avant de partir, Élodie a demandé à parler à Antoine.

— Il y a une petite capsule à l’intérieur de l’annulaire artificiel, a-t-elle murmuré. Elle contient une carte mémoire. Ne la laisse surtout pas à Philippe.

Les policiers ont récupéré la capsule conformément à leurs procédures et l’ont placée sous scellés.

Philippe a immédiatement protesté.

— C’est ridicule ! Elle est instable depuis des mois. Je l’ai aidée quand personne ne voulait s’occuper d’elle, et voilà comment elle me remercie !

Élodie l’a regardé avec une lassitude infinie.

— Tu m’as aidée ? Tu as utilisé la mort de mon père pour me faire chanter.

Un silence pesant s’est installé.

Antoine s’est tourné vers elle.

— Ton père ?

Elle a fermé les yeux.

— Mon père s’appelait Marc Delmas. Il était responsable de la comptabilité dans l’entreprise de ton père.