Elle portait un tailleur sombre, ses cheveux relevés, et le petit oiseau argenté de son téléphone sécurisé était visible lorsqu’elle posa son appareil sur la table.
Plusieurs administrateurs semblaient surpris de la voir.
Pendant des années, ils avaient pris l’habitude d’entendre Adrien parler au nom du couple, parfois même au nom de la famille.
Ce jour-là, Camille présenta les faits sans hausser la voix.
Elle expliqua les accès non autorisés présumés, les documents transmis et les risques de conflit d’intérêts. Elle ne parla ni de l’infidélité ni de l’humiliation au palace, car ces éléments n’étaient pas nécessaires pour établir la situation de gouvernance.
Elle demanda une enquête indépendante, la préservation des journaux informatiques et l’application des clauses de suspension prévues par les statuts si les conditions étaient réunies.
Un administrateur lui demanda :
— Pourquoi ne nous avoir rien dit plus tôt ?
Camille le regarda.
— Parce que j’ai fait confiance à mon mari. Et parce que j’ai laissé cette confiance remplacer trop longtemps les contrôles que j’aurais dû maintenir.
Personne ne répondit.
Elle ne cherchait pas à se présenter comme irréprochable. Elle savait que ses choix avaient laissé des zones de vulnérabilité. Mais reconnaître ses erreurs ne signifiait pas qu’elle devait accepter celles des autres.
À l’issue de la réunion, le conseil adopta des mesures conservatoires dans le cadre de ses pouvoirs, confia l’audit à un cabinet indépendant et limita temporairement certains accès d’Adrien pendant les vérifications.
Ce n’était pas une condamnation.
C’était une mesure de protection.
Et, pour la première fois depuis longtemps, les décisions concernant le groupe étaient prises dans une salle où Camille n’était pas simplement la femme d’Adrien Morel.
Elle était l’héritière, l’administratrice et la personne chargée de défendre les intérêts dont elle avait la responsabilité.
Adrien fut informé des mesures le soir même.
Il appela Camille.
Elle laissa son téléphone sonner une fois, puis décrocha.
— Tu as organisé tout ça pour me détruire, dit-il.
— Non. J’ai demandé qu’on vérifie ce que tu as fait.
— Tu sais que je n’ai rien volé.
— Je n’ai pas dit que tu avais volé quoi que ce soit. L’audit établira ce qui s’est passé.
— Tu m’as retiré mes accès !
— Le conseil a pris des mesures prévues par les règles de gouvernance. Tu peux les contester par