— Maman, appelle les secours ! MAINTENANT !
La voix de Julien déchira l’appartement.
Monique resta immobile, le test de grossesse toujours entre les doigts.
— Je… je ne l’ai pas touchée.
Julien s’agenouilla près de Claire. Elle tremblait, une main crispée sur son ventre, l’autre agrippant sa manche.
— J’ai mal… Julien, j’ai vraiment mal…
— Regarde-moi, mon amour. Je suis là. Ne bouge pas, d’accord ? Les secours arrivent.
Il composait déjà le numéro d’urgence lorsqu’il entendit sa mère murmurer :
— Tu vois bien que je voulais seulement comprendre…
Il leva vers elle un regard qu’elle ne lui connaissait pas.
— Sors de cette chambre.
— Julien, je suis ta mère !
— ET ELLE EST MA FEMME !
Monique recula.
Il n’avait jamais crié ainsi contre elle. Jamais, même pendant les disputes les plus violentes de son adolescence.
Mais cette fois, il ne cherchait plus à ménager personne.
— Tu as fouillé dans ses affaires, tu l’as humiliée, tu l’as accusée d’infidélité sans la moindre preuve. Et maintenant, elle est par terre, enceinte, en train de souffrir, pendant que tu continues à parler de toi !
Monique ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit.
Quelques minutes plus tard, les secours arrivèrent. Les ambulanciers prirent Claire en charge et l’emmenèrent à l’hôpital pour une évaluation urgente.
Julien monta dans l’ambulance avec elle.
Avant que les portes ne se referment, il aperçut sa mère dans l’entrée, seule au milieu des papiers qu’elle avait répandus sur le lit.
Pour la première fois, il ne se demanda pas comment la rassurer.
Il se demanda comment il avait pu ne pas voir ce qu’elle était en train de faire à son mariage.
Le secret que personne n’avait imaginé
Aux urgences, les heures s’étirèrent.
Julien attendait devant la salle d’examen, les mains jointes, incapable de rester assis. Il revoyait Claire sur le carrelage, sa voix tremblante, son visage devenu blanc.
Il avait passé des années à imaginer le jour où ils deviendraient parents.
Il n’avait jamais imaginé qu’il pourrait perdre leur enfant avant même d’avoir eu le temps de le rencontrer.
Enfin, une médecin vint à sa rencontre.
— Monsieur, votre épouse est consciente. Nous avons réalisé les examens nécessaires. Pour l’instant, nous avons identifié une menace de fausse couche, mais il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives. Nous devons surveiller son état et vérifier l’évolution de la grossesse.
Julien ferma les yeux.
— Est-ce que le bébé est vivant ?
La médecin marqua une pause, puis lui expliqua ce que les examens permettaient de dire à ce stade et ce qui nécessitait encore une surveillance.
Il sentit ses jambes se dérober.
— Est-ce que je peux la voir ?
— Oui. Mais elle a besoin de calme. Évitez toute discussion qui pourrait l’agiter.
Lorsqu’il entra dans la chambre, Claire regardait le plafond.
Il s’approcha lentement.
— Mon amour…
Elle tourna la tête.
Ses yeux étaient rouges, mais son expression demeurait étrangement calme.
— Le bébé ?
Julien lui prit la main.
— Les médecins vont te surveiller. Ils ne peuvent pas encore nous donner toutes les réponses. Mais je reste ici, avec toi.
Claire ferma les yeux.
Une larme glissa sur sa tempe.
— Je voulais tellement te l’annoncer autrement.
Il sentit sa gorge se serrer.
— Comment ça ?
— Je voulais acheter de petites chaussures. Les mettre dans une boîte. Te laisser la trouver en rentrant du travail.
Elle eut un petit rire brisé.
— J’avais même imaginé que tu ne comprendrais pas tout de suite.
Julien baissa la tête.
— Je suis désolé.
— Pour quoi ?
Il aurait pu répondre : pour sa mère, pour les accusations, pour cette journée atroce.
Mais Claire méritait mieux qu’une excuse générale.
— Pour avoir douté de toi. Quand je t’ai trouvée avec Mathieu, j’aurais dû penser à ta santé. J’aurais dû te demander ce qui s’était passé avant de laisser mes peurs parler. Je savais que ma mère cherchait à semer le doute entre nous, et je l’ai quand même laissée entrer dans ma tête.
Claire retira doucement sa main.
— Tu sais ce qui m’a fait le plus mal, Julien ? Ce n’est pas ce que ta mère a dit.
Il la regarda.
— C’est le fait que, pendant quelques secondes, tu l’as crue capable d’avoir raison.
Il ne tenta pas de se défendre.
Parce qu’elle avait raison.
— Je ne te demande pas de me pardonner aujourd’hui, murmura-t-il. Je veux seulement que tu saches que je comprends enfin.
Claire détourna le regard.
— J’ai besoin de temps.
— Tu en auras autant qu’il le faudra.
Il resta près d’elle jusqu’au soir, sans essayer de la convaincre, sans lui demander de le rassurer.