— J’espère que cette histoire de photo ne va pas devenir une affaire familiale. Les réseaux sociaux transforment tout en scandale.

Camille lui indiqua une chaise.

— Nous ne sommes pas ici pour parler de la photo.

Elle posa devant lui une copie de l’autorisation ayant permis à Chloé d’accéder à la zone des archives.

Le sourire de Julien s’effaça à peine.

— C’est mon équipe qui gère les accès. Il doit y avoir une erreur administrative.

— Votre identifiant a validé le badge, répondit Camille. Et les images montrent que vous étiez présent dans le couloir au moment où Chloé a rencontré l’homme dont le badge correspond à celui d’un magistrat.

Julien croisa les bras.

— Vous formulez des accusations très graves.

— Je formule des questions auxquelles les registres permettront de répondre.

Thomas observa son cousin. Il connaissait cette manière de détourner une conversation : Julien ne niait jamais directement ce qui le dérangeait. Il cherchait d’abord à faire passer celui qui posait les questions pour un problème.

— Pourquoi m’as-tu demandé de te rencontrer seul ? demanda Thomas.

Julien se tourna vers lui.

— Parce que Camille est émotionnellement impliquée. Elle veut défendre son honneur et risque de prendre de mauvaises décisions.

— Mon honneur n’a rien à voir avec les factures que nous examinons, répliqua Camille.

Elle ouvrit le dossier comptable.

— Plusieurs paiements ont été effectués à des sociétés dont les dirigeants sont liés à des intermédiaires de nos anciens marchés publics. Les montants ne correspondent pas aux devis initiaux. Certains justificatifs ont été remplacés après validation. Nous avons demandé un audit indépendant.

Julien se redressa.

— Vous allez détruire la réputation du groupe avant même de savoir ce qui s’est passé.

— Si les paiements sont légitimes, l’audit le démontrera. S’ils ne le sont pas, les dissimuler ne les rendra pas légitimes.

Thomas regarda les documents, puis son cousin.

— As-tu autorisé ces paiements ?

Julien soupira.

— J’ai validé des opérations qui m’étaient présentées comme conformes. Je dirigeais une partie des finances opérationnelles. Tu le sais.

— Je te demande si tu savais que certains justificatifs avaient été modifiés.

Le silence s’installa.

Julien finit par répondre :

— Je n’ai pas le souvenir de chaque facture.

Camille referma le dossier.

— Alors nous laisserons les documents établir ce que chacun savait.

À cet instant, la porte s’ouvrit. Malik entra, accompagné de la responsable juridique du groupe.

— Nous avons récupéré les registres d’accès et les images, annonça-t-il. Une copie a été transmise à nos avocats. Nous avons également retrouvé le message qui a servi à autoriser l’accès de Chloé aux archives.

Il posa une feuille sur la table.

L’autorisation avait été envoyée depuis le compte professionnel de Julien. Le motif indiqué était une « vérification urgente de documents de communication ». Pourtant, Chloé n’avait aucune fonction qui justifiait l’accès à ces dossiers.

Julien fixa le papier.

— Mon assistante a pu utiliser mon compte.

— Nous vérifierons également cette possibilité, répondit la responsable juridique.

— Et l’homme qui l’a rencontrée ? demanda Thomas.

Malik consulta ses notes.

— Son badge a été utilisé par une personne qui n’avait pas l’autorisation de se trouver dans cette zone. Nous avons transmis les éléments aux avocats afin qu’ils soient remis aux autorités compétentes. Nous ne pouvons pas encore établir pourquoi il était présent ni ce qu’il a consulté.

Julien se leva.

— Cette réunion est terminée. Je ne répondrai pas à des accusations sans fondement.

— Vous pouvez partir, dit Camille. Mais votre accès aux archives et aux systèmes financiers est suspendu pendant l’audit. Les mesures seront réexaminées sur la base des faits, pas de nos liens familiaux.

Julien se tourna vers Thomas, espérant manifestement que celui-ci interviendrait.

Pendant quinze ans, Thomas avait été son allié. Il l’avait défendu devant son père, lui avait confié des responsabilités croissantes et avait parfois ignoré les remarques de Camille sur le manque de transparence de certaines opérations.

Cette fois, il resta assis.

Julien quitta la salle sans un mot.

Mais le plus surprenant restait à découvrir.

À midi, Chloé demanda à rencontrer Camille.

Elle se présenta accompagnée de son avocat et déposa sur la table une clé de stockage contenant des échanges professionnels, des photographies et des copies de messages.

— Je ne suis pas venue pour vous demander de me pardonner, dit-elle. Je veux que vous sachiez pourquoi cette photo a été publiée.

Camille ne toucha pas à la clé.

— Vous avez écrit que tout serait bientôt à vous. Que vouliez-vous dire ?

Chloé inspira profondément.

— Julien m’a demandé de me rapprocher de Thomas. Il disait que Thomas se méfiait de lui depuis que votre audit avait commencé. Il voulait savoir quels documents vous aviez examinés et si vous aviez trouvé l’enveloppe d’Henri Moreau.

Thomas se crispa.