La bouteille au sceau brisé : le piège qui devait détruire la femme à 180 millions d’euros

Je ne répondis pas à Monique.

Je regardai simplement le badge qu’elle tenait entre ses doigts, puis Julien, qui avait perdu toute couleur.

— Maman, donne-le-moi, répéta-t-il.

— Pourquoi ? Tu as peur que je découvre quelque chose ?

Elle souriait toujours, mais ses doigts s’étaient refermés sur le badge.

À cet instant, je compris que je ne pouvais plus me contenter d’espérer que mon mari finirait par prendre ma défense.

Je devais découvrir ce qu’il savait.

Et je devais le faire sans leur laisser le temps de comprendre que j’avais commencé à enquêter.

— Vous avez raison, dis-je finalement à Monique. Il vaut mieux qu’il y ait quelqu’un pour m’aider si je ne me sens pas bien pendant la soirée.

Elle parut surprise par mon calme.

— Voilà qui est raisonnable.

Elle me tendit le badge.

Je le pris, le glissai dans mon sac et lui adressai un sourire.

— Merci de vous inquiéter pour moi.

En quittant la maison, Julien me rejoignit sur le perron.

— Camille, il faut qu’on parle.

— Alors parle.

Il regarda derrière lui pour vérifier que personne ne nous entendait.

— Quoi qu’il arrive demain, ne bois rien que tu n’aies pas ouvert toi-même. Ne laisse personne entrer dans ta suite sans vérifier son identité. Et si tu peux, change encore de chambre.

Je le fixai.

— Pourquoi ?

Il baissa la voix.

— Parce que je ne sais pas exactement ce qu’ils préparent.

— Mais tu sais qu’ils préparent quelque chose.

Il ne répondit pas.

Je sentis quelque chose se briser en moi. Pas mon amour pour lui, pas encore. Plutôt la dernière illusion selon laquelle notre mariage me protégeait de ceux qui voulaient me faire du mal.

— Julien, si tu sais quelque chose qui pourrait mettre ma sécurité en danger, tu dois me le dire maintenant.

— Je ne peux pas.

— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?

Il ferma les yeux.

— Je suis désolé.

Puis il partit.

Je restai quelques secondes sur le perron, incapable de bouger.

J’avais construit une entreprise capable de gérer des centaines de chantiers, de négocier avec des groupes hôteliers internationaux et de survivre à des crises que personne n’aurait voulu traverser. Pourtant, dans ma propre vie, j’avais laissé le silence de mon mari devenir une réponse acceptable.

Cette fois, je ne ferais pas la même erreur.

Je sortis mon téléphone et appelai Sophie Lambert, la directrice juridique de Novance.

— J’ai besoin de toi demain soir. Et je crois que nous devons prévenir notre responsable de la sécurité.

Elle ne me posa aucune question inutile.

— Dis-moi où tu es. J’arrive.

Le lendemain, à dix-huit heures trente, le hall de l’hôtel brillait sous les lustres.

Novance fêtait son onzième anniversaire. Des clients, des partenaires financiers, des architectes, des responsables de grands groupes et plusieurs journalistes économiques étaient présents. La soirée devait célébrer notre croissance et annoncer deux contrats majeurs.

Dans ma suite, une maquilleuse terminait de préparer mon visage pendant que Sophie vérifiait une dernière fois le déroulé de la réception.

— Tu as l’air fatiguée, observa-t-elle.

— Je n’ai presque pas dormi.

— Tu veux annuler ?

Je secouai la tête.

— Non. Je veux comprendre.

Elle savait déjà qu’un badge avait été obtenu sans mon autorisation et que certaines personnes de ma famille avaient posé des questions étranges sur mes déplacements. Nous avions changé la serrure électronique de ma suite et demandé à l’hôtel de ne communiquer aucune information sur ma chambre.

Nous avions également conservé les messages, les horaires et les noms des personnes qui avaient tenté d’obtenir des renseignements.

Sophie posa une petite enveloppe sur la table.

— Le service de sécurité a confirmé qu’une personne avait demandé un deuxième badge avant que le changement de chambre soit enregistré.

— Monique ?

— La demande a été faite au nom de Julien. Mais nous n’avons pas encore la preuve qu’il l’a lui-même effectuée.

Je regardai mon reflet dans le miroir.

— Il m’a prévenue de ne rien boire.

— Cela ne l’innocente pas.

— Je sais.

Je pris mon sac et descendis rejoindre les invités.

Pendant près de deux heures, tout se déroula comme prévu. Je serrai des mains, remerciai les équipes et présentai les projets à venir. Je parlai de nos premières années, lorsque nous n’avions qu’un petit atelier et quelques techniciens, puis des contrats qui avaient changé l’échelle de notre activité.

À vingt et une heures, je montai sur scène.