Camille ne répondit pas immédiatement. Elle regarda Thomas, puis le téléphone tombé près de la chaise.

— Quel est le nom de ton cousin ?

Thomas avala difficilement sa salive.

— Julien Moreau. Nous avons grandi ensemble. Mon père l’avait engagé après ses études. Il connaît chaque hôtel, chaque contrat et presque tous nos partenaires.

— Et il peut faire entrer une personne dans nos archives sans que personne ne pose de question ?

— Apparemment.

— Alors cesse de chercher une explication qui te rassure. Nous allons découvrir ce qu’il a fait.

Thomas releva les yeux vers elle. Pour la première fois depuis le début de la matinée, il ne chercha pas à contester ses paroles.

Camille ouvrit le coffre encastré derrière un tableau de la suite. Elle en sortit une enveloppe épaisse, fermée par un sceau portant les initiales d’Henri Moreau.

— Ton père m’a remis ceci trois semaines avant sa mort.

Thomas fixa l’enveloppe.

— Pourquoi à toi ?

— Parce qu’il savait que tu ne voudrais pas croire ce qu’elle contenait.

Elle posa le document sur la table, mais ne l’ouvrit pas tout de suite.

— Henri m’a demandé de ne pas l’utiliser pour régler des comptes familiaux. Il voulait que je m’en serve uniquement si quelqu’un tentait de dissimuler des irrégularités dans le groupe.

— Tu savais donc qu’il y avait un problème ?

— Je savais qu’il avait des soupçons. Pas ce qu’ils impliquaient.

Camille brisa le sceau.

À l’intérieur se trouvaient une lettre manuscrite, une liste de sociétés prestataires et plusieurs copies de relevés comptables. Certains noms apparaissaient à plusieurs reprises, associés à des factures de rénovation dont les montants avaient été modifiés après validation.

Sur la dernière page, Henri avait écrit :

« Camille, si tu lis ceci, c’est que je n’ai pas réussi à régler cette affaire de mon vivant. Ne protège personne au nom du sang, pas même Thomas. Les preuves doivent être remises à un enquêteur indépendant. Si Julien est impliqué, vérifie également les autorisations de paiement. Il ne travaille peut-être pas seul. »

Thomas se laissa tomber sur la chaise.

— Mon père soupçonnait Julien ?

— Oui.

— Et il ne m’a rien dit ?

Camille lui lança un regard grave.

— Peut-être qu’il a essayé. Mais la vraie question est de savoir pourquoi il m’a confié ces documents à moi.

Thomas resta silencieux.

La réponse lui faisait mal : son père avait fait confiance à Camille parce qu’elle examinait les faits sans chercher à sauver les apparences. Thomas, lui, avait souvent préféré les assurances de son cousin aux questions embarrassantes de son épouse.

Son téléphone vibra.

Un message de Julien venait d’arriver.

« Ne laisse pas Camille t’entraîner dans une guerre qui ne te concerne pas. La photo est regrettable, mais tu dois protéger le groupe. Retrouvons-nous seuls à 9 heures. »

Thomas tendit l’écran à Camille.

— Il sait déjà que tu as découvert quelque chose.

— Ou il espère nous faire croire qu’il sait exactement ce que nous avons découvert.

Elle prit son propre téléphone et appela Malik.

— Conservez toutes les images de vidéosurveillance, les journaux d’accès et les copies des autorisations de paiement. Faites-en une sauvegarde indépendante. Personne ne doit modifier ni supprimer quoi que ce soit. Et contactez notre avocat chargé de la conformité.

Thomas intervint :

— Nous devons aussi prévenir Julien que nous avons l’enveloppe.

— Non, répondit Camille. Nous devons préserver les preuves avant de prévenir qui que ce soit.

Elle demanda également qu’un inventaire contradictoire soit réalisé dans les archives, en présence des responsables habilités et des conseils juridiques du groupe. Aucun dossier ne serait déplacé sans être enregistré.

Puis elle referma l’enveloppe.

— Maintenant, parlons de Chloé.

Thomas baissa les yeux.

— Je lui ai donné trop de liberté. Je pensais pouvoir découvrir qui la renseignait sans l’alerter.

— Tu lui as donné accès à une partie de notre vie privée, tu as accepté de la rencontrer seul et tu m’as laissé apprendre l’existence de cette photo par les réseaux sociaux. Même si tu n’as pas eu de liaison avec elle, tu as pris des décisions qui ont abîmé notre confiance.

— Je sais.

— Non, Thomas. Tu commences seulement à comprendre.

Elle ne cria pas. Elle n’en avait plus besoin.

— Je veux connaître la vérité sur cette femme. Mais je veux aussi savoir pourquoi tu as estimé que tu pouvais me tenir à l’écart de ce qui menaçait notre entreprise.

Thomas n’eut pas de réponse satisfaisante.

Et, cette fois, Camille ne lui en fournit pas une à sa place.

À neuf heures, Julien arriva au siège du groupe.

Il portait un costume bleu nuit, une cravate discrète et son habituel sourire tranquille. Lorsqu’il entra dans la salle de réunion, il salua Thomas avant de se tourner vers Camille.