— Devant les serveurs, les administrateurs et des gens qui ne connaissent même pas toute l’histoire ?

Thomas se pencha vers elle.

— Tu n’as pas beaucoup d’options.

Claire eut un sourire sans joie.

— C’est ce que tu crois.

Elle repoussa le stylo.

— Je ne signerai rien ce soir.

Ce que Thomas avait caché

Thomas perdit son sourire.

— Très bien. Dans ce cas, demain, tout le monde saura que tu t’accroches à ton fauteuil de dirigeante alors que tu n’es plus capable d’assumer tes responsabilités.

— Tu parles de mon fauteuil roulant ou de celui de directrice générale ?

Le silence qui suivit fut si profond que l’on entendit la pluie frapper les fenêtres.

— Ne joue pas sur les mots, lança Thomas.

— C’est pourtant toi qui les as choisis. Tu as écrit que mon handicap faisait de moi un risque pour l’entreprise. Tu as demandé à nos invités de me traiter comme une personne incapable de prendre ses décisions. Et tu me demandes maintenant de signer un accord de silence.

Elle leva la chemise grise.

— Pourquoi aurais-je besoin de me taire si tu n’as rien à cacher ?

Thomas se tourna vers Bernard.

— Vous voyez ce que je veux dire ? Elle transforme tout en affrontement.

Bernard ne répondit pas.

Claire ouvrit alors un tiroir de son sac et en sortit une petite clé USB.

— Sophie, appelez Maître Delcourt. Demandez-lui de nous rejoindre par visioconférence. Et transmettez-lui les documents que je vous ai envoyés mardi.

Thomas se figea.

— Quels documents ?

— Ceux concernant les dépenses commerciales, les contrats de conseil et les transferts effectués par la filiale lyonnaise.

Un des administrateurs releva brusquement la tête.

Depuis six mois, Claire avait demandé plusieurs fois des explications sur des factures inhabituelles. Des prestations de conseil avaient été facturées par des sociétés nouvellement créées, tandis que certains contrats commerciaux présentaient des commissions supérieures aux pratiques habituelles. Les réponses fournies par Thomas étaient vagues, mais elle n’avait pas voulu accuser son frère sans preuves.

Elle avait demandé un examen indépendant.

— Tu as fait auditer mes comptes ? s’exclama Thomas.

— Les comptes d’Asteria Tech ne t’appartiennent pas.

— Tu me surveilles depuis des mois ?

— Je vérifie des dépenses que tu refuses d’expliquer.

Bernard se redressa.

— Claire, pourquoi le conseil n’a-t-il pas été informé de cet audit ?

— Parce que je voulais d’abord vérifier les faits et éviter d’accuser quelqu’un à tort. Mais l’examen a révélé des incohérences qui doivent être clarifiées.

Elle posa la clé USB sur la table.

— Je ne sais pas encore si elles résultent d’erreurs, de négligences ou d’actes intentionnels. C’est précisément pour cela que j’ai demandé une vérification indépendante.

Thomas regarda la clé comme si elle venait de prendre feu.

— Tu ne comprends pas ce que tu fais. Si tu lances cette procédure, tu vas détruire ta propre entreprise.

— Si des irrégularités ont été commises, c’est elles qui menacent l’entreprise. Pas le fait de les examiner.

L’homme qui n’était pas invité

Pendant que Sophie préparait la visioconférence, Julien s’approcha discrètement de Claire.

— Madame Morel, je peux vous laisser avec votre équipe. Nous ne voulons pas nous imposer.

Claire se tourna vers lui.

— Vous n’avez pas à partir parce que mon frère vous regarde de travers.

— Je ne veux pas vous attirer d’ennuis.

— Vous m’avez offert une présence quand les personnes que j’attendais ont choisi de rester chez elles. Vous n’êtes pas un ennui.

Lina s’avança timidement.

— Vous voulez que je pose mon dessin près du gâteau ?

Claire sourit.

— Oui. J’aimerais beaucoup.

L’enfant posa la feuille sur la table centrale, juste devant les quarante bougies.

Pour la première fois de la soirée, Claire regarda le gâteau sans avoir envie de détourner les yeux.

— Quel âge as-tu, Lina ?

— Onze ans.

— Et tu sais déjà qu’on peut faire plaisir à quelqu’un sans lui acheter quelque chose.

Julien baissa les yeux, touché.

— Sa mère lui disait toujours qu’un cadeau n’avait de valeur que si on avait pensé à la personne avant de le choisir.

Claire regarda le dessin.

— Elle avait raison.

Thomas soupira bruyamment.

— Nous sommes en train de parler d’un gâteau et d’un dessin alors que l’avenir de l’entreprise est en jeu !

Julien se retourna vers lui.

— Justement. Si l’avenir d’une entreprise dépend du fait qu’on puisse humilier sa dirigeante sans qu’elle proteste, il y a peut-être autre chose à examiner que son état de santé.

Cette fois, même Sophie eut du mal à retenir un sourire.

La réunion qui changea tout

À 20 h 15, l’avocate de Claire apparut sur l’écran installé près du buffet.