À vingt-deux heures quarante, le téléphone de Marc vibra.

Il lut le message, puis leva les yeux vers moi.

— Un groupe se dirige vers votre étage.

— Combien de personnes ?

— Neuf, peut-être dix. Monique est avec eux. Théo et Élodie aussi.

Je sentis ma gorge se serrer.

— Ils pensent que je suis seule.

Sophie referma son ordinateur.

— C’est probablement ce qu’ils croient.

Marc se plaça près de la porte, mais sans se montrer.

Nous attendîmes.

Des voix approchèrent dans le couloir. Monique parlait assez fort pour que chacun l’entende.

— Je vous avais dit que nous devions intervenir. Camille ne va pas bien depuis des semaines. Elle travaille trop, elle s’isole et elle refuse de nous laisser l’aider.

Une autre voix, celle d’Élodie, répondit :

— Si Julien découvre qu’elle nous a menti, il sera furieux.

Puis Monique s’arrêta devant la porte.

— Je vais lui montrer qu’elle ne peut pas nous traiter comme des étrangers.

Elle sortit son badge.

Le lecteur émit un bip.

La porte ne s’ouvrit pas.

Elle essaya une seconde fois.

Toujours rien.

— C’est impossible ! murmura-t-elle.

Marc ouvrit alors de l’intérieur.

— Bonsoir, madame. Vous ne pouvez pas entrer dans cette suite sans autorisation.

Monique resta figée.

Derrière elle, neuf membres de la famille s’étaient rassemblés dans le couloir. Certains semblaient simplement curieux. D’autres avaient déjà sorti leur téléphone.

— Je suis sa belle-mère ! s’exclama-t-elle. Je viens voir si elle va bien !

— Madame Delcourt est accompagnée, répondit Marc. Elle n’a pas demandé de visite.

Monique tenta de regarder par-dessus son épaule.

— Camille ! Je sais que tu es là !

Je m’avançai alors dans le champ de la porte.

— Je suis là, Monique.

Elle eut un mouvement de recul.

— Alors pourquoi refuses-tu de nous ouvrir ?

— Parce que je n’ai pas invité dix personnes dans ma chambre d’hôtel.

— Nous sommes ta famille !

— Vous êtes ma belle-famille. Cela ne vous donne pas le droit d’entrer ici quand vous le décidez.

Elle jeta un regard derrière elle, comme si elle cherchait le soutien de ceux qu’elle avait amenés.

— Camille, nous sommes inquiets. Julien nous a dit que tu étais épuisée. Nous voulons simplement nous assurer que tu vas bien.

Je regardai les visages alignés dans le couloir.

— Qui vous a dit que je serais seule ?

Personne ne répondit.

Je poursuivis :

— Qui vous a dit que vous deviez venir maintenant, avec vos téléphones, et ouvrir cette porte sans mon accord ?

Monique retrouva son aplomb.

— Ne détourne pas la conversation. Nous voulons voir ce qui se passe ici.

Elle fit un signe au responsable de la sécurité, comme si elle avait le droit de lui donner des ordres.

— Laissez-nous entrer.

— Non, répondit Marc.

Monique poussa la porte d’une main.

Marc l’arrêta sans la brusquer.

— Madame, je vous demande de reculer.

Elle se retourna vers les membres de la famille.

— Vous voyez ? Elle nous cache quelque chose !

Puis elle aperçut, au fond de la suite, le lit où quelqu’un semblait allongé sous une couverture.

Son visage changea.

Elle cessa de parler.

Élodie, qui regardait par-dessus son épaule, porta une main à sa bouche.

Sur le lit, une silhouette immobile était visible sous la couverture. À côté, un sac de voyage ouvert contenait des vêtements et plusieurs objets personnels.

Monique devint livide.

— Non… souffla-t-elle.

Elle fit un pas vers la porte, mais Marc lui barra le passage.

— Qui est là ? demanda-t-elle d’une voix étranglée.

Je ne répondis pas immédiatement.

Puis je dis :

— La personne que vous espériez trouver ici.

Sophie sortit de l’ombre, une tablette à la main.

— Nous avons conservé les images de la caméra du couloir et les relevés d’accès. Nous avons également demandé que la bouteille remise à Camille soit préservée pour les vérifications nécessaires.

Monique regarda la silhouette sur le lit, puis moi.

Elle venait de comprendre que la scène qu’elle avait préparée ne se déroulait pas comme prévu.

Elle avait amené sa famille pour me surprendre dans une situation compromettante.

Mais la personne qu’elle croyait découvrir n’était pas un amant.

C’était Julien.

Mon mari était allongé sur le lit, vêtu d’un pantalon et d’une chemise, les yeux ouverts, le visage marqué par la fatigue. Il n’avait rien de romantique ou de mystérieux. Il semblait surtout écrasé par ce qu’il avait fini par accepter de faire.

Monique recula.

— Julien ? Qu’est-ce que tu fais là ?

Il se redressa lentement.

— Ce que j’aurais dû faire depuis le début, maman. Dire la vérité.

La famille resta silencieuse.