Lorsqu’ils virent les enquêteurs, Claire pâlit.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

Le capitaine Morel lui présenta les documents justifiant leur intervention.

— Nous enquêtons sur des faits susceptibles de constituer des violences sur personne vulnérable, ainsi que sur de possibles abus de confiance et irrégularités financières. Nous allons examiner certains documents et médicaments dans le cadre de la procédure.

Julien tenta de garder son calme.

— C’est absurde. Madame Delmas est tombée. Nous l’avons accompagnée à l’hôpital. Nous sommes les seuls à nous occuper d’elle.

— Alors vous pourrez expliquer les faits et fournir les justificatifs nécessaires, répondit le capitaine.

Les policiers commencèrent leurs vérifications.

Dans la salle de bains, ils retrouvèrent plusieurs boîtes de médicaments, dont certaines ne correspondaient pas à l’ordonnance habituelle de Madeleine. Les enquêteurs les firent examiner par les professionnels compétents afin de déterminer leur nature et les conditions dans lesquelles ils avaient été administrés.

Dans le bureau de Julien, ils découvrirent des dossiers contenant des copies de relevés bancaires, des formulaires de procuration et des échanges avec un conseiller financier.

Plusieurs documents portaient la signature de Madeleine.

Mais d’autres éléments attirèrent leur attention : des courriels évoquant la possibilité de faire constater une altération de ses facultés, des notes sur la valeur des biens immobiliers et un projet de cession de l’un des locaux commerciaux.

Un fichier contenait même une estimation de la somme qu’ils pourraient récupérer si les biens étaient vendus.

Le capitaine demanda :

— Pourquoi avez-vous préparé ces documents sans que Madame Delmas en soit informée ?

Julien haussa les épaules.

— Nous envisagions simplement différentes possibilités.

— Et pourquoi avez-vous écrit : « Il faut obtenir la procuration avant qu’elle ne change d’avis » ?

Julien resta silencieux.

Claire se mit à parler plus vite.

— C’est sorti de son contexte ! Nous voulions seulement éviter que ma mère prenne de mauvaises décisions. Elle est seule, elle ne comprend plus les questions d’argent…

L’un des policiers posa alors sur le bureau une feuille imprimée.

Il s’agissait d’un échange de messages entre Claire et Julien.

La date remontait à plusieurs semaines.

Claire avait écrit :

« Si le médecin confirme qu’elle perd la mémoire, personne ne pourra contester ce qu’on fera ensuite. »

Julien avait répondu :

« Il faut surtout qu’elle continue à croire qu’elle ne se souvient de rien. »

Cette fois, Claire ne trouva aucune explication.

Mais la découverte la plus troublante se trouvait dans une chemise bleue, au fond d’un tiroir verrouillé.

Elle contenait une ébauche de dossier médical rédigée à partir de notes personnelles, sans validation médicale. Plusieurs passages décrivaient Madeleine comme confuse, instable et incapable de gérer seule ses biens.

Le document semblait destiné à convaincre un professionnel qu’une mesure de protection juridique devait être envisagée.

Pour les enquêteurs, il ne s’agissait pas encore d’une preuve suffisante pour conclure à une stratégie concertée. Mais rapprochés des messages, des documents financiers et des témoignages, ces éléments justifiaient des investigations approfondies.

Puis un policier appela le capitaine depuis le garage.

— Chef, il faut que vous veniez voir ça.

Derrière une armoire métallique se trouvait une petite boîte contenant des papiers et une clé.

La clé correspondait au tiroir du bureau d’Henri.

À l’intérieur, les policiers découvrirent des copies de courriers bancaires, des documents relatifs aux biens immobiliers et une enveloppe portant cette mention :

« À ouvrir uniquement si Madeleine n’est plus libre de ses décisions. »

Le capitaine ouvrit l’enveloppe en présence des personnes habilitées.

Elle contenait notamment une lettre d’Henri décrivant ses inquiétudes concernant certaines demandes de renseignements patrimoniaux formulées avant sa mort, ainsi que les coordonnées de plusieurs professionnels susceptibles de confirmer les opérations financières antérieures.

Mais il y avait aussi une feuille plus récente.

Une liste de virements.

Les premiers semblaient correspondre à des dépenses courantes. Les suivants étaient beaucoup plus importants.

Des sommes avaient été transférées vers un compte dont Julien était titulaire ou bénéficiaire.

Au total, les opérations identifiées représentaient plusieurs dizaines de milliers d’euros.

L’origine de chaque transfert et l’existence éventuelle d’autorisations valables restaient à vérifier. Pourtant, un détail était particulièrement inquiétant : certains virements avaient été réalisés après que Madeleine eut commencé à perdre l’accès à ses moyens de communication.

Le capitaine releva la tête.

— Nous avons maintenant des éléments précis à examiner.

Dans la cuisine, Claire s’était assise.

Elle semblait soudain plus petite.

Julien, lui, exigeait un avocat.

Les policiers ne procédèrent pas à une arrestation spectaculaire devant les voisins. Ils poursuivirent les auditions, saisirent les documents utiles et transmirent les éléments aux autorités judiciaires compétentes.

L’enquête venait de changer de dimension.

Le visage derrière le mensonge

À l’hôpital, Madeleine apprit les découvertes au cours d’un entretien avec le capitaine et Maître Roche.

Elle resta longtemps silencieuse.