Pendant quelques secondes, Camille eut l’impression que le hall du palace venait de basculer.

Claire recula jusqu’à heurter une colonne de marbre.

— Non, murmura-t-elle. Ma mère s’appelait Hélène Valmont. Elle m’a élevée seule. Elle ne m’a jamais parlé d’une famille Delcourt.

Gabriel ne la quitta pas des yeux.

— Elle avait probablement ses raisons.

— Vous ne pouvez pas débarquer ici et m’annoncer que ma mère avait une autre identité !

— Je ne vous demande pas de me croire sur parole. La photographie, les archives et les documents que nous allons retrouver permettront de vérifier ce que je vous dis.

Adrien profita de leur confusion pour se diriger vers la sortie.

Cette fois, Camille ne le regarda même pas.

— Gabriel, dites aux agents de l’empêcher de partir s’ils ont un motif légal de le retenir. Et appelez la police si des faits susceptibles de constituer une infraction doivent être signalés.

Gabriel acquiesça et donna ses instructions. Les agents ne se lancèrent pas dans une arrestation improvisée ; ils se placèrent simplement à distance, tandis que Gabriel contactait les autorités compétentes.

Adrien se retourna.

— Camille, réfléchis. Tu ne vas pas laisser cet homme détruire notre famille.

Elle leva enfin les yeux vers lui.

— Notre famille ? Tu viens de jeter de l’argent aux pieds de ta femme devant ta maîtresse, puis tu as essayé de faire passer cette femme pour instable afin de lui prendre sa fille. Ne me parle plus de notre famille comme si tu cherchais à la protéger.

Il serra la mâchoire.

— Tu ne comprends pas ce qui est en jeu.

— Alors explique-moi.

Adrien ouvrit la bouche, puis la referma.

Et Camille comprit qu’il ne s’attendait pas à devoir répondre à cette question devant quelqu’un qui connaissait les secrets de son père.

Une heure plus tard, Camille se trouvait dans un salon privé du palace, Zoé endormie contre elle.

Claire était assise à l’autre bout du canapé. Elle avait retiré ses chaussures et tenait entre ses mains un verre d’eau qu’elle n’avait pas touché.

Gabriel, debout près de la fenêtre, avait enfin ouvert l’enveloppe contenant les documents d’Étienne Delcourt.

— Il y a quatre ans, commença-t-il, ton père m’a demandé de protéger certaines archives après sa mort. Il craignait qu’une personne extérieure à la famille cherche à obtenir un pouvoir excessif sur la holding.

— Adrien ? demanda Camille.

— À l’époque, il ne disposait pas encore des informations nécessaires pour compromettre le protocole Alouette. Mais ton père avait remarqué qu’il s’intéressait de plus en plus aux mécanismes de succession et aux droits de vote liés aux parts familiales.

Camille sentit une colère froide monter en elle.

— Pourquoi ne m’avez-vous rien dit ?

Gabriel baissa les yeux.

— Parce que ton père ne m’avait pas demandé de t’expliquer toute l’histoire. Il m’avait demandé de conserver les documents et d’intervenir si les archives étaient compromises. Avec le recul, j’aurais dû insister davantage pour que tu sois informée des risques. Je ne prétendrai pas que cette décision était parfaite.

Il posa la vieille clé en laiton sur la table.

— Mais ce soir, nous devons comprendre ce qu’Adrien cherchait.

Claire releva la tête.

— Et ma mère ?

Gabriel sortit un autre document.

— Hélène était la sœur cadette d’Étienne. Elle a quitté la famille il y a près de trente ans, après un conflit dont je ne connais pas tous les détails. Elle a changé de nom et s’est installée dans une autre région. Ton père a essayé de la retrouver pendant plusieurs années.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il voulait renouer avec elle. Et parce qu’elle avait quitté la famille alors qu’elle connaissait l’existence d’une structure patrimoniale dont certains éléments avaient été conçus pour protéger les descendants de la branche familiale.

Claire fronça les sourcils.

— Vous parlez d’un héritage ?

— Pas seulement. Alouette est le nom d’un dispositif juridique et patrimonial constitué à partir de plusieurs actes et sociétés. Ce n’est pas une formule magique qui permet à quelqu’un d’obtenir une entreprise en ayant la garde d’un enfant. Les conséquences exactes dépendent des statuts, des contrats et des documents signés.

Camille sentit son cœur battre plus vite.

— Alors pourquoi Adrien voulait-il obtenir la garde de Zoé ?

Gabriel ouvrit le dossier qu’il avait apporté.

— Parce qu’il a découvert une clause de gouvernance particulière. Certains droits de vote de la holding sont temporairement encadrés tant que Zoé est mineure. Le dispositif prévoit plusieurs mécanismes de protection en cas de conflit d’intérêts ou d’incapacité d’un représentant.

Il s’arrêta.

— Adrien semble avoir pensé qu’en obtenant la résidence principale de Zoé et en faisant reconnaître que tu étais incapable de prendre des décisions, il pourrait influencer la désignation du représentant chargé de défendre ses intérêts.

Camille regarda sa fille.