— Les jours sont devenus des semaines. Je n’avais plus mon téléphone. On me déposait parfois du pain, de l’eau ou une soupe froide par l’ouverture. Certains jours, personne ne venait.

Sa voix se brisa.

— J’ai appelé. J’ai frappé contre les murs. J’ai essayé d’ouvrir la porte. Mais j’étais trop faible.

Thomas prit doucement sa main.

— Pourquoi ne m’as-tu pas parlé plus tôt ? Même avant qu’ils prennent ton téléphone ?

Madeleine le regarda avec une tendresse douloureuse.

— Parce que je ne voulais pas te détourner de ta vie. Tu travaillais dur. Tu avais construit quelque chose là-bas. Et Claire était la fille que j’avais élevée. Je pensais qu’elle finirait par retrouver la raison.

Elle inspira.

— Je me suis trompée, mon garçon.

Thomas sentit ses yeux se remplir de larmes.

— Ce n’est pas à toi de t’excuser.

Il resta près d’elle jusqu’à ce que le médecin lui demande de la laisser se reposer.

En sortant, il croisa Sophie dans le couloir.

— Elle est prête à témoigner, dit-il.

Sophie hocha la tête.

— Nous organiserons cela lorsqu’elle sera suffisamment rétablie, avec les précautions nécessaires. Pour le moment, elle a surtout besoin de soins et de sécurité.

Elle marqua une pause.

— Et nous avons une autre information.

Thomas se redressa.

— Laquelle ?

— Le notaire qui avait reçu les premiers documents a confirmé qu’un dossier de vente avait été ouvert. Il n’a pas encore signé d’acte définitif. Il a toutefois suspendu le traitement du dossier après avoir relevé des incohérences dans le mandat et demandé des vérifications supplémentaires.

Thomas ferma les yeux de soulagement.

La maison et les terres n’étaient pas encore vendues.

Mais quelqu’un avait déjà essayé de les mettre sur le marché en utilisant des documents contestés.

Le lendemain, Thomas se rendit dans la commune avec Sophie et un officier de police.

Ils ne cherchèrent pas à pénétrer dans la maison de Madeleine pour fouiller les affaires de Claire et Julien. L’objectif était de faire constater l’état des lieux, de préserver les éléments utiles et de remettre les informations disponibles aux enquêteurs.

La chaîne avait été conservée.

Les planches fixées sur les volets étaient toujours en place.

À l’intérieur, les policiers relevèrent les conditions dans lesquelles Madeleine avait vécu et photographièrent les éléments susceptibles d’étayer les déclarations recueillies.

Un technicien examina la porte, le dispositif de fermeture et les traces laissées sur le bois.

Oslo, confié temporairement à une association locale pour recevoir des soins, ne se trouvait pas dans la maison.

Thomas resta quelques minutes devant le matelas souillé.

Il avait quitté cette maison sept ans auparavant en croyant que sa mère y vivrait paisiblement jusqu’à ce qu’elle décide de le rejoindre au Canada.

Il avait envoyé de l’argent pour lui permettre de rester chez elle.

Il avait fait confiance à sa nièce parce qu’il croyait que l’affection qu’ils partageaient pour Madeleine suffirait à la protéger.

Cette confiance avait été utilisée contre elle.

Un policier s’approcha.

— Monsieur Delmas, nous allons avoir besoin de tous les justificatifs de vos virements, ainsi que des messages échangés avec votre nièce concernant la prise en charge de votre mère.

— Je les ai.

— Ne modifiez rien. Conservez les originaux, les historiques et les relevés. Nous vous indiquerons comment les transmettre.

Thomas acquiesça.

Sophie ajouta :

— Nous demanderons également au notaire de préserver l’ensemble des pièces du dossier immobilier. Les documents devront être examinés par des spécialistes afin de déterminer si certaines signatures ou attestations ont été falsifiées.

L’enquête s’orientait désormais vers plusieurs questions distinctes : les conditions de privation de liberté de Madeleine, les soins qui lui avaient été refusés, l’utilisation des sommes envoyées par Thomas et les circonstances dans lesquelles le dossier immobilier avait été constitué.

Il ne fallait pas tout confondre.

Mais il ne fallait rien négliger.

Trois jours plus tard, Claire se présenta à l’hôpital.

Elle portait un manteau beige et tenait un bouquet de fleurs blanches.

Lorsqu’elle aperçut Thomas dans le couloir, elle s’arrêta net.

— Je veux voir tante Madeleine.

Thomas se plaça devant la porte.

— Pourquoi ?

Claire fronça les sourcils.

— Parce que c’est ma tante. Parce que je l’aime.

Il la regarda longuement.

— Tu l’aimais suffisamment pour la laisser enfermée derrière une porte enchaînée ?

Le visage de Claire se crispa.

— Tu ne comprends pas ce qui s’est passé.

— Alors explique-le-moi.

Elle jeta un regard vers les infirmières qui passaient dans le couloir.

— Pas ici.

— Tu as eu des mois pour m’expliquer. Pendant des mois, tu m’as dit qu’elle allait bien.

— Elle n’était plus la même ! Elle devenait méfiante, elle refusait de manger, elle criait parfois. Julien disait qu’il fallait l’empêcher de sortir jusqu’à ce qu’on trouve une solution.