Caio fixait le dossier comme s’il venait de voir son propre avenir s’effondrer.

Bento, le grand chien gris que Lívia avait recueilli deux ans auparavant chez une amie vétérinaire, s’assit tranquillement au milieu de la buanderie. Il n’avait rien d’un monstre. Mais Dalva, toujours perchée sur le plan de travail, semblait avoir oublié jusqu’à son propre nom.

— Lívia ! Éloigne cette bête de moi ! hurla-t-elle.

Lívia referma doucement la porte du débarras.

— Bento ne vous fera rien. Il est beaucoup plus calme que certaines personnes qui entrent chez moi sans y être invitées.

Puis elle se tourna vers son mari.

— Caio, pourquoi as-tu si peur de ce dossier ?

Il déglutit.

— Je ne sais pas de quoi tu parles.

— Alors tu ne verras aucun inconvénient à ce que je l’ouvre.

Elle prit la chemise cartonnée, la posa sur la table de la cuisine et en sortit plusieurs feuilles. La première était une copie de l’acte d’achat de l’appartement. La deuxième était un document bancaire. La troisième portait le titre : « Projet de donation immobilière ».

Au bas de la page, une signature ressemblait à celle de Lívia.

Mais ce n’était pas la sienne.

Dalva cessa immédiatement de crier.

— Où as-tu trouvé ça ? demanda-t-elle.

Lívia leva les yeux vers elle.

— C’est précisément ce que je comptais vous demander.

Caio fit un pas en avant.

— Écoute, ce n’est pas ce que tu crois. On voulait simplement préparer une solution au cas où tu accepterais de partager le bien.

— Préparer une donation à mon insu ? Avec une signature que je n’ai jamais apposée ?

— Personne n’a dit que tu devais signer aujourd’hui !

Lívia désigna le document.

— Alors pourquoi ma signature figure-t-elle déjà ici ?

Il ne répondit pas.

Depuis plusieurs semaines, Lívia avait remarqué que certains papiers disparaissaient de son bureau avant de réapparaître à des endroits différents. Elle avait aussi reçu une notification de son espace bancaire signalant une demande de vérification concernant son patrimoine immobilier. Elle n’y avait pas prêté suffisamment attention, pensant à une simple erreur administrative.

La veille, en rentrant plus tôt que prévu, elle avait entendu Caio parler au téléphone dans la cuisine.

Il avait dit : « Il faut que tout soit prêt avant lundi. Si elle refuse encore, maman saura quoi faire. »

Quand il l’avait vue, il avait raccroché en prétendant discuter avec un collègue.

Cette nuit-là, Lívia avait vérifié ses documents. Elle avait découvert que plusieurs copies de ses pièces d’identité et de son acte de propriété avaient été déplacées. Elle avait également aperçu, dans les messages synchronisés sur la tablette familiale, des échanges entre Caio et sa mère.

Elle avait imprimé les éléments pertinents et les avait placés dans le débarras, à l’abri des regards.

Elle ignorait encore jusqu’où leur projet allait.

À présent, elle commençait à le comprendre.

— Assieds-toi, Caio, dit-elle.

— Ne me donne pas d’ordres dans ma propre maison !

Lívia le fixa.

— Ta mère vient de m’ordonner de lui céder la moitié d’un appartement qui m’appartient. Tu as regardé le sol pendant qu’elle m’humiliait. Et maintenant, tu prétends que ce document est innocent. Assieds-toi et explique-moi pourquoi ma signature est ici.

Il resta debout quelques secondes, puis s’assit.

Dalva descendit prudemment du plan de travail et récupéra son sac à main.

— Je ne sais rien de cette histoire de signature. C’est Caio qui m’a dit que tu étais prête à faire un arrangement.

— Un arrangement dont je n’ai jamais parlé ?

— Tu as toujours été difficile, Lívia. Il faut bien que quelqu’un pense à l’avenir de mon fils.

— Et vous pensez que son avenir dépend de la moitié de mon appartement ?

Dalva redressa le menton.

— Un mariage, ce n’est pas seulement partager un lit. Un homme doit avoir quelque chose à son nom.

— Alors il peut acheter quelque chose avec son propre argent.

La remarque fit rougir Caio.

— Tu sais très bien que je ne gagne pas autant que toi !

— Je le sais. Je sais aussi que tu vis ici depuis quatre ans sans payer les charges de copropriété, l’impôt foncier ou les travaux. Je ne t’ai jamais demandé de me rembourser. Et tu considères maintenant que je te dois la moitié de mon logement ?

— Je suis ton mari !

— Ce n’est pas une réponse.

Bento s’approcha de la table et posa sa grosse tête sur le genou de Lívia. Elle lui caressa distraitement les oreilles, sans quitter Caio des yeux.

Puis elle sortit son téléphone.

— J’ai une autre question. Pourquoi avez-vous parlé à un notaire avant même de me demander mon accord ?

Cette fois, Caio perdit ses couleurs.

Dalva regarda son fils.