Les policiers photographièrent les lieux et firent préserver les éléments matériels utiles. Ils cherchèrent notamment à savoir si le geste avait été volontaire, quelles blessures il avait causées et si la théière avait été utilisée pour autre chose que le service du thé.
Julien affirma d’abord qu’il avait découvert la scène en descendant l’escalier.
Il soutint qu’il n’avait jamais demandé à sa mère de faire du mal à Claire.
Mais les enquêteurs ne se contentèrent pas de cette déclaration.
Ils s’intéressèrent aux échanges entre Julien et Geneviève, aux communications relatives à l’assurance et aux mouvements financiers susceptibles d’expliquer le montant de 4,5 millions d’euros.
Les éléments disponibles ne permettaient pas encore d’affirmer que Julien avait ordonné l’agression. En revanche, ses propres décisions financières, les informations dont il disposait et son comportement pendant les faits devaient être examinés avec attention.
Quant à Geneviève, elle finit par changer plusieurs fois de version.
Elle avait d’abord affirmé que Claire s’était sentie mal spontanément.
Puis elle avait soutenu que la jeune femme avait provoqué elle-même l’incident pour lui nuire.
Enfin, confrontée à la chronologie des images, elle déclara qu’elle avait voulu « faire peur » à sa belle-fille, sans jamais avoir l’intention de la tuer.
Les enquêteurs cherchèrent à déterminer si cette dernière explication était compatible avec les paroles enregistrées, les gestes observés et les autres éléments du dossier.
Aucune version ne serait retenue simplement parce qu’elle avait été prononcée avec assurance.
Trois semaines plus tard, Claire put quitter l’hôpital.
Elle avait encore besoin de soins et de repos. Les médecins lui avaient expliqué que la récupération après une réaction allergique aussi sévère exigeait de la prudence. Elle devait conserver ses médicaments d’urgence accessibles, suivre les recommandations de son allergologue et éviter toute exposition dont l’origine n’aurait pas été clarifiée.
Sophie l’accompagna dans son appartement temporaire.
Claire n’avait pas souhaité retourner immédiatement dans la maison de Neuilly. Même si les lieux étaient désormais sécurisés et que les autorités avaient effectué leurs constatations, elle ne se sentait pas capable de franchir à nouveau la porte du salon.
Dans l’entrée, Sophie posa une petite boîte sur la console.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Claire.
— Tes affaires personnelles. Elles ont été récupérées conformément aux modalités convenues avec les personnes chargées du dossier.
À l’intérieur se trouvaient son passeport, quelques bijoux, des photographies de ses parents et un carnet à couverture bleue.
Claire prit le carnet.
C’était celui dans lequel elle notait ses idées lorsqu’elle avait besoin de réfléchir sans écran.
Elle l’ouvrit au hasard.
Sur une page, elle avait écrit plusieurs mois auparavant :
« Je ne veux pas avoir raison contre mon mari. Je veux simplement que nous puissions nous dire la vérité sans avoir peur de ce qu’elle va changer. »
Claire referma le carnet.
Cette phrase lui fit plus mal que les souvenirs du salon.
Elle n’avait pas cherché à gagner contre Julien. Elle avait cherché à sauver leur mariage, jusqu’au moment où sauver ce mariage aurait signifié se trahir elle-même.
Sophie s’assit près d’elle.
— Tu n’es pas obligée de te sentir forte tous les jours.
— Je ne me sens pas forte.
— Tu n’as pas besoin de l’être tout le temps. Tu as besoin de continuer à recevoir de l’aide et de prendre les décisions une par une.
Claire posa sa tête contre le dossier du canapé.
— Tu sais ce qui me fait le plus peur ?
— Quoi ?
— Ce n’est pas ce que Geneviève a fait. C’est de me demander depuis combien de temps Julien savait que sa mère me détestait à ce point.
Sophie ne répondit pas immédiatement.
— Nous ne pouvons pas encore savoir tout ce qu’il savait, dit-elle enfin. Et tu n’as pas à combler les blancs avec les hypothèses les plus douloureuses. Les enquêteurs feront leur travail. Toi, tu peux te concentrer sur ce que tu sais déjà : tu n’as pas consenti à ce qui t’est arrivé, et tu as le droit de te protéger.
Claire hocha la tête.
Pour l’instant, cela suffisait.
Quelques mois plus tard, l’affaire prit un nouveau tournant.
Les vérifications financières révélèrent que Beaumont Industries avait subi des pertes importantes à la suite d’opérations conclues avec plusieurs intermédiaires. Certaines prestations facturées n’avaient pas pu être justifiées par des documents suffisants. D’autres transferts soulevaient des questions sur les bénéficiaires effectifs des sociétés concernées.
Les autorités cherchèrent à établir si ces opérations relevaient d’une gestion imprudente, d’une fraude organisée ou d’un mélange des deux.
Julien fut entendu sur ses décisions et sur les informations dont il disposait. Les enquêteurs examinèrent également les communications pertinentes avec Geneviève, sans présumer que la connaissance des difficultés financières impliquait automatiquement une participation à l’agression.
Geneviève, de son côté, dut répondre des éléments matériels et des paroles enregistrées lors de l’incident. La procédure suivit son cours, avec les expertises et les auditions nécessaires.