Trois jours pour survivre… et découvrir qui attendait déjà son héritage

Le lendemain matin, Marc est revenu à l’hôpital avec une chemise cartonnée sous le bras.

— J’ai parlé à la spécialiste. Elle ne peut rien te promettre sans t’examiner, mais elle veut revoir les images et les analyses originales.

Je n’avais pas dormi. Chaque fois que je fermais les yeux, j’entendais Claire murmurer : « Encore trois jours… et tout sera enfin à moi. »

Je ne savais pas si mon état allait s’améliorer. Je savais seulement que je ne voulais plus laisser les autres décider de ce qui arriverait à ma vie pendant que j’étais encore capable de me battre.

Le médecin du service n’apprécia pas immédiatement l’idée d’un deuxième avis. Il craignait que les transferts de documents et les nouvelles consultations ne retardent la prise en charge. Marc insista pour que l’examen soit organisé sans interrompre les soins urgents.

Finalement, les deux équipes échangèrent les dossiers.

En début d’après-midi, une gastro-entérologue vint me voir. Elle s’appelait la docteure Delmas. Elle avait une voix calme et ne cherchait ni à me rassurer à tout prix ni à m’effrayer.

Elle examina mes résultats, demanda des précisions sur mes symptômes et fit reprendre certains examens.

— Monsieur Morel, votre situation est sérieuse. Je veux être très claire là-dessus. Mais les éléments dont nous disposons ne suffisent pas à conclure que vous êtes en fin de vie. Il faut préciser la nature de la lésion et comprendre l’origine de l’infection.

— Donc, je peux m’en sortir ?

— C’est possible. Mais je ne vais pas vous donner une promesse que les examens ne permettent pas encore de tenir.

Pour la première fois depuis mon admission, quelqu’un me parlait de mon avenir sans le considérer comme déjà terminé.

Les résultats complémentaires arrivèrent progressivement. Ils orientaient vers une collection liquidienne infectée près du pancréas, compatible avec un pseudokyste compliqué, plutôt que vers la maladie avancée que l’équipe avait initialement redoutée. Il restait des investigations à mener, mais une intervention était envisageable.

La docteure Delmas proposa un drainage adapté à la situation, accompagné d’un traitement anti-infectieux et d’une surveillance étroite.

Je signai les consentements nécessaires.

Puis je demandai à Marc de faire venir mon notaire.

Il me regarda avec inquiétude.

— Tu veux régler tes affaires maintenant ?

— Non. Je veux m’assurer que personne ne puisse les régler à ma place pendant que je suis ici.

Il acquiesça.

Je ne savais pas encore si je sortirais de cet hôpital. Mais je savais déjà que je ne rentrerais pas dans la même vie.

1. Claire voulait des réponses… mais pas les bonnes

Le soir même, Claire revint avec un bouquet de fleurs blanches.

Elle posa son sac sur la chaise, m’embrassa sur le front et s’assit près du lit.

— Comment tu te sens, mon amour ?

J’avais envie de lui demander si elle avait déjà choisi la musique pour mes obsèques. Je me retins.

— Un peu mieux. Les médecins ont demandé des examens supplémentaires.

Son sourire se figea une fraction de seconde.

— Pourquoi ? Ils ne t’avaient pas dit que c’était très grave ?

— Si. Mais ils veulent vérifier certaines choses avant de se prononcer.

Elle arrangea les fleurs dans un vase.

— Tu sais comment sont les médecins. Ils ne veulent jamais s’engager. Il faut aussi accepter les choses quand elles arrivent.

Je la regardai.

— Quelles choses, Claire ?

Elle se tourna vers moi.

— La maladie, Laurent. La vieillesse. On ne peut pas tout contrôler.

Elle avait prononcé ces mots avec la douceur d’une femme raisonnable. Pourtant, je remarquai qu’elle ne m’avait pas demandé ce que les nouveaux examens avaient révélé.

Elle voulait savoir si je survivrais, mais elle ne semblait pas vouloir connaître les détails qui auraient pu lui donner de l’espoir.

— Marc est passé, lui dis-je.

Elle se raidit.

— Encore lui ?

— Il m’a aidé à obtenir un deuxième avis.

Elle reposa le vase un peu trop brusquement.

— Laurent, tu es épuisé. Tu n’as pas besoin de te laisser influencer par quelqu’un qui n’est pas médecin.

— La spécialiste est médecin.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire.

Je laissai le silence s’installer.

Elle finit par prendre ma main.

— Je veux simplement te protéger.

Je pensai à l’Alpine, à la maison d’Écully et à la conversation qu’elle croyait que je n’avais pas entendue.

Puis je lui posai une question toute simple :

— Si les médecins me disent que je peux guérir, qu’est-ce que tu feras ?

Elle me fixa.

— Quelle question absurde !

— Réponds-moi.

Elle retira doucement sa main.

— Je serai heureuse, évidemment.

Elle prononça cette phrase sans me regarder.