— Cette autorisation semble concerner la transmission de certains renseignements commerciaux et financiers à une structure partenaire. Nous devons vérifier si cette structure existe réellement, quels renseignements ont été transmis et si votre signature a été obtenue sur la base d’informations inexactes.
Claire devint livide.
— Il m’a dit que c’était nécessaire pour préparer notre mariage.
Camille tourna la tête vers elle.
— Votre mariage ?
Claire ferma les yeux.
— Il m’avait promis qu’une fois le divorce prononcé, nous nous marierions. Il voulait organiser une cérémonie à l’automne.
Le silence qui suivit fut lourd.
Camille aurait pu lui rappeler que Claire avait participé à son humiliation, qu’elle avait ri lorsque les billets étaient tombés sur le sol du palace. Elle aurait pu lui dire qu’elle ne méritait aucune compassion.
Mais la vérité était plus complexe.
Claire avait fait des choix, et elle devrait répondre de ceux qui lui appartenaient. Cependant, elle pouvait aussi avoir été trompée sur des éléments essentiels.
— Nous allons vérifier ce document, dit Camille. Mais je ne te promets pas de te faire confiance.
Claire hocha la tête.
— Je ne te le demande pas.
Pour la première fois depuis leur rencontre, elle semblait avoir cessé de jouer un rôle.
Trois jours plus tard, une découverte changea la direction de l’enquête.
Le dossier Alouette contenait une liste d’anciens documents conservés dans un coffre situé dans la propriété familiale près de Tours. La clé en laiton correspondait à l’une des serrures, mais Gabriel préféra faire intervenir un huissier et les représentants juridiques concernés afin que l’ouverture et l’inventaire soient documentés.
Camille se rendit sur place avec Sophie.
La maison était fermée depuis plusieurs années. La poussière recouvrait les meubles, et les volets laissaient passer de fines bandes de lumière.
Dans le bureau d’Étienne, un coffre encastré dans une bibliothèque contenait des dossiers soigneusement classés, plusieurs actes notariés et une enveloppe portant le nom d’Hélène.
Camille la prit avec précaution.
À l’intérieur, elle trouva une lettre datée de vingt-neuf ans auparavant.
L’écriture était celle de son père.
Hélène,
Je sais que tu ne veux plus entendre parler de moi. Je ne te demanderai pas de revenir. Mais je refuse que les enfants paient pour les erreurs que nous avons commises.
J’ai mis en place une structure pour protéger leurs intérêts, quelle que soit la relation que nous aurons à l’avenir. Si un jour tu as une fille, je veux qu’elle sache qu’elle a une famille, même si elle ne souhaite jamais la rencontrer.
Je te laisse choisir ce que tu veux lui raconter. Je ne chercherai pas à imposer ma présence dans votre vie.
Étienne.
Camille relut la lettre.
Elle comprenait mieux pourquoi Gabriel avait parlé d’une structure destinée à protéger les descendants.
Mais une autre question se posait.
— Pourquoi mon père m’a-t-il interdit de chercher ce que signifiait Alouette ?
Gabriel prit le temps de répondre.
— Parce qu’il craignait que la connaissance de ce dispositif pousse quelqu’un à tenter de le détourner. Il voulait protéger les enfants, mais il a peut-être aussi créé trop de secrets autour d’eux.
Sophie examina les actes.
— Nous allons devoir demander au notaire qui a constitué cette structure de nous expliquer son fonctionnement exact. Pour l’instant, nous savons qu’Hélène et Étienne avaient des liens juridiques et patrimoniaux plus complexes que ce que la famille vous avait raconté. Nous ne savons pas encore quels droits sont toujours en vigueur ni comment ils interagissent avec les statuts actuels de la holding.
Camille hocha la tête.
Elle ne cherchait plus une révélation spectaculaire.
Elle voulait des réponses fiables.
Au fond d’une autre chemise, Sophie trouva une liste de réunions de gouvernance et plusieurs courriers récents.
L’un d’eux provenait d’un cabinet de conseil financier. Il mentionnait une société dont le nom était apparu dans le document signé par Claire.
Le nom était différent, mais l’adresse de correspondance était identique.
Sophie leva les yeux.
— Voilà une piste concrète.
Elle photographia le document, en nota la référence et demanda une copie certifiée par les personnes responsables des archives.
Camille sentit son pouls s’accélérer.
— Vous pensez qu’Adrien a transféré des informations ?
— Je pense que nous avons maintenant une raison précise de le vérifier.
La réponse arriva deux semaines plus tard.
Une société de conseil avait effectivement reçu certains documents internes de la holding. Les journaux d’accès indiquaient qu’Adrien avait consulté des archives protégées à plusieurs reprises, y compris la veille de la scène au palace.
Les éléments disponibles ne prouvaient pas encore qu’il avait détourné des fonds ou conclu un accord illégal. En revanche, ils justifiaient un audit approfondi et une vérification des autorisations qui avaient permis les transmissions.
Le conseil de la holding fut convoqué.
Camille y participa pour la première fois depuis plusieurs mois.