Puis elle trouva un dossier intitulé « Maison Meyzieu ».
À l’intérieur se trouvaient des factures, une ancienne simulation de crédit et une lettre de la banque datant de deux ans.
Camille la parcourut une première fois, sans comprendre immédiatement ce qu’elle lisait.
Puis elle s’arrêta sur une phrase.
Le prêt immobilier de Monique avait été intégralement remboursé après la vente de son pavillon, réalisée deux ans auparavant.
Camille relut le document.
Le pavillon dont Monique disait ne plus pouvoir payer les mensualités avait été vendu.
Et cela faisait deux ans que Camille continuait de lui verser 1 500 euros chaque mois pour l’aider à conserver un logement qu’elle ne possédait plus.
Elle sentit sa gorge se serrer.
Elle ne savait pas encore si Monique avait participé aux transferts vers JM Conseil, ni ce que Julien avait fait de l’argent. Mais une chose était désormais certaine : l’explication qui justifiait son aide mensuelle ne correspondait plus à la réalité depuis au moins deux ans.
Elle appela son avocate.
— J’ai trouvé des documents qui contredisent ce que mon mari et ma belle-mère m’ont raconté. Le pavillon a été vendu, et mon mari a créé une société vers laquelle notre compte joint a envoyé des sommes importantes.
— Avez-vous les relevés et le document de vente ?
— Oui.
— Conservez les originaux. Ne contactez pas votre belle-mère pour l’instant. Nous allons vérifier les dates et les montants, puis demander les pièces nécessaires. Il faut comprendre à qui l’argent a été versé et pour quelle raison.
Camille acquiesça.
Elle avait envie de prendre sa voiture, de se rendre chez Monique et de lui demander comment elle avait pu lui mentir pendant deux ans. Mais elle se retint.
Elle voulait des réponses, pas une nouvelle scène où l’on pourrait lui reprocher sa colère.
Ce soir-là, Julien l’appela six fois.
Elle finit par décrocher.
— Tu rentres quand ?
— Je ne sais pas.
— Tu ne peux pas continuer à fuir les problèmes.
Camille fixa la lettre de la banque.
— Tu as vendu la maison de ta mère ?
Un silence.
— Quoi ?
— Le pavillon de Meyzieu. La banque confirme que le prêt a été remboursé après la vente. Pourquoi m’as-tu laissée croire que je devais payer ses mensualités pendant quatre ans ?
Julien ne répondit pas immédiatement.
Puis il dit :
— Tu ne comprends pas toute la situation.
Camille ferma les yeux.
C’était exactement la phrase qu’il utilisait chaque fois qu’il voulait gagner du temps.
— Alors explique-la-moi.
— Je préfère qu’on en parle à la maison.
— Non. Tu vas me répondre maintenant.
— Camille, je suis au travail.
— Et moi, je viens de découvrir que j’ai versé des dizaines de milliers d’euros pour une raison qui n’existe plus. Tu as créé une société dont tu ne m’as jamais parlé. Des virements partent de notre compte vers cette société. Je veux savoir pourquoi.
Il soupira.
— JM Conseil, c’est une petite activité que j’ai lancée pour diversifier mes revenus.
— Avec notre argent ?
— Je comptais te rembourser.
Camille sentit son ventre se nouer.
— Combien ?
— Je ne sais pas exactement.
— Julien, tu es en train de me dire que tu as utilisé l’argent de notre compte commun pour financer une société sans m’en informer, et que tu ne sais même pas combien tu as pris ?
— Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé.
— Alors comment ?
Il se tut.
Camille comprit qu’elle n’obtiendrait pas la vérité en posant une question de plus.
— Je vais te laisser le temps de préparer tes documents, dit-elle. Mais je ne ferai plus aucun virement à ta mère tant que je n’aurai pas compris ce qui s’est passé. Et je ne signerai rien pour régulariser cette situation sans conseil juridique.
— Tu ne vas quand même pas mêler des avocats à nos affaires de famille !
— C’est toi qui as mêlé notre argent à des affaires que tu m’as cachées.
Elle raccrocha.
Pour la première fois depuis quatre ans, elle ne se sentit pas coupable d’avoir refusé d’obéir.
La visite de Monique
Trois jours plus tard, Monique se présenta à la maison de Camille.
Cette fois, elle n’entra pas immédiatement. Elle attendit sur le seuil, les bras croisés.
— Julien m’a dit que tu fouillais dans les comptes.
Camille resta derrière la porte.
— J’examine les comptes auxquels j’ai accès.
— Tu cherches à nous humilier.
— Je cherche à comprendre pourquoi tu me demandais de l’argent pour payer un crédit immobilier qui n’existe plus.
Monique se raidit.
— Cette maison était ma seule sécurité.
— Tu l’as vendue il y a deux ans.
— Tu ne sais pas ce que j’ai traversé !
— Alors explique-moi.