Monique détourna les yeux.
Julien remarqua alors une chemise cartonnée sur la table basse. Il reconnut le logo d’une étude notariale. Il l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient des documents concernant leur appartement, acheté deux ans auparavant, ainsi que des informations sur le crédit immobilier et les garanties associées.
Mais ce n’était pas tout.
Un courrier d’un conseiller juridique évoquait la possibilité d’une donation familiale destinée à aider Julien à rembourser une partie de son emprunt.
Une autre page contenait des annotations manuscrites de Monique.
« Contribution personnelle. » « Protection de Julien. » « Éviter que Claire puisse disposer seule du bien. »
Julien releva lentement la tête.
— Pourquoi as-tu ces documents ?
Monique croisa les bras.
— J’ai payé une partie des frais au moment de votre achat. Je voulais m’assurer que tu ne perdrais pas tout si ton mariage échouait.
— Tu ne m’as jamais dit que tu voulais faire inscrire quoi que ce soit à ton nom.
— Je n’ai jamais demandé cela.
— Alors pourquoi ces notes ?
Elle ne répondit pas.
Julien poursuivit sa lecture. Les documents ne prouvaient pas que sa mère avait acquis un droit sur l’appartement, ni qu’elle pouvait en modifier la propriété. Mais ils révélaient qu’elle s’était renseignée sur la manière de protéger financièrement son fils en cas de séparation.
Il se souvint d’une conversation ancienne.
Au moment de l’achat, Monique leur avait proposé de payer une partie des frais de notaire. Claire avait hésité, craignant que cette aide ne s’accompagne de conditions. Julien l’avait rassurée.
— C’est ma mère. Elle veut nous aider.
Claire avait fini par accepter, à condition que l’argent soit considéré comme un cadeau à leur couple.
Monique avait souri et assuré qu’elle n’attendait rien en retour.
Aujourd’hui, Julien ne savait plus quoi croire.
— Est-ce que tu as essayé de faire passer cet argent pour un prêt ?
— Je voulais simplement éviter que Claire reparte avec ce que j’ai donné à mon fils.
Julien posa les documents.
— Tu viens de m’expliquer pourquoi tu as peur de perdre de l’argent. Pas pourquoi tu as humilié ma femme.
Monique se raidit.
— Elle t’a changé.
— Non. Elle m’a appris à être un adulte. C’est moi qui ai oublié de me comporter comme tel.
Il prit les vêtements qu’il était venu chercher.
Avant de partir, il se retourna une dernière fois.
— Tu ne viendras plus à l’hôpital sans que Claire t’y autorise. Tu ne garderas pas de clé de notre appartement. Et tu ne parleras plus de ma femme comme si elle devait se justifier devant toi.
Monique le fixa, incrédule.
— Tu vas vraiment me punir parce que j’ai voulu protéger mon fils ?
— Je ne te punis pas. Je protège ma famille.
Puis il sortit.
La vérité sur la grossesse
Les jours suivants furent éprouvants.
Claire resta hospitalisée le temps nécessaire à sa surveillance. Les médecins lui expliquèrent les précautions à prendre et les signes qui nécessiteraient de revenir en urgence. Julien organisa son travail pour être auprès d’elle autant que possible.
Il ne lui demanda pas de lui pardonner.
Il lui apporta ses livres préférés, lui prépara du thé lorsque le personnel l’y autorisait et s’assit parfois simplement près de la fenêtre pendant qu’elle dormait.
Un matin, une infirmière vint leur annoncer que les derniers examens étaient rassurants à ce stade et que l’équipe allait continuer à surveiller l’évolution de la grossesse.
Claire pleura de soulagement.
Julien la serra doucement contre lui.
Cette fois, elle ne se dégagea pas.
Mais lorsqu’il murmura qu’ils allaient s’en sortir, elle répondit :
— Nous allons essayer. Ne promets pas ce que tu ne peux pas contrôler.
Il acquiesça.
— Tu as raison.
Ils ne savaient pas encore si tout irait bien. Ils savaient seulement qu’ils devaient avancer un jour après l’autre.
Quelques jours plus tard, alors qu’ils parlaient du bébé, Claire révéla quelque chose qu’elle avait gardé pour elle.
— Tu te souviens de notre dernière consultation en fertilité ?
— Oui.
— Le médecin nous avait dit que mes examens étaient globalement rassurants, mais qu’il faudrait continuer à chercher la cause de nos difficultés. Je me suis demandé pendant des mois si le problème venait de moi.
Julien lui caressa les doigts.
— Ce n’était la faute de personne.
— Je le sais maintenant. Mais ta mère, elle, a commencé à insinuer que je n’étais peut-être pas capable de te donner une famille. Elle m’a demandé si je serais prête à adopter si tu le voulais.
Julien fronça les sourcils.
— Elle t’a vraiment dit ça ?
— Oui. Puis elle m’a demandé si j’étais certaine de vouloir un enfant avec toi, parce qu’une grossesse nous éloignerait de nos familles respectives.
Claire ferma les yeux.