Le testament qui devait tout changer… jusqu’à ce que sa sœur ouvre le dossier

À 19 h 42, Thierry entendit la sonnette.

Il avait passé l’heure précédente à appeler Véronique, à lui raconter le départ de Claire et à répéter qu’après trente et un ans de mariage, il découvrait enfin à qui il avait affaire.

— Elle m’a abandonné alors que je suis malade, conclut-il. Tu te rends compte ? Je n’ai même pas eu le temps de lui demander de rester.

— Ne t’inquiète pas, répondit sa sœur. Je m’occupe de tout. Tu as assez donné aux autres.

Thierry avait souri en entendant ces mots. Pour une fois, quelqu’un reconnaissait ses souffrances sans lui demander de faire un effort, de marcher un peu ou de prendre son traitement à l’heure.

Puis la sonnette retentit de nouveau.

Il se leva péniblement, son oxymètre toujours au doigt, et traversa le salon.

Derrière la porte se tenait Véronique, vêtue d’un manteau beige, accompagnée d’une femme d’une cinquantaine d’années portant une chemise cartonnée, d’un homme en costume sombre et d’une jeune femme qui tenait une tablette.

— Bonsoir, mon frère, dit Véronique en entrant. Je t’ai amené de l’aide.

Thierry regarda les trois inconnus.

— Qui sont ces gens ?

— Voici Madame Perrin, responsable des admissions de la résidence Les Tilleuls. Monsieur Moreau est conseiller en accompagnement patrimonial. Et voici Camille, qui s’occupe des évaluations d’autonomie.

Il fronça les sourcils.

— Des admissions ? Quelle admission ?

Véronique déposa son sac sur la table basse et sortit plusieurs feuilles.

— Tu ne peux pas rester seul comme ça, Thierry. Avec ton cœur, le moindre incident pourrait devenir grave. Et puisque Claire est partie…

Elle laissa sa phrase en suspens, comme si la décision était déjà prise.

— Je ne vais pas dans une maison de retraite ! s’écria-t-il.

— Ce n’est pas une maison de retraite, répondit calmement Madame Perrin. C’est une résidence services seniors. Nous proposons des logements individuels, des repas, des services à la demande et une présence disponible en cas de besoin. Mais nous ne procédons à aucune admission sans votre accord.

— Alors pourquoi êtes-vous ici ?

L’homme en costume ouvrit sa chemise cartonnée.

— Votre sœur nous a contactés pour étudier plusieurs possibilités d’accompagnement. Elle nous a également expliqué que vous souhaitiez organiser votre succession et sécuriser votre situation patrimoniale.

Thierry se tourna vers Véronique.

— Je t’ai parlé de mon testament. Je ne t’ai jamais demandé de m’envoyer des gens chez moi !

— Tu as dit que tu voulais me protéger, répliqua-t-elle. Que tu voulais être certain que j’aurais quelque chose si tu venais à disparaître.

— Oui, mais…

— Et tu as dit que tu ne pouvais plus compter sur Claire.

Thierry ouvrit la bouche, puis la referma.

Il avait effectivement prononcé ces mots au téléphone. Il les avait même répétés, plusieurs fois, pour que sa sœur comprenne à quel point il se sentait trahi.

Véronique prit alors une nouvelle feuille.

— J’ai pensé qu’il était temps de mettre les choses au clair. Si tu dois vivre ailleurs, il faudra financer ton séjour. Et si tu veux que je m’occupe de tes affaires, nous devons savoir ce qui est possible.

— Mes affaires ?

— Ton appartement, tes comptes, tes dépenses. Tout cela ne peut pas rester dans le désordre.

Thierry sentit son estomac se nouer.

— Mon appartement n’est pas à vendre.

— Personne n’a dit qu’il fallait le vendre demain, répondit-elle avec une patience presque maternelle. Mais il faut prévoir.

Elle posa un doigt sur une ligne du document.

— J’ai aussi apporté un projet de mandat de protection future. Il permettrait d’organiser à l’avance la manière dont tes intérêts seraient gérés si un jour tu n’étais plus en mesure de le faire toi-même. Nous pourrions le faire vérifier par un notaire.

— Nous ?

— Je pourrais être désignée.

Le silence qui suivit fut si profond que Thierry entendit le bourdonnement du réfrigérateur dans la cuisine.

Il regarda le dossier. Puis sa sœur.

— Tu veux que je te donne le contrôle de mes affaires ?

— Je veux éviter que tout parte dans tous les sens si ton état se dégrade.

— Mon cardiologue a dit que je devais marcher chaque jour et prendre mes médicaments !

— Les médecins ne savent pas ce qui peut arriver demain.

Cette phrase, Thierry l’avait lui-même prononcée des dizaines de fois.

Mais dans la bouche de sa sœur, elle sonnait autrement.

Il avait imaginé que Véronique viendrait lui préparer un repas, l’aider à faire ses courses et rester un peu auprès de lui. Il n’avait pas envisagé qu’elle arriverait avec une équipe, des formulaires et un projet d’organisation de sa vie.

— Et Claire ? demanda-t-il brusquement.

Véronique leva les yeux au ciel.