— Je veux qu’il ne puisse plus jamais m’approcher comme ça. Et je veux continuer à travailler. Je ne veux pas qu’il me prenne aussi ça.

Bernard hocha la tête.

— Alors, nous allons commencer par te protéger. Le reste viendra ensuite.

Il ne publia aucun communiqué. Il ne convoqua aucun journaliste. Il ne menaça pas Adrien de représailles.

Ce jour-là, il choisit sa fille plutôt que le spectacle.

Et ce choix allait bientôt changer la suite des événements.

Le lendemain, le « Professeur » prit les devants

À 8 heures, le téléphone de Camille se mit à vibrer sans interruption.

Des messages de collègues. Des appels manqués. Des notifications de sites d’information.

Adrien avait parlé.

Un journaliste d’un magazine people affirmait que le couple traversait une crise conjugale et que Camille avait quitté le domicile sans prévenir son mari. Selon une source proche de l’ancien footballeur, elle souffrait d’une grande instabilité émotionnelle et aurait réagi de manière excessive à une dispute.

Un autre média annonçait qu’Adrien envisageait de demander une séparation et qu’il était « profondément inquiet pour son épouse ».

Aucune mention de ses mains autour de son cou.

Aucune mention des menaces.

Camille sentit son estomac se nouer.

— Il a déjà commencé, murmura-t-elle.

Son avocat, maître Delmas, lui demanda de ne pas répondre publiquement dans l’immédiat.

— Il essaie d’imposer sa version avant que vous ne puissiez raconter la vôtre. Ne vous laissez pas entraîner dans une bataille médiatique alors que votre sécurité et votre dossier doivent passer en premier.

Il lui expliqua que le message vocal pouvait être utile, mais qu’il fallait en préserver l’original, ses métadonnées et le contexte. Un enregistrement ne réglerait pas automatiquement toutes les questions juridiques, mais il pouvait constituer un élément à examiner avec les autres preuves.

Camille suivit ses conseils.

Elle sauvegarda le fichier sur un support sécurisé et en conserva plusieurs copies. Elle transmit une copie à son avocat, sans la diffuser sur Internet.

Pendant ce temps, Bernard reçut plusieurs appels de journalistes.

Certains lui demandaient s’il confirmait les rumeurs concernant sa fille. D’autres voulaient savoir si Adrien avait un problème de comportement.

Il répondit toujours la même chose :

— Ma fille est entourée et accompagnée. Je ne commenterai pas sa vie privée. Je vous demande de respecter son droit à la sécurité et à la dignité.

Un journaliste insista :

— Monsieur Morel, vous connaissez Adrien depuis des années. Pensez-vous qu’il soit capable de violence ?

Bernard marqua une pause.

— Je ne vais pas spéculer sur ce qu’il est capable de faire. Je sais ce que ma fille m’a confié et je prends ses paroles au sérieux. Le reste doit être établi dans le cadre approprié.

Cette réponse, sobre et prudente, contraria les médias qui espéraient une confrontation spectaculaire.

Mais elle protégeait Camille d’une exposition qu’elle n’avait pas choisie.

Adrien, lui, ne supportait pas de perdre le contrôle du récit.

Le soir même, il lui envoya un message.

« Tu as jusqu’à demain pour rentrer. Après ça, je ne pourrai plus empêcher les gens de découvrir la vérité sur toi. »

Camille lut ces mots plusieurs fois.

Autrefois, ils l’auraient poussée à s’excuser, à négocier, à chercher une manière de calmer son mari.

Cette fois, elle fit une capture d’écran et la transmit à son avocat.

Puis elle bloqua les appels directs d’Adrien, tout en conservant un canal sécurisé pour les communications nécessaires par l’intermédiaire de leurs conseils.

Ce geste lui parut minuscule.

Pourtant, lorsqu’elle posa son téléphone, elle se rendit compte qu’elle respirait un peu plus librement.

La femme derrière l’image parfaite

Les semaines suivantes furent difficiles.

Camille dut faire face à la peur, aux souvenirs et à l’incertitude professionnelle. Plusieurs producteurs hésitèrent à confirmer leurs projets avec elle. Certains ne répondaient plus à ses appels. D’autres lui adressaient des messages de soutien en privé, tout en refusant de prendre position publiquement.

Elle découvrit combien la réputation d’un homme célèbre pouvait peser sur les personnes qui dépendaient de son réseau.

Adrien n’avait pas besoin d’appeler chaque réalisateur pour la faire écarter. Il lui suffisait parfois de laisser entendre qu’elle était difficile, instable ou peu fiable.

Mais quelque chose avait changé : Camille ne traversait plus cette épreuve seule.

Son agent, qui travaillait avec elle depuis plusieurs années, finit par lui avouer qu’il avait reçu un appel d’Adrien lui demandant de « calmer les choses ».

— Je ne savais pas ce qui se passait chez vous, lui dit-il. Mais j’aurais dû te prévenir.

Camille lui répondit qu’elle apprécierait désormais que toute communication de ce type soit conservée et transmise à son avocat.

Elle ne voulait plus dépendre de promesses vagues.