— À force, j’ai commencé à éviter de lui parler de nos rendez-vous. Je ne voulais plus lui donner d’informations qu’elle pourrait retourner contre moi.
Julien sentit une colère sourde monter en lui.
— Je suis désolé de ne pas avoir vu à quel point elle te faisait souffrir.
Claire le regarda.
— Tu ne peux pas réparer les mois où tu ne m’as pas écoutée. Mais tu peux décider de ne plus me laisser affronter cela seule.
— Je le ferai.
— Et si un jour tu doutes de moi, je veux que tu me poses des questions. Pas que tu te fabriques une histoire dans ta tête.
— D’accord.
Elle observa son visage.
— Je ne veux pas que notre enfant grandisse au milieu des soupçons et des conflits.
Julien posa sa main sur son ventre.
— Moi non plus.
Il ne savait pas encore quel père il serait. Mais il comprenait désormais qu’aimer son enfant commencerait bien avant sa naissance : par la manière dont il traiterait sa mère.
La question de la paternité
Monique, pourtant, n’avait pas renoncé.
Une semaine après la sortie de Claire de l’hôpital, elle envoya à Julien un long message.
Elle y répétait qu’elle avait agi par amour, qu’elle avait toujours voulu le protéger et que les femmes pouvaient parfois manipuler les hommes pour obtenir une sécurité financière.
Puis elle ajouta :
« Si tu es vraiment certain que cet enfant est le tien, un test de paternité ne devrait pas te faire peur. »
Julien relut le message plusieurs fois.
Il ressentit d’abord de la colère, puis une immense lassitude.
Il ne répondit pas immédiatement.
Il alla retrouver Claire dans le salon. Elle était installée dans un fauteuil, un plaid sur les jambes, en train de lire les instructions que lui avait données le médecin.
— Ma mère m’a envoyé un message.
Claire posa son livre.
— Encore ?
Il lui tendit le téléphone.
Elle lut en silence, puis le lui rendit.
— Tu vas lui répondre ?
— Oui.
— Fais-le pour toi. Pas pour me demander de te rassurer.
Julien s’assit en face d’elle et rédigea sa réponse.
Il lui expliqua qu’il n’avait aucune raison de douter de la paternité de son enfant, qu’aucun élément concret ne justifiait ses accusations et qu’il ne participerait pas à une démarche destinée à satisfaire une suspicion née de son imagination.
Il ajouta qu’il ne discuterait plus de l’intimité de son couple avec elle.
Puis il envoya le message.
Monique l’appela presque aussitôt.
Il la laissa sonner.
Elle rappela.
Cette fois, il décrocha.
— Tu ne peux pas me couper de ta vie pour une simple question !
— Ce n’est pas une simple question, maman. Tu as accusé Claire d’infidélité, tu as fouillé dans ses affaires et tu as semé le doute au moment où elle était la plus vulnérable.
— Je suis ta mère !
— Et elle est la femme avec qui j’ai choisi de construire ma vie.
Monique se mit à pleurer.
— Alors tu la choisis, elle, plutôt que moi ?
Julien ferma les yeux.
C’était exactement le piège dans lequel il était tombé pendant des années : croire que chaque limite posée à sa mère constituait une trahison.
— Je ne te demande pas de disparaître de ma vie, répondit-il. Je te demande de respecter la mienne.
— Et si je ne peux pas ?
— Alors je prendrai mes distances.
Il raccrocha.
Claire n’avait pas entendu toute la conversation, mais elle comprit à son visage qu’il venait de franchir une étape difficile.
Elle lui tendit la main.
Il la prit.
Ce n’était pas une réconciliation parfaite. Ce n’était pas la fin de leur douleur.
C’était simplement un choix clair.
La dernière confrontation
Deux mois plus tard, Monique demanda à rencontrer Claire.
Julien ne transmit la demande que parce que Claire avait dit qu’elle accepterait peut-être de l’entendre, à condition de choisir le lieu et de pouvoir partir à tout moment.
Elles se retrouvèrent dans un café calme, en journée. Julien attendit dehors, à la demande de sa femme.
Monique semblait avoir vieilli.
Elle posa ses mains sur la table.
— Je voulais m’excuser.
Claire ne répondit pas.
— J’ai dépassé les limites. Je n’aurais pas dû fouiller dans tes affaires ni parler de la paternité du bébé.
— Pourquoi l’avez-vous fait ?
Monique baissa les yeux.
Pendant un long moment, elle ne dit rien.
Puis elle finit par murmurer :
— J’ai eu peur.
— Peur de quoi ?
— De perdre mon fils. Depuis que vous vous êtes mariés, j’ai l’impression que je ne compte plus autant pour lui.
Claire la regarda avec une tristesse sans douceur.
— Alors vous avez essayé de détruire ce qui comptait pour lui ?