— La valeur de Novance ne se résume pas à une estimation financière, déclarai-je. Elle représente surtout le travail de toutes les personnes qui ont construit cette entreprise avec moi. Aucun chiffre ne peut remplacer leur compétence, leur loyauté et leur engagement.
Les applaudissements remplirent la salle.
Au premier rang, Monique souriait.
Élodie, assise à côté d’elle, chuchotait à son mari, Théo.
Julien, lui, ne regardait pas la scène. Il observait sa mère.
Lorsqu’il croisa mon regard, il eut l’air de vouloir se lever.
Puis il resta assis.
Je terminai mon discours et rejoignis les invités.
C’est à ce moment-là que Monique apparut avec une bouteille de champagne.
— Camille, ma chérie, dit-elle en m’embrassant sur la joue. Tu dois être épuisée après tout ce travail.
La bouteille était enveloppée d’un papier doré. Son sceau avait été brisé.
Je le remarquai immédiatement.
— Je pensais que le champagne serait servi au dîner.
— Celui-ci est spécial. Je l’ai gardé pour toi. Tu mérites bien un petit moment de tranquillité après une si belle soirée.
Elle me tendit la bouteille.
Je ne la pris pas.
— Merci. Je vais demander au personnel de vérifier qu’elle peut être servie.
Son sourire se figea pendant une fraction de seconde.
— Oh, ne sois pas ridicule. C’est du champagne, pas un médicament.
— Justement. Je préfère qu’on l’ouvre devant moi.
Elle se rapprocha et baissa la voix.
— Bois ça, tu te sentiras mieux.
Je sentis son parfum, puis je regardai de nouveau le sceau brisé.
— Pourquoi aurait-il fallu que je me sente mal ?
Son expression changea.
— Camille, tu es nerveuse. Tu as passé la journée à courir partout. Je veux simplement t’aider.
— Alors laissez la bouteille au personnel.
Elle me la tendit encore une fois.
Je reculai d’un pas.
À cet instant, Sophie apparut à mes côtés.
— Madame Delcourt, je vous cherchais. Nous avons besoin de vous pour une question concernant le discours de clôture.
Monique serra les lèvres.
— Bien sûr. Vous êtes toujours très occupées toutes les deux.
Elle posa la bouteille sur une table et s’éloigna.
Sophie attendit qu’elle soit hors de portée.
— Tu as vu le sceau ?
— Oui.
— Ne touche plus à cette bouteille.
Elle appela discrètement le responsable de la sécurité. L’hôtel conserva la bouteille sans la servir, tandis qu’un responsable consignait les circonstances dans lesquelles elle avait été remise.
Je ne savais pas ce qu’elle contenait.
Je ne savais même pas si elle contenait quelque chose d’inhabituel.
Mais je savais désormais que Monique avait essayé de me faire boire un produit provenant d’une bouteille déjà ouverte, malgré mon refus.
Cela suffisait pour ne prendre aucun risque.
À vingt-deux heures, je remontai dans ma suite.
Je n’étais pas seule.
Sophie était avec moi, ainsi que Marc, le responsable de la sécurité de Novance, et une agente de sécurité de l’hôtel. Nous avions décidé de ne pas provoquer Monique dans le hall et de laisser les procédures suivre leur cours.
Marc vérifia les accès.
— Personne ne peut entrer sans que nous le sachions. Le badge signalé a été désactivé.
Je posai mon sac sur une chaise.
— Combien de temps avant que nous sachions ce qui se passe ?
— Nous devons laisser les vérifications se faire. Pour l’instant, nous avons des éléments inquiétants, mais pas encore de conclusion.
Je m’assis près de la fenêtre.
Je pensais à Julien.
À son avertissement.
À son refus de parler.
À cette phrase qu’il m’avait répétée pendant des années : Ma mère est comme ça, il ne faut pas lui en vouloir.
J’avais accepté beaucoup de choses au nom de la paix familiale. Les remarques sur mes horaires, les critiques de mes décisions professionnelles, les insinuations selon lesquelles j’aurais dû donner un poste à Théo.
Mais jamais je n’aurais imaginé que mon mari puisse savoir qu’un plan se préparait et me laisser le découvrir seule.
À vingt-deux heures vingt, Sophie reçut un appel.
Elle écouta quelques instants, puis se tourna vers moi.
— Monique vient de demander au personnel si tu étais déjà rentrée dans ta suite.
Je sentis mon cœur accélérer.
— Qu’a-t-elle dit ?
— Elle a affirmé qu’elle voulait te faire une surprise familiale. Elle a également demandé si ton mari pouvait accéder à la chambre.
Marc prit immédiatement son téléphone.
— Nous allons prévenir la sécurité de l’hôtel. Personne ne monte sans contrôle.
Je me levai.
— Je veux savoir ce qu’ils ont prévu.
— Nous ne devons pas les pousser à agir, répondit Sophie. Nous devons protéger ta sécurité et conserver les preuves.
Elle avait raison.
Je restai dans la suite avec eux, loin de la porte, tandis que le personnel de sécurité se préparait à intervenir si nécessaire.