Le policier s’approcha de Geneviève.

— Madame, éloignez-vous de la victime et gardez les mains bien visibles.

Geneviève recula d’un pas.

— Vous ne pouvez pas m’arrêter sur la base d’une vidéo sortie de son contexte ! Cette femme est ma belle-fille. Je voulais seulement l’aider !

Le secouriste qui s’occupait de Claire leva brièvement les yeux.

— Alors vous avez une drôle de façon d’aider quelqu’un qui ne peut plus respirer.

Un second équipage du SAMU venait d’arriver. Claire était désormais sous oxygène, mais son visage demeurait gonflé et sa respiration irrégulière. Les secouristes préparaient son transfert à l’hôpital.

Julien se tourna vers le policier.

— Écoutez, il y a forcément une explication. Ma mère est âgée, elle est bouleversée. Elle a pu dire des choses qu’elle ne pensait pas.

— Vous venez de déclarer que votre épouse avait probablement mangé quelque chose par accident, répondit le policier. Vous saviez qu’elle était allergique. Avez-vous vu ce qu’elle a mangé ce matin ?

Julien ouvrit la bouche.

Aucun son n’en sortit.

— Je vous repose la question, insista l’agent. Avez-vous vu votre épouse manger quelque chose ?

— Non, mais…

— Alors pourquoi avez-vous affirmé qu’elle avait probablement mangé un aliment auquel elle était allergique ?

Julien baissa les yeux.

À cet instant, son téléphone vibra dans sa poche.

Un policier lui demanda de ne pas le toucher et de le laisser en place. L’appareil ne serait pas saisi sans fondement juridique approprié, mais les enquêteurs pourraient examiner les éléments pertinents dans le cadre de la procédure.

Geneviève, elle, avait retrouvé son aplomb.

— Cette caméra ! C’est une violation de notre intimité ! Je vais porter plainte contre cette maison, contre son installation et contre tous ceux qui ont participé à ce complot !

Le policier la regarda sans hausser la voix.

— Vous pourrez faire valoir vos arguments par l’intermédiaire de votre avocat. Pour l’instant, nous devons comprendre ce qui s’est passé.

Il se tourna vers son collègue.

— Prévenez l’officier de police judiciaire. Et demandez que les enregistrements soient préservés sans modification.

Puis il ajouta, en regardant Julien :

— Les déclarations que nous venons d’entendre sont particulièrement préoccupantes. Nous allons devoir vous entendre tous les deux séparément.

À l’hôpital, Claire passa les premières heures entre examens, surveillance respiratoire et traitements destinés à stabiliser sa réaction allergique.

Lorsqu’elle reprit pleinement conscience, le monde lui sembla irréel.

Une lumière blanche au plafond.

Le bip régulier d’un moniteur.

Une douleur à l’épaule, là où le thé brûlant avait atteint sa peau.

Et cette sensation persistante d’avoir frôlé quelque chose qu’elle ne parvenait pas encore à nommer.

La mort, peut-être.

Ou la vérité.

Une infirmière lui expliqua qu’elle avait été prise en charge rapidement grâce à l’alerte d’urgence et à l’arrivée des secours. Les médecins ne pouvaient pas encore lui garantir qu’elle n’aurait aucune complication, mais son état s’était stabilisé.

Claire ferma les yeux.

Elle pensa à son père, qui lui avait appris à vérifier deux fois chaque chiffre important. À sa mère, qui lui répétait que la prudence n’était pas de la méfiance, mais une façon de prendre soin de soi.

Puis elle pensa à Julien.

Pendant quatre ans, elle avait défendu son mari contre les soupçons des autres. Elle avait expliqué ses absences, excusé ses silences et accepté ses assurances parce qu’elle voulait croire qu’ils formaient une équipe.

Mais ce matin-là, alors qu’elle gisait sur le sol, il avait regardé la tasse avant de regarder son visage.

Elle ne savait pas encore ce que cela signifiait exactement.

Elle savait simplement qu’elle ne pourrait plus jamais faire comme si elle ne l’avait pas vu.

Un médecin entra dans la chambre, accompagné d’une femme qui se présenta comme une policière chargée de recueillir sa première déclaration, lorsque son état le permettrait.

— Nous ne sommes pas obligés de parler maintenant, précisa-t-elle. Votre santé passe d’abord. Je voudrais seulement vous informer que votre belle-mère et votre mari ont été conduits au commissariat pour être entendus. Leur situation juridique sera déterminée par les autorités compétentes au fur et à mesure de l’enquête.

Claire acquiesça.

— Est-ce que vous avez les images ?

— Les premières données transmises par le système de sécurité ont été préservées. Les enquêteurs doivent encore vérifier l’intégrité des fichiers, leur origine et les circonstances exactes de leur transmission. Nous avons également demandé la conservation des images enregistrées localement.

Claire tourna lentement la tête.

— On entend tout ?

La policière hésita avant de répondre.

— Sur le flux reçu par le centre de télésurveillance, oui, plusieurs échanges sont audibles. Nous devons encore établir la chronologie complète.

Claire regarda ses mains.

— Elle a parlé de l’assurance.

— Oui.

— Et des dettes.

— Oui.

Claire inspira avec précaution.

— Alors vous devez regarder les comptes de Beaumont Industries.