De son côté, maître Delmas l’aida à examiner les éléments disponibles : le message vocal, les menaces écrites, les documents médicaux et les témoignages éventuels. Camille engagea les démarches nécessaires auprès des autorités compétentes et se renseigna sur les mesures de protection possibles.
Elle savait que tout ne serait ni rapide ni simple.
Elle savait aussi que son mari possédait des ressources financières, des relations et une image publique soigneusement construite.
Mais elle avait désormais une chose qu’il n’avait pas prévue : elle ne cherchait plus à le convaincre qu’il lui avait fait du mal.
Elle cherchait à se protéger et à faire examiner les faits.
Quelques mois plus tard, un producteur qu’elle connaissait depuis ses débuts lui proposa un rendez-vous.
— Je préfère être honnête, lui dit-il. J’ai entendu beaucoup de choses à ton sujet. Mais j’ai aussi travaillé avec toi pendant des années, et je veux me faire ma propre opinion.
Camille ne lui raconta pas toute sa vie. Elle ne lui demanda pas de prendre parti.
Elle parla de son travail, du rôle qu’il lui proposait et de ses conditions.
À la fin du rendez-vous, il lui tendit le scénario.
— Si tu es toujours intéressée, nous aimerions que tu passes les essais.
Elle sortit du bureau avec le texte sous le bras.
Dans la rue, elle s’arrêta un instant.
Elle n’avait pas gagné une bataille médiatique. Elle n’avait pas obtenu d’excuses. Elle ne savait toujours pas ce que les prochains mois lui réserveraient.
Mais quelqu’un venait de lui proposer un rôle pour ses compétences, et non pour son nom ou son mariage.
C’était un début.
Le message vocal n’était pas toute l’histoire
Le dossier suivit son cours. L’enregistrement fut examiné avec les autres éléments, et les menaces écrites contribuèrent à établir la chronologie des événements. Camille dut raconter plusieurs fois ce qu’elle avait vécu, ce qui raviva des souvenirs qu’elle aurait préféré laisser derrière elle.
Il n’y eut pas de résolution miraculeuse ni de condamnation instantanée.
Adrien contesta certaines affirmations et affirma que les enregistrements ne reflétaient pas l’ensemble de leur relation. Les conseils juridiques des deux parties échangèrent des documents, et les autorités compétentes examinèrent les éléments qui leur avaient été transmis.
Camille apprit à ne pas confondre chaque rumeur avec une preuve, ni chaque déclaration publique avec la vérité.
Elle comprit également que la justice ne pouvait pas lui rendre les mois passés dans la peur. Elle pouvait, en revanche, contribuer à établir les responsabilités et à encadrer la suite.
Bernard ne donna pas d’interview triomphante. Il refusa de transformer le vécu de sa fille en spectacle. Quand un journaliste lui demanda s’il comptait « faire tomber Adrien Valois », il répondit simplement :
— Ce n’est pas mon rôle. Mon rôle est d’être le père de Camille. Elle décidera elle-même de ce qu’elle souhaite raconter et de ce qu’elle veut préserver.
Cette phrase circula dans quelques médias.
Pour la première fois, Camille ne se sentit pas obligée de parler pour se défendre.
Elle pouvait choisir le silence sans être réduite au silence.
La nuance lui parut immense.
À 7 h 18, elle avait fui. Un an plus tard, elle choisissait où aller.
Un matin de printemps, Camille retrouva Nala endormie au pied de son lit, dans le petit appartement qu’elle louait désormais.
Elle ouvrit les rideaux. Le soleil éclairait les immeubles, les arbres et les voitures qui passaient dans la rue.
Son téléphone était posé sur la table.
Il ne contenait plus de dizaines d’appels manqués d’Adrien. Il n’y avait plus de messages lui demandant où elle se trouvait, avec qui elle parlait ou pourquoi elle n’avait pas répondu immédiatement.
Elle n’était pas devenue invulnérable. Certains bruits de pas dans un couloir lui faisaient encore peur. Une voix d’homme trop forte pouvait lui serrer la poitrine. Il lui arrivait de se réveiller en pleine nuit, persuadée qu’elle devait justifier son existence.
Elle se faisait accompagner pour traverser ces difficultés et réapprenait, petit à petit, à faire confiance à ses propres perceptions.
Elle avait repris le travail. Elle voyait ses parents quand elle le souhaitait. Elle promenait Nala sans regarder constamment derrière elle.
Un jour, Bernard lui demanda si elle regrettait d’être partie sans prévenir Adrien.
Camille réfléchit longtemps.
— Je regrette d’avoir attendu aussi longtemps avant de demander de l’aide. Mais je ne regrette pas d’être partie.
Son père lui prit la main.
— Tu n’avais pas à attendre que quelqu’un te croie pour avoir le droit de te protéger.
Elle regarda Nala courir dans l’herbe, sa laisse détendue entre ses doigts.
Pendant longtemps, Adrien lui avait fait croire que sa carrière, son nom et sa réputation lui appartenaient. Il avait transformé son succès en menace, ses relations en moyen de pression et son affection en condition à remplir.