Les deux policiers prirent le papier qu’Élodie leur tendait.

Le plus âgé, un capitaine aux cheveux grisonnants, le déplia lentement. Il lut le numéro, puis la phrase écrite de la main tremblante de Madeleine.

« Le tiroir d’Henri est fermé. »

Il releva les yeux.

— Madame Delmas, connaissez-vous Maître Étienne Roche ?

Pour la première fois depuis son arrivée à la clinique, Madeleine sentit une lueur d’espoir.

— Oui, murmura-t-elle. C’était le notaire de mon mari. Il nous a accompagnés pendant plus de vingt ans.

Claire intervint aussitôt.

— Ma mère confond les choses. Elle a toujours eu une imagination débordante depuis le décès de mon père. Ce papier ne signifie rien.

Le capitaine ne lui répondit pas.

— Madame Delmas, je vais vous poser une question. Souhaitez-vous que votre fille quitte cette pièce ?

Madeleine regarda Claire.

Pendant une seconde, elle revit la petite fille qu’elle avait tenue contre elle lorsqu’elle avait de la fièvre, celle qui s’endormait autrefois la tête sur ses genoux. Elle se souvint des premiers pas de Claire dans le jardin, de ses dessins accrochés sur le réfrigérateur et des nuits passées à son chevet lorsqu’elle était enfant.

Comment une mère pouvait-elle accepter que la personne qu’elle avait le plus aimée devienne celle qu’elle craignait le plus ?

Puis elle sentit la douleur dans ses côtes.

— Oui, répondit-elle. Je veux qu’elle sorte.

Le sourire de Claire disparut.

— Maman, tu ne sais pas ce que tu dis !

Le second policier s’interposa calmement.

— Madame, veuillez nous accompagner dans le couloir.

— Mais je suis sa fille !

— Nous avons entendu. Pour le moment, nous souhaitons simplement parler à votre mère seule.

Claire lança un regard furieux à Madeleine avant de quitter la pièce.

Dès que la porte se referma, les larmes de la vieille femme coulèrent sans qu’elle puisse les retenir.

— Je vous en prie, ne me laissez pas rentrer chez moi.

Le capitaine tira une chaise et s’assit près d’elle.

— Vous ne retournerez pas dans un endroit où vous ne vous sentez pas en sécurité. Nous allons d’abord comprendre ce qui se passe.

Madeleine lui raconta tout.

La disparition de son téléphone. Le renvoi de Sylvie. L’éloignement de Françoise. Les médicaments qui avaient changé. Les documents qu’on lui avait fait signer. Les menaces, les cris et les blessures.

Elle raconta aussi la phrase entendue dans le salon : « Elle est déjà persuadée qu’elle perd la mémoire. »

À mesure qu’elle parlait, le visage du capitaine se fermait.

— Avez-vous encore des médicaments chez vous ?

— Oui. Dans la salle de bains. Mais je ne sais plus exactement lesquels sont les miens.

— Et les documents que vous avez signés ?

— Julien les garde dans son bureau. Il dit que ce sont des papiers administratifs.

Le policier échangea un regard avec son collègue.

— Nous allons faire les choses dans l’ordre. Le médecin va examiner vos blessures et vérifier votre traitement. Ensuite, nous prendrons les mesures nécessaires pour assurer votre protection.

Madeleine hocha la tête.

Puis elle ajouta quelque chose qui fit soudain changer l’expression du capitaine.

— Il y a aussi le tiroir de mon mari.

— Quel tiroir ?

— Henri avait un petit bureau dans notre ancienne chambre. Il possédait un tiroir fermé à clé. Il m’avait dit que si quelqu’un essayait un jour de me faire signer des documents que je ne comprenais pas, je devais contacter Maître Roche. Le notaire saurait quoi faire.

— Savez-vous ce qu’il y a dedans ?

Madeleine secoua la tête.

— Non. Henri m’avait simplement dit : « Tu n’auras peut-être jamais besoin de l’ouvrir. Mais si tu en as besoin, il faudra le faire avant qu’il ne soit trop tard. »

Le capitaine se leva.

— Je crois que nous devrions appeler ce notaire.

Le secret qu’Henri avait laissé derrière lui

Deux heures plus tard, Madeleine était installée dans une chambre de l’hôpital, sous surveillance médicale.

Les examens avaient révélé plusieurs côtes fêlées, des ecchymoses d’âges différents et une blessure au poignet qui ne correspondait pas à une simple chute, selon le médecin. L’équipe médicale avait également relevé des éléments justifiant une vérification approfondie de son traitement.

Le médecin ne prétendit pas savoir immédiatement ce qui s’était passé. Il demanda des analyses et conserva les emballages des médicaments que Madeleine avait apportés avec elle.

Pendant ce temps, le capitaine reçut un appel.

— Maître Roche ? Ici le capitaine Morel. Nous sommes avec Madame Madeleine Delmas. Elle nous a parlé d’un tiroir appartenant à son défunt mari.

Un silence se fit à l’autre bout du fil.

— Est-ce qu’elle est en sécurité ? demanda le notaire.

— Oui. Pour l’instant.