— Alors écoutez-moi attentivement. Je vais venir à l’hôpital. Mais avant cela, je dois vous dire une chose : Henri Delmas m’avait demandé de conserver certains documents et de ne les communiquer à sa femme que dans des circonstances très précises.

Le capitaine se redressa.

— Quelles circonstances ?

— Il craignait qu’après sa mort, quelqu’un essaie de profiter de la vulnérabilité de Madeleine. Il ne m’avait jamais donné de nom. Il ne voulait accuser personne sans preuve. Mais il avait pris ses précautions.

Une heure plus tard, Maître Roche entra dans la chambre, une serviette en cuir à la main.

C’était un homme de soixante-dix ans, élégant, au regard calme. En voyant Madeleine, il s’arrêta près de la porte.

— Madeleine…

Elle éclata en sanglots.

— Étienne, je suis désolée. Je n’ai pas compris ce qui se passait. Je pensais que Claire voulait simplement m’aider.

Le notaire s’approcha et lui prit doucement la main.

— Vous n’avez pas à vous excuser. Faire confiance à sa propre fille n’est pas une faute.

Il posa sa serviette sur la table.

— Henri m’a remis plusieurs documents quelques mois avant sa mort. Il m’a demandé de les conserver et de vérifier régulièrement que ses volontés étaient respectées.

Le capitaine sortit un carnet.

— Quelles volontés ?

Maître Roche ouvrit sa serviette.

Il en sortit une copie d’un acte notarié, plusieurs relevés de comptes et une lettre manuscrite.

— Premièrement, la maison appartient exclusivement à Madeleine. Elle lui avait été attribuée dans le cadre de leur régime matrimonial et les actes de propriété le confirment. Les locaux commerciaux sont également à son nom, sous réserve des droits successoraux qui ont été réglés après le décès d’Henri.

Il tourna une page.

— Deuxièmement, Henri avait organisé ses comptes de manière à ce qu’aucune procuration ne puisse, à elle seule, autoriser la vente de la maison ou le transfert de la totalité de ses placements. Il avait même demandé à la banque de signaler toute opération inhabituelle.

Le capitaine fronça les sourcils.

— Pourtant, sa fille affirme gérer les affaires de sa mère.

— C’est justement le problème. Une procuration bancaire n’est pas un transfert de propriété. Elle ne donne pas le droit de s’approprier les biens de la personne qui l’a accordée.

Madeleine ferma les yeux.

Elle avait donc eu raison de s’inquiéter.

Mais ce n’était pas encore le plus important.

Le notaire déplia la lettre d’Henri.

— Il y a autre chose. Henri avait découvert, peu avant sa mort, que plusieurs documents concernant le patrimoine familial avaient été consultés par une personne extérieure à son étude. Il n’avait pas suffisamment d’éléments pour comprendre pourquoi. Il m’avait demandé de conserver les preuves et de rester vigilant.

— Quelle personne ? demanda le capitaine.

Maître Roche posa un doigt sur une ligne d’un ancien courrier.

Le nom de Julien y figurait.

Madeleine sentit son estomac se nouer.

— Julien ?

— Il avait contacté mon étude pour obtenir des renseignements sur les biens de votre mari, expliqua le notaire. À l’époque, il prétendait préparer une organisation administrative pour vous faciliter la vie. J’avais refusé de lui transmettre des informations confidentielles sans votre autorisation.

Le capitaine se pencha sur le document.

— Et après le décès de Monsieur Delmas ?

— Julien a essayé de me joindre à deux reprises. Puis Claire m’a appelé pour m’expliquer que sa mère commençait à perdre la mémoire et qu’elle souhaitait prendre en charge ses affaires.

Madeleine porta la main à sa bouche.

— Ils avaient déjà prévu tout cela ?

— Je ne peux pas affirmer à quel moment leur intention a changé, répondit le notaire. Mais Henri avait anticipé le risque que quelqu’un tente de prendre le contrôle de vos biens.

Il ouvrit enfin la lettre.

L’écriture d’Henri était reconnaissable entre toutes, avec ses grandes lettres légèrement inclinées.

Maître Roche lut à voix haute :

« Si Madeleine se retrouve un jour isolée, si elle n’a plus librement accès à son téléphone, à ses amis ou à ses comptes, alors ne considérez pas cela comme une simple dispute familiale. Vérifiez que personne ne l’empêche de décider pour elle-même.

Ma femme a passé sa vie à prendre soin des autres. Elle pourrait accepter des choses injustes simplement parce qu’elle ne voudrait pas faire de peine à ceux qu’elle aime.

Si elle vous demande de l’aide, croyez au moins sa peur suffisamment pour l’écouter. »

Madeleine se mit à pleurer plus fort.

Henri avait compris qu’elle risquait de s’effacer pour préserver la paix familiale.

Mais il n’avait pas pu prévoir que cette peur viendrait de leur propre fille.

La découverte dans la maison

Le lendemain matin, les policiers se présentèrent au domicile de Madeleine avec les autorisations nécessaires à leurs vérifications.

Claire et Julien s’y trouvaient encore.